Canicules à répétition, pluies intenses, réseaux urbains sous pression : les copropriétés sont aujourd’hui confrontées à de nouveaux défis d’adaptation climatique. Pourtant, leurs cours intérieures, souvent très minéralisées et imperméabilisées, offrent un potentiel encore largement sous-exploité pour réintroduire l’eau dans son cycle naturel, limiter les effets des îlots de chaleur urbains et améliorer durablement le cadre de vie. Au 17 rue Gramme (Paris 15e), une cour Art Déco de 379 m², dont le projet de réhabilitation était bloqué depuis plusieurs années, a été transformée en quatre mois en un espace conciliant gestion des eaux pluviales, végétalisation, confort d’été, valorisation patrimoniale et qualité d’usage. Réalisée dans le cadre du dispositif CoprOasis, cette opération illustre comment une ingénierie généraliste et une approche globale permettent de transformer des études dispersées en un projet concret, reproductible et adapté aux enjeux climatiques des copropriétés existantes.
Sommaire :
- CoprOasis : un levier pour concrétiser les projets de copropriété
- Quel était l’état de la copropriété avant le projet ?
- Comment abcdomus a-t-il débloqué la situation ?
- Quels travaux pour retrouver l’identité Art Déco ?
- Comment la cour gère-t-elle désormais 100 % de ses eaux pluviales ?
- Quelle végétalisation pour renforcer la biodiversité urbaine ?
- Quels résultats concrets pour les copropriétaires ?
À retenir — CoprOasis : adapter les copropriétés au dérèglement climatique
- CoprOasis subventionne jusqu’à 50 % des travaux éligibles pour la gestion des eaux pluviales en copropriété.
- Une cour bétonnée peut infiltrer 100 % de ses eaux pluviales à la parcelle sans rejeter au réseau.
- Sans ingénierie globale, les projets restent bloqués des années malgré des études multiples.
- La végétalisation avec des essences régionales réduit la surchauffe estivale et renforce la biodiversité urbaine.
- La méthode abcdomus — comprendre, décider, réaliser — est reproductible dans toute copropriété.
CoprOasis : un levier pour concrétiser les projets de copropriété
Un programme public au service des copropriétés
CoprOasis est un dispositif public de la Ville de Paris dédié à la gestion des eaux pluviales et à l’adaptation climatique des copropriétés. Son objectif est simple : transformer des intentions en projets concrets. Pour cela, il s’appuie sur trois piliers — le retour de l’eau à la parcelle, la végétalisation raisonnée et des critères exigeants de résilience urbaine.
À ce jour, 41 copropriétés sont engagées dans le dispositif, mais seulement 4 réalisations ont été livrées. Cet écart illustre que l’existence d’un dispositif d’accompagnement ne suffit pas à elle seule à faire émerger un projet. Les difficultés sont souvent ailleurs : accumulation d’études, contraintes techniques, arbitrages patrimoniaux, recherche de financements et construction d’une décision collective. C’est précisément sur ces points que l’ingénierie prend tout son sens.
Un cadre réglementaire qui pousse à agir
La pression réglementaire s’intensifie. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 impose désormais aux communes d’intégrer la gestion des eaux pluviales à la parcelle dans leurs Plans Locaux d’Urbanisme (PLU). À Paris, la politique de désimperméabilisation des sols s’accélère. Les copropriétés représentent une part considérable des surfaces bétonnées en cœur d’îlot : elles sont donc au cœur de l’enjeu.
Combinée aux impératifs de rénovation énergétique en copropriété, l’adaptation climatique n’est plus un sujet pour demain. CoprOasis fournit le cadre technique et financier pour passer à l’acte dès aujourd’hui.
Quel était l’état de la copropriété avant le projet ?
Une cour Art Déco dénaturée par les décennies
À l’origine, la cour du 17 rue Gramme était pensée comme un véritable lieu de vie. Construite en 1931 dans le style Art Déco, elle s’étendait sur 380 m² et associait matériaux nobles et aménagement paysager soigné.
Quatre-vingt-dix ans plus tard, le constat est sévère. La cour est très largement minéralisée et imperméabilisée. Chaque été, elle accumule la chaleur. Des fissures apparaissent. Des travaux d’urgence successifs — réalisés sans cohérence avec l’architecture d’origine — ont brisé l’harmonie des matériaux. Cette cour s’est désormais réduite à un simple lieu de passage.

