À six mois de la présidentielle, la crise du logement fracture la société française. Selon l’enquête Ipsos bva / CESI pour Le Figaro Immobilier et Franceinfo (7-8 octobre 2026, 1 000 personnes), 79 % des Français constatent une hausse de leur charge logement, et 39 % ont déjà renoncé à des dépenses essentielles — alimentation ou énergie — pour payer leur toit. Résultat : 43 % déclarent que le logement comptera dans leur vote en 2027, une proportion qui grimpe à 57 % chez les moins de 35 ans.
La crise du logement touche-t-elle vraiment tous les Français ?
Une satisfaction de façade qui masque des souffrances réelles
78 % des Français se déclarent satisfaits de leur situation personnelle en matière de logement. Un chiffre rassurant en apparence. Pourtant, l’enquête Ipsos bva / CESI révèle immédiatement les limites de ce satisfecit : seuls 23 % se déclarent tout à fait satisfaits, et 69 % considèrent malgré tout le logement comme une préoccupation importante. Ce paradoxe illustre la nature même de la crise du logement en France : elle ne frappe pas d’un seul coup — elle ronge.

Les disparités se creusent selon l’âge, le statut d’occupation et le lieu de résidence. Chez les moins de 35 ans, le taux de satisfaction atteint seulement 72 %, contre 86 % chez les 60 ans et plus. L’écart est encore plus marqué entre propriétaires (87 %) et locataires (64 %). Le territoire accentue également ces différences : 85 % des habitants des zones rurales se déclarent satisfaits, contre 72 % dans les banlieues des grandes métropoles. Ces chiffres révèlent une fracture immobilière profonde : les propriétaires installés dans leur logement semblent davantage préservés des tensions du marché, tandis que les jeunes générations et les locataires en subissent plus directement les conséquences.
Des ménages qui sacrifient l’essentiel pour se loger
52 % des Français estiment que leur charge logement est difficile à supporter. Chez les locataires, ce taux atteint 62 %. Pour les foyers gagnant entre 1 200 et 2 000 euros nets par mois, il monte à 63 %. Même les propriétaires remboursant un crédit sont 56 % dans ce cas. Le taux d’effort est trop élevé pour des millions de ménages, et leur reste à vivre s’érode mois après mois.
Et la tendance s’aggrave. 79 % des ménages déclarent que leur charge logement a augmenté ces dernières années — propriétaires (78 %) comme locataires (79 %). Le phénomène traverse toutes les catégories de revenus. Personne n’est épargné par la crise du logement.
Les conséquences concrètes sont lourdes. 39 % des Français ont renoncé à des dépenses essentielles — alimentation ou énergie — pour payer leur logement. Plus inquiétant encore : 22 % ont renoncé à déménager alors qu’ils en avaient besoin, 19 % se sont éloignés de leur lieu de travail, et 16 % ont refusé une offre d’emploi ou une formation. La crise du logement n’est plus seulement une question de confort. Elle bloque la mobilité sociale.
🁢 Impact du coût du logement sur le quotidien des Français
| Situation vécue à cause du coût du logement | Ensemble | Moins de 35 ans | Locataires | Revenus < 1 200 € |
|---|---|---|---|---|
| Renoncer à des dépenses essentielles (alimentation, énergie) | 39 % | 49 % | – | 62 % |
| Renoncer à déménager alors que c’était nécessaire | 22 % | 33 % | – | 41 % |
| Déménager dans un logement plus petit | 20 % | 30 % | – | 38 % |
| Déménager plus loin du lieu de travail | 19 % | 28 % | – | 22 % |
| Reporter un projet de vie de couple | 18 % | 36 % | – | 26 % |
| Refuser une offre d’emploi ou une formation | 16 % | 26 % | – | 34 % |
Source : Enquête Ipsos bva / CESI pour Le Figaro Immobilier et Franceinfo, octobre 2026 (1 000 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus). Base : à tous.
L’accès au logement est-il devenu un luxe en France ?
Acheter, louer, logement social : la difficulté est partout
Acheter, louer ou accéder au logement social : dans les trois cas, les Français se heurtent à un mur. 64 % estiment difficile de trouver un logement à acheter dans leur commune. Sur le marché locatif, la situation est encore pire : 75 % jugent la recherche difficile. Quant au logement social, c’est le quasi-blocage : 84 % décrivent un accès difficile, dont 35 % “très difficile”.
En zone urbaine dense, la tension locative est maximale. Dans les cœurs de métropoles, 77 % des habitants trouvent la location difficile. Mais la crise ne s’arrête pas aux portes des villes. En zone rurale, seulement 19 % jugent la location facile. La pression s’est propagée à tout le territoire, poussant les ménages refoulés des centres vers des zones de plus en plus éloignées.
Sur le marché immobilier en 2026, prix élevés et crédit sous pression forment une équation impossible pour les primo-accédants.
