Depuis plus de 80 ans, Bagnis contribue à préserver et à embellir les façades des immeubles parisiens. Fondée en 1942, l’entreprise s’est imposée comme une référence du ravalement de façade à Paris, en associant savoir-faire traditionnel et techniques innovantes. Restauration de la pierre de taille, enduits à la chaux, isolation thermique par l’extérieur : aujourd’hui intégrée au groupe Eddifis, Bagnis accompagne les copropriétés dans l’entretien et la valorisation de leur patrimoine. Comment concilier préservation du bâti ancien et exigences de rénovation énergétique ? Mehdi Chamma, directeur de Bagnis, partage sa vision du métier et les défis du secteur.
Bagnis existe depuis 1942. Comment conservez-vous ce savoir-faire ancestral tout en restant compétitif ?
Mehdi Chamma. Pour nous, la réponse repose sur trois piliers : les hommes, la modernisation et la précision du geste.
Les hommes : fidélisation et apprentissage
Premier pilier : les hommes. Ce matin encore, je regardais la moyenne d’ancienneté dans l’entreprise : 16 ans ! Nos compagnons restent. Ce savoir-faire ne disparaît donc pas avec les départs à la retraite — du moins, pas sans préparation. Car ces départs arrivent, et il faut savoir les anticiper.
C’est précisément pourquoi on mise sur l’apprentissage. Aujourd’hui, j’ai deux apprentis : un en conduite de travaux, et un autre qui vient de nous rejoindre en maçonnerie du bâti ancien. Ce dernier a d’abord suivi une formation en architecture avant de se réorienter vers un métier manuel. Ce n’était pas une embauche planifiée. Pourtant, sa démarche et notre besoin de préparer l’avenir ont trouvé une correspondance immédiate.
Modernisation et précision du geste
Deuxième pilier : la modernisation. On ne travaille plus comme il y a 30 ans. Le bâtiment évolue, les produits aussi. Se former en continu sur les nouvelles technicités est une nécessité, pas un choix. C’est d’ailleurs ce qui nous a conduits à développer de nouveaux marchés, notamment autour de l’isolation thermique par l’extérieur.
Troisième pilier : la précision du geste. C’est ce qui distingue un vrai savoir-faire d’une simple prestation. Les anciens transmettent aux jeunes. C’est ainsi qu’on reste au niveau.
« Il faut allier l’expérience et, à un moment donné, préparer l’avenir en misant sur les jeunes qui veulent entrer dans ce métier. »
Bagnis fait partie du groupe Eddifis. Qu’est-ce que cette appartenance apporte concrètement aux syndics et aux copropriétés ?
Mehdi Chamma. Eddifis, c’est un groupement d’une douzaine de PME pour 50 millions d’euros de chiffre d’affaires global. Toutes sont orientées vers la rénovation du patrimoine et couvrent ensemble quatre grands domaines. Le ravalement, la peinture et l’isolation thermique forment le cœur de Bagnis. Viennent ensuite la couverture, la plomberie et la zinguerie. Les gros œuvres, reprises en sous-œuvre et travaux tous corps d’état couvrent le troisième volet. Enfin, le CVC et l’électricité complètent l’offre.
Cette complémentarité change la donne pour les copropriétés. Au lieu de solliciter plusieurs entités différentes, elles disposent d’une solution intégrée. Bagnis n’intervient pas en entreprise générale : il associe les compétences des filiales du groupe pour mieux répondre aux besoins des copropriétaires.
Mais au-delà de l’offre technique, c’est aussi une question de confiance. Ces entreprises sont toutes historiques — comme Bagnis. L’assise financière du groupe rassure les copropriétés. Elle garantit aussi la mobilisation des moyens humains nécessaires, pour tenir les délais et être au rendez-vous des enjeux de rénovation.
« L’appartenance au groupe rassure les copropriétaires sur notre solidité financière et notre capacité à mobiliser les ressources humaines nécessaires pour relever les défis de la rénovation. »
Le ravalement de façade à Paris est une obligation légale. Comment accompagnez-vous les syndics pour faire voter ces chantiers en assemblée générale ?
Mehdi Chamma. Rappelons d’abord le cadre légal. À Paris, le ravalement de façade est obligatoire tous les dix ans. À Paris intra-muros, des exigences liées à la rénovation énergétique s’ajoutent. L’enjeu est donc double : rénover la façade tout en composant avec les contraintes énergétiques et le budget disponible.
C’est là qu’entre notre expertise. Bagnis dispose d’un bureau d’études fort de plusieurs années d’expérience. Notre travail démarre bien en amont du chantier : on écoute les copropriétaires, on identifie les problématiques de la copropriété, on réalise des reportages photos pour montrer les différentes pathologies. Ainsi, on les accompagne tout au long du montage du dossier — technique et financier. L’objectif est clair : orienter chaque copropriété vers la solution la mieux adaptée à sa situation, de l’étude préalable jusqu’à la fin du chantier. 80 % de notre chiffre d’affaires est réalisé en copropriété. C’est vraiment notre quotidien.