Un projet bloqué depuis des années
La copropriété n’est pourtant pas restée inactive. Un architecte, un paysagiste, puis une entreprise ont été sollicités. Mais aucun n’a pu apporter la vision d’ensemble nécessaire. Sans capacité à articuler simultanément patrimoine, gestion de l’eau, climat et décision collective, le projet tournait en rond. C’est l’impasse classique des copropriétés face à des projets complexes : trop d’intervenants, trop peu de coordination, et une assemblée qui ne parvient pas à trancher.
Comment abcdomus a-t-il débloqué la situation ?
Une ingénierie intégrée, de l’analyse de l’existant à la réception des travaux
abcdomus (Groupe Résilians) n’est pas un bureau d’études comme les autres. Avec 20 ans d’expérience dans la réhabilitation, 49 collaborateurs pluridisciplinaires, plus de 1 500 copropriétés accompagnées et 120 M€ de travaux pilotés par an, la société réunit sous un même toit les compétences en architecture, ingénierie, réhabilitation, conduite de travaux et accompagnement des copropriétés. Cette complémentarité s’est traduite, sur ce projet, par la mobilisation d’une équipe pluridisciplinaire de quatre collaborateurs, assurant une continuité d’intervention depuis l’analyse de l’existant jusqu’à la réception des travaux.

Comprendre, décider, réaliser : une méthode en trois temps
La valeur d’abcdomus réside dans sa capacité à transformer des données dispersées et des attentes parfois divergentes en décision collective, puis en réalisation concrète. La méthode s’articule en trois phases claires.
1. Comprendre. abcdomus analyse d’abord de manière critique et met en cohérence les études existantes — architecturales, paysagères, techniques. Des investigations complémentaires sont menées : étude historique, sondages des réseaux d’eaux pluviales, identification des contraintes d’étanchéité. Ces éléments servent à construire des scénarios lisibles, permettant aux copropriétaires d’arbitrer en connaissance de cause.
2. Décider. Toutes les compétences internes sont mobilisées pour articuler les enjeux patrimoniaux, climatiques, techniques et d’usage. abcdomus accompagne les copropriétaires jusqu’à l’obtention des financements et au vote des travaux en assemblée générale — une étape délicate que la majorité requise en copropriété rend souvent difficile à franchir sans un accompagnement solide. L’objectif est de construire une décision partagée, comprise et appropriée par les copropriétaires.
3. Réaliser. La coordination se poursuit jusqu’à la direction de l’exécution des travaux et leur réception. L’objectif : transformer chaque contrainte en opportunité. La pleine terre existante devient un levier de gestion à la source des eaux pluviales. L’infiltration, la végétalisation et l’étanchéité des caves sont conciliées dans une solution cohérente.
De plusieurs années de blocage à 4 mois de chantier

Quels travaux pour retrouver l’identité Art Déco ?
Préserver l’identité du lieu tout en répondant aux enjeux d’aujourd’hui
Le projet poursuit trois ambitions à la fois : préserver le patrimoine, améliorer le confort d’usage et s’adapter au climat. Ces objectifs ont été pensés simultanément afin que chaque choix technique réponde à plusieurs enjeux.