🁢 Difficultés d’accès au logement selon le type de territoire — tableau comparatif
| Type de logement | Ensemble (% difficile) | Métropole > 200 000 hab. | Ville < 200 000 hab. | Rural |
|---|---|---|---|---|
| Trouver un logement à acheter | 64 % | 66 % | 59 % | 70 % |
| Trouver un logement à louer | 75 % | 77 % | 71 % | 81 % |
| Trouver un logement social | 84 % | 85 % | 79 % | 92 % |
Le prix, premier critère — et premier obstacle
Le prix est devenu le critère numéro un. 76 % des Français le citent comme premier facteur dans le choix d’un logement — avant la localisation (52 %), l’état du bien (46 %) ou l’isolation (37 %). Ce réflexe traverse tous les profils : CSP+ (74 %), CSP- (74 %), inactifs (79 %). La contrainte budgétaire s’impose à tous.
Au-delà du prix, la performance énergétique s’impose. 97 % des Français jugent essentiel qu’un logement soit bien isolé et économe en énergie. Un double impératif — accessibilité et efficacité — que le parc immobilier français est loin de satisfaire.
Rénovation, DPE, passoires thermiques : les normes aggravent-elles la crise ?
La rénovation du parc existant plébiscitée avant la construction neuve
Face à la pénurie, les Français ont fait leur choix. 53 % souhaitent que les pouvoirs publics misent sur la rénovation énergétique et la réhabilitation du parc existant. Vient ensuite la reconversion de bureaux vacants en logements (30 %). La construction neuve ne convainc que 17 % des sondés. Ce consensus transcende les clivages : de LFI (57 %) au RN (51 %) en passant par les Écologistes (62 %). La réhabilitation rassemble là où le neuf divise.
Cette préférence reflète une réalité concrète. Le parc immobilier français compte des millions de passoires thermiques — logements classés F ou G au DPE. Ces biens pèsent lourd sur les factures des occupants et perdent de la valeur marchande. Pour les propriétaires bailleurs, la contrainte est double : les interdictions de location progressives, instaurées par la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, entrent en vigueur au fil des années. Et la réforme du DPE, appliquée en 2026, a rebattu les règles du classement énergétique — suscitant un vif débat entre experts.
Le débat sur les passoires thermiques divise les Français
Sur les passoires thermiques, les Français sont partagés. 56 % refusent qu’on les autorise à la location, même si cela réduit l’offre disponible. À l’inverse, 44 % préfèrent ouvrir le marché à tous les logements plutôt que de restreindre encore l’offre.
Ce clivage est politique. À gauche, 75 % des sympathisants LFI et 79 % des Écologistes refusent la location de passoires. À droite, 52 % des sympathisants RN et 57 % de LR y sont favorables. Mais le chiffre le plus révélateur : 61 % des locataires eux-mêmes veulent interdire ces logements. Non par confort — mais parce qu’ils préfèrent une offre réduite à des conditions de vie indécentes.
Devenir propriétaire : un rêve de plus en plus inaccessible ?
Les freins financiers écrasent les aspirations à la propriété
Seulement 39 % des locataires envisagent encore de devenir propriétaires. Chez les moins de 35 ans, l’aspiration est encore présente — 62 % y pensent — mais elle s’éloigne : 41 % la projettent dans un futur indéterminé. Passé 35 ans, la désillusion s’installe. 38 % des 35-59 ans ont abandonné l’idée. Et chez les 60 ans et plus locataires, c’est 57 %.
Les obstacles sont avant tout financiers. Le prix d’achat est le frein principal pour 61 % des sondés, suivi du coût du crédit (51 %) et de l’apport personnel requis (36 %). Chez les moins de 35 ans, c’est le crédit qui prime (36 %) — reflet direct des hausses de taux récentes. Malgré l’extension du PTZ à tout le territoire depuis janvier 2024, rien ne compense vraiment la hausse des prix et le durcissement des conditions d’octroi.
L’encadrement des loyers, qui s’étend progressivement à de nouvelles villes depuis sa réintroduction par la loi ELAN de 2018, fait partie des mesures que les locataires attendent pour alléger la pression financière en attendant d’accéder à la propriété.
🁢 Principaux freins à l’accès à la propriété selon les Français
| Frein à l’accès à la propriété | Ensemble | Moins de 35 ans | 35-59 ans | 60 ans et + |
|---|---|---|---|---|
| Le prix d’achat des logements | 61 % | 56 % | 62 % | 63 % |
| Le coût des prêts immobiliers | 51 % | 36 % | 57 % | 55 % |
| La nécessité d’un apport personnel important | 36 % | 31 % | 37 % | 37 % |
| Le montant des charges | 14 % | 23 % | 13 % | 10 % |
| Les normes et travaux obligatoires (DPE, rénovation) | 13 % | 10 % | 12 % | 17 % |
| La difficulté à trouver un logement à acheter | 11 % | 16 % | 8 % | 10 % |
La propriété, rempart contre les aléas de la vie
Malgré ces obstacles, la propriété reste un idéal profondément ancré. 89 % des Français — propriétaires et locataires confondus — lui accordent une valeur importante. Ce taux monte à 96 % chez les propriétaires. Et reste à 70 % chez les locataires, même ceux pour qui l’accès semble hors de portée.