Une démarche pédagogique pour convaincre en assemblée générale
Ces chantiers ne sont pas toujours simples à appréhender pour les copropriétaires. Ils engagent financièrement. Ils engagent dans le temps. Des présentations solides au niveau du conseil syndical sont donc indispensables, pour que le vote en assemblée générale se tienne dans les meilleures conditions.
« Notre travail démarre bien en amont du chantier : être à l’écoute des copropriétaires, identifier leurs problématiques, et les accompagner de bout en bout. »
L’isolation thermique par l’extérieur est au cœur de la rénovation énergétique des copropriétés. Est-ce un axe qui monte en puissance dans votre activité ?
Mehdi Chamma. Sans aucun doute. C’est un axe de développement majeur pour nous. Notre cœur d’activité, c’est le bâti parisien. Dans ce contexte, on est régulièrement amenés à isoler des façades — pas les façades haussmanniennes côté rue, ce n’est pas techniquement envisageable. En revanche, on réalise beaucoup d’ITE, voire d’enduits à correcteur thermique, sur les façades sur cour. Cela nous a conduits à former nos équipes à l’ITE et à travailler étroitement avec nos fournisseurs.
Par ailleurs, la synergie avec les autres filiales du groupe — CVC, électricité — nous permet de répondre à des marchés plus importants. On intervient désormais dans Paris intra-muros, mais aussi en première et deuxième couronne.

Le rôle des aides et de la prise de conscience post-Covid
L’État soutient ce mouvement à travers des aides ciblées. À cela s’est ajoutée une prise de conscience accélérée depuis le Covid : les gens se sont retrouvés chez eux et ont mesuré concrètement la nécessité d’un confort digne de ce nom. Sur de petites copropriétés parisiennes, on peut déjà débloquer des primes CEE via un partenaire. Pour des dossiers plus conséquents, l’ingénierie financière prend le relais. Dans les deux cas, on est là pour aider.
Quels types de chantiers réalisez-vous en ce moment ?
Mehdi Chamma. Paris intra-muros reste notre territoire de prédilection, là où notre histoire et notre savoir-faire sont profondément ancrés. En ce moment, par exemple, on réalise un ravalement en pierre à quelques centaines de mètres de nos bureaux — une opération combinant le ravalement par Bagnis et les travaux de couverture par APTZ. Un bel exemple de synergie au sein du groupe.
On mène aussi une rénovation énergétique rue Montorgueil, derrière Les Halles, sur des façades sur cour. Et un troisième chantier illustre bien notre gamme : à Aubervilliers, une rénovation globale d’envergure. Plusieurs filiales du groupe sont intervenues — isolation extérieure, toitures refaites, parvis et portails. Une opération à 1,4 million d’euros.
« Ces trois chantiers illustrent la diversité de nos interventions : nous accompagnons aussi bien des copropriétés sur des projets de 30 000 à 50 000 euros que sur des opérations d’envergure, représentant plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros. »
Quel message adressez-vous aux copropriétaires qui hésitent encore à lancer des travaux de ravalement de façade à Paris ?
Mehdi Chamma. Le mot d’ordre, c’est anticiper. Ce qui nous anime tous les matins chez Bagnis, c’est de faire du travail de qualité. J’ai rejoint l’entreprise il y a un an précisément pour son savoir-faire et l’engagement de toute l’équipe dans la rénovation du patrimoine. Ce patrimoine est fragile — l’incendie de Notre-Dame nous l’a rappelé avec force.
Faute d’anticiper, les désordres s’aggravent. Quand on se retrouve dans l’urgence, les conséquences sont lourdes, financièrement et humainement. Je reprends souvent l’image de la voiture : on peut fermer les yeux quand les voyants s’allument, mais à terme, ça coûte bien plus cher. L’entretien régulier, lui, évite les mauvaises surprises. À l’inverse, quand les travaux sont préparés, planifiés, bien accompagnés — avec toutes les aides et subventions disponibles à la clé —, les choses se passent beaucoup mieux. Je peux vous l’assurer.
« Il ne faut pas attendre que ça vous tombe dessus, parce que quand on est dans l’urgence, ça fait mal. »
Conclusion
Concilier préservation du patrimoine architectural et transition énergétique : c’est tout le savoir-faire de Bagnis. Au-delà du ravalement de façade, l’entreprise accompagne les syndics et les copropriétaires dans la rénovation et la valorisation durable de leurs immeubles.
Mehdi Chamma résume cette passion du métier avec une satisfaction toute particulière : « C’est toujours une grande fierté de voir le résultat une fois les échafaudages retirés. Quand on compare l’avant et l’après, on mesure pleinement la qualité du travail accompli. Une transformation parfois spectaculaire, qui redonne tout son éclat à l’immeuble tout en améliorant le confort de ses occupants. »
Pour les copropriétaires, le maître-mot reste l’anticipation. Entre les études, les votes en assemblée générale et la planification des chantiers, les délais s’allongent. Reporter un ravalement, c’est risquer d’aggraver les dégradations et d’alourdir la facture. Mieux vaut agir à temps pour préserver son patrimoine et maîtriser les dépenses de la copropriété.