Le revêtement de la cour a été entièrement refait en béton désactivé, avec des joints de fractionnement en pierre naturelle, dans le respect du caractère patrimonial de l’immeuble. Les pavés de verre dégradés de la loge ont été remplacés par des châssis en verre armé translucide : l’étanchéité est assurée durablement, et la lumière naturelle est préservée. Une étanchéité a également été réalisée au-dessus des caves et de la loge pour supprimer définitivement les infiltrations.
Enfin, les bordures béton ont cédé la place à des bordures en pierre de Comblanchien — ce choix répond à un double objectif : assurer une grande durabilité tout en retrouvant une cohérence avec l’esthétique Art Déco de l’immeuble.
Des résultats visibles et durables
Les bénéfices sont concrets et immédiats. Les infiltrations sont supprimées, améliorant la pérennité des ouvrages. L’éclairage naturel de la loge est maintenu malgré les nouvelles contraintes d’étanchéité. Le confort thermique s’améliore grâce à des matériaux qui limitent les phénomènes de surchauffe. Et surtout, la cohérence architecturale de la cour est restaurée — contribuant à la valorisation patrimoniale de l’immeuble dans son ensemble.
Comment la cour gère-t-elle désormais 100 % de ses eaux pluviales ?
Avant : une cour qui aggravait la saturation des réseaux
Avant le chantier, le réseau d’eaux pluviales était vieillissant, dégradé et difficile à entretenir et contribuant à la pression sur les réseaux d’assainissement. L’absence de regards intermédiaires compliquait toute intervention. Plus grave encore : la cour, entièrement imperméabilisée, rejetait la totalité de ses eaux vers un réseau urbain déjà fortement sollicité lors des épisodes pluvieux. L’intensification des épisodes pluvieux renforce la nécessité de gérer les eaux pluviales au plus près de leur point de chute.
Après : la pleine terre comme solution
abcdomus a su transformer une contrainte en atout. La cour repose majoritairement sur la pleine terre — un substrat naturel longtemps ignoré sous les revêtements imperméables. C’est lui qui devient le levier central de la nouvelle gestion des eaux.
Concrètement, les travaux ont consisté à créer un réseau dédié à l’évacuation des eaux de toiture, équipé de regards pour faciliter l’entretien futur. L’ancien réseau obsolète a été condamné. Les pentes ont été reprofilées et des caniveaux paysagers ont été intégrés aux bordures pour capter et diriger l’eau directement vers la pleine terre.
Quelle végétalisation pour renforcer la biodiversité urbaine ?
Des plantes choisies pour le climat francilien de demain
La végétalisation ne s’improvise pas, surtout dans le cadre contraignant de CoprOasis. La sélection des végétaux ne répond pas uniquement à un objectif paysager. Elle participe à la stratégie globale d’adaptation climatique du projet en conciliant biodiversité, sobriété en eau, facilité d’entretien et adaptation au contexte francilien. La diversification des strates végétales est également privilégiée pour renforcer la résilience écologique de l’ensemble.
Cinq essences régionales ont été sélectionnées pour la cour du 17 rue Gramme :

Des bénéfices concrets pour les habitants
Les résultats parlent d’eux-mêmes. Plus de 50 % des espèces plantées sont des essences régionales adaptées au climat francilien. La cour dispose désormais de 72 m² d’espaces végétalisés — contre quasi rien auparavant. La biodiversité en cœur d’îlot urbain est renforcée. Les besoins d’entretien et d’arrosage sont réduits. Et surtout, le confort estival des habitants s’améliore sensiblement.
Quels résultats concrets pour les copropriétaires ?
Le projet en chiffres

Une méthode reproductible pour les copropriétés confrontées aux mêmes enjeux
Le cas de cette résidence va bien au-delà d’une opération ponctuelle. Il démontre qu’une démarche d’ingénierie globale peut être reproduite dans de nombreuses copropriétés confrontées à des problématiques similaires. Il apporte une double démonstration. Sur le plan technique, une cour fortement minéralisée peut retrouver un rôle dans le cycle naturel de l’eau, jusqu’à limiter fortement, voire supprimer, les rejets vers le réseau. Sur le plan humain, un projet resté bloqué pendant plusieurs années peut avancer en quelques mois dès lors qu’une ingénierie adaptée accompagne la copropriété et facilite la prise de décision collective.
Pour les syndics et les conseils syndicaux, l’enseignement est tout aussi concret : adapter les copropriétés au changement climatique devient une nécessité. Et les solutions existent. Une ingénierie structurée, associée à des dispositifs d’accompagnement tels que CoprOasis et aux financements mobilisables, permet de transformer des études et des contraintes multiples en un projet réalisable, tout en maîtrisant le reste à charge pour les copropriétaires.
Conclusion
Une copropriété ancienne, même enlisée dans des années de blocage, peut devenir un modèle d’adaptation climatique urbaine. En combinant ingénierie intégrée, dispositif CoprOasis et concertation collective, abcdomus a transformé une cour minéralisée en espace de vie végétalisé, capable d’infiltrer 100 % de ses eaux pluviales à la parcelle. Une méthode — comprendre, décider, réaliser — désormais reproductible dans de nombreuses copropriétés confrontées aux mêmes enjeux de gestion de l’eau, d’adaptation climatique et de décision collective.