Ce qu’ils y cherchent ? Avant tout une protection pour la retraite ou les coups durs (44 %), devant la sécurité de ne plus dépendre d’un bailleur (38 %) et la liberté d’aménager son chez-soi (35 %). La perspective de plus-value à la revente n’intéresse que 8 % — preuve que les Français voient la propriété comme un ancrage, pas un placement. En rendant cet accès toujours plus difficile, la crise fragilise avant tout ce sentiment de sécurité.
La crise du logement s’impose-t-elle comme enjeu de la présidentielle 2027 ?
Un enjeu électoral qui monte en puissance chez les jeunes
43 % des Français déclarent que le logement comptera dans leur vote à la présidentielle 2027. Et chez les moins de 35 ans — les plus touchés par la crise du logement, les refus de crédit et les loyers absorbants — ce chiffre bondit à 57 %. Les 60 ans et plus sont moins mobilisés (32 %) : plus souvent propriétaires, ils subissent moins directement les tensions du marché.
Politiquement, les sympathisants LFI sont les plus mobilisés (63 %), devant les Écologistes (49 %), le RN (43 %) et LR (40 %). Cet écart n’est pas un hasard : à gauche, l’électorat est statistiquement plus jeune, plus locataire et plus exposé aux difficultés d’accès au logement social.
Des mesures consensuelles qui transcendent les clivages politiques
Sur les solutions, un consensus inattendu émerge. 83 % des Français soutiennent l’extension de l’encadrement des loyers à tout le territoire — de LFI (89 %) au RN (78 %), en passant par les Écologistes (93 %) et LR (81 %). Dans le paysage politique actuel, un tel consensus est rare.
Autre mesure très soutenue : l’allégement fiscal pour les propriétaires bailleurs, approuvé par 81 %. Avec un soutien plus marqué à droite — LR et RN à 90 % — qu’à gauche (LFI : 63 %). En revanche, les clivages réapparaissent sur deux sujets : la préférence nationale dans l’attribution des logements sociaux (68 % favorables) et l’abrogation de la loi SRU — qui impose un quota de 25 % de logements sociaux aux communes (loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000, article 55) — soutenue par 56 % des sondés. Une ligne de fracture idéologique majeure.
🁢 Mesures plébiscitées par les Français pour répondre à la crise du logement
| Mesure proposée | % D’accord (global) | LFI | Écologistes | PS/Place Publique | LR | RN |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Étendre l’encadrement des loyers à l’ensemble du territoire | 83 % | 89 % | 93 % | 91 % | 81 % | 78 % |
| Alléger la fiscalité pour les propriétaires bailleurs | 81 % | 63 % | 75 % | 85 % | 90 % | 90 % |
| Préférence nationale dans l’attribution des logements sociaux | 68 % | 38 % | 58 % | 44 % | 88 % | 89 % |
| Abroger la loi SRU (25 % de logements sociaux obligatoires) | 56 % | 33 % | 39 % | 39 % | 75 % | 72 % |
Source : Enquête Ipsos bva / CESI pour Le Figaro Immobilier et Franceinfo, octobre 2026. Base : à tous.
Les candidats face au défi de la crédibilité sur le logement
Sur la crédibilité des candidats face à la crise du logement, aucun ne fait l’unanimité. Marine Le Pen arrive en tête avec 37 % de confiance — mais 63 % ne lui font pas confiance sur ce dossier. Edouard Philippe (29 %), Bruno Retailleau (27 %), Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal (26 % chacun) suivent. Jean-Luc Mélenchon, lui, recueille 24 % de confiance globale — mais 93 % de soutien dans son propre camp.
Aucun candidat ne parvient à convaincre au-delà de son propre camp. Edouard Philippe convainc 77 % des sympathisants du Bloc central — mais seulement 17 % des électeurs LFI. Ce déficit de crédibilité transpartisane résume l’ampleur du défi : les Français attendent des réponses concrètes à la crise du logement, et cherchent encore le candidat capable de les apporter au-delà des frontières politiques habituelles.
Conclusion
La crise du logement dépasse désormais les seules préoccupations des professionnels de l’immobilier. Elle affecte directement le quotidien des Français, pèse sur leur pouvoir d’achat, freine leur mobilité et les contraint parfois à renoncer à leurs projets de vie. Derrière un niveau de satisfaction encore relativement élevé se dessinent des fractures profondes, notamment entre propriétaires et locataires, mais aussi entre générations. Pour les plus jeunes, accéder à la propriété devient un objectif de plus en plus difficile à atteindre. À six mois de l’élection présidentielle de 2027, le logement s’impose ainsi comme un enjeu majeur du débat public. Rénovation énergétique, encadrement des loyers, accès au crédit immobilier : autant de sujets sur lesquels les Français attendent désormais des réponses concrètes, au-delà des promesses électorales.

