À l’occasion des Trophées de l’Ascenseur 2026, Florence Bigé, Présidente de la Fédération des Ascenseurs, et Alain Meslier, son Délégué général, ont dressé un constat sans appel : la rénovation des ascenseurs reste le grand oublié des politiques du logement. La France compte 661 000 ascenseurs en service, dont 40 % ont plus de 25 ans — et trop peu font l’objet d’un plan de travaux. Pourtant, un Français sur trois aura plus de 60 ans en 2030 : le maintien à domicile ne peut plus attendre. La Fédération des Ascenseurs porte ses propositions jusqu’à l’Assemblée nationale, avec l’élection présidentielle de 2027 en ligne de mire.
Sommaire :
- Pourquoi la rénovation des ascenseurs en copropriété est-elle urgente ?
- Quel est le coût de la rénovation des ascenseurs en copropriété ?
- Comment financer la rénovation des ascenseurs en copropriété ?
- Quels amendements législatifs pour mettre l’ascenseur au cœur du logement ?
- Quels défis quotidiens pour la maintenance des ascenseurs en copropriété ?
À retenir — Rénovation des ascenseurs en copropriété
- En 2026, 40 % des 661 000 ascenseurs français ont plus de 25 ans.
- En 2025, la modernisation des ascenseurs a progressé de +8,5 % tandis que les ventes neuves reculaient de 9 %.
- Un ascenseur rénové peut réduire la consommation énergétique jusqu’à 70 % via MaPrimeRénov’.
- En octobre 2026, 3 amendements portés par la Fédération des Ascenseurs ont été adoptés à l’Assemblée nationale.
- 50 % du parc collectif français ne dispose toujours pas d’ascenseur.

Pourquoi la rénovation des ascenseurs en copropriété est-elle urgente ?
Un parc vieillissant aux chiffres alarmants
La France dispose d’un parc considérable : 661 000 ascenseurs en service. Pourtant, les chiffres sont préoccupants : 40 % de ces appareils ont plus de 25 ans, et 25 % dépassent les 40 ans d’ancienneté. C’est le constat dressé par Florence Bigé et Alain Meslier, Présidente et Délégué général de la Fédération des Ascenseurs.
Le secteur emploie 17 000 salariés dans 240 entreprises, dont plus de 180 adhèrent à la Fédération, qui représente près de 90 % de l’activité économique. Ce tissu professionnel est solide. Il fait face pourtant à un défi structurel : moderniser un parc vieillissant, confronté à la vétusté des composants, à l’obsolescence des groupes de traction et à l’inadaptation des portes palières.
Les chiffres du marché traduisent cette évolution. En 2025, la modernisation a progressé de 8,5 %, tandis que les ventes d’appareils neufs reculaient de 9 %. La tendance est claire : on construit moins, on rénove davantage. C’est précisément là que se joue l’avenir du logement.
L’ascenseur, pilier de l’accessibilité et du maintien à domicile
L’enjeu dépasse la seule performance technique. Il touche directement à l’autonomie des résidents et à la qualité d’usage du bâtiment. Un chiffre suffit à le résumer : un Français sur trois aura plus de 60 ans en 2030. Dès lors, le maintien à domicile s’impose comme une priorité sociétale incontournable.
Florence Bigé, Présidente de la Fédération des Ascenseurs, le formule sans détour : « Nous changeons de paradigme. La question n’est plus seulement de savoir combien de logements nous construisons, mais dans quelles conditions les Français pourront continuer à y vivre demain. L’ascenseur est au croisement de cette question : il conditionne l’accès au logement, l’autonomie et la qualité d’usage du bâtiment. »
Rénover une cabine, c’est permettre à un résident en déambulateur ou en fauteuil roulant de continuer à vivre chez lui. C’est garantir l’accessibilité PMR, prendre en compte le handicap moteur, assurer la sécurité des usagers. Or, environ 50 % du parc collectif français ne dispose toujours pas d’ascenseur — un frein majeur pour des millions de personnes.
La comparaison avec nos voisins européens est révélatrice. En France, comme en Espagne et en Suisse, on dénombre 22 à 23 ascenseurs pour 1 000 habitants. L’Italie se distingue par un parc immobilier mieux équipé, grâce notamment aux programmes de logements sociaux de l’après-guerre, qui ont intégré les ascenseurs dès les années 1945-1950. Pourtant, la France possède l’une des réglementations les plus strictes d’Europe. Le retard français ne s’explique donc pas par un manque de règles, mais plutôt par un défaut d’anticipation et de planification des équipements.
Quel est le coût de la rénovation des ascenseurs en copropriété ?
De 30 000 € à 300 000 € selon le type de travaux
La rénovation d’un ascenseur représente un investissement variable selon l’ampleur des travaux. Pour un appareil desservant 5 niveaux, le remplacement complet coûte environ 30 000 €. Pour un immeuble de 17 étages, la facture peut atteindre 300 000 €.
Entre les deux, deux niveaux d’intervention existent :
- La rénovation simple : remplacement du moteur, du groupe de traction et des composants électroniques. Elle améliore la fiabilité et réduit les interventions de dépannage.
- Le remplacement complet : plus ambitieux, il permet d’installer des portes automatiques à la place des portes battantes à oculus, de réduire la consommation énergétique jusqu’à 60 % et d’augmenter la charge transportée.
À noter : les portes palières génèrent à elles seules la majorité des appels de dépannage. Ce sont les éléments les plus sollicités, les plus exposés aux contacts répétés des utilisateurs. Un ascenseur est composé d’environ 200 pièces en fonctionnement. Si un seul élément de la chaîne de sécurité est défaillant, l’appareil se met automatiquement en arrêt.
Pour les appareils des années 1950-1970, Alain Meslier compare la situation à un problème mécanique sur une voiture d’époque : « Demandez à Renault de vous trouver la poignée de la Quatre L pour faire le passage des vitesses — Renault ne va pas vous la fabriquer. C’est pourquoi la Fédération pousse à la modernisation préventive plutôt qu’à la réparation en urgence. »
Pièces détachées d’ascenseurs : le réemploi pour prolonger la durée de vie des équipements
Concernant l’approvisionnement, 85 % des pièces détachées proviennent de France ou d’Europe. La logistique est bien organisée : toute commande passée avant 16 heures peut être livrée dès le lendemain matin sur site. Toutefois, la situation se complique pour les ascenseurs les plus anciens, dont certaines pièces ne sont plus fabriquées.
Face à cette difficulté, une filière de réemploi des pièces détachées se développe progressivement. Initiée notamment par un bailleur social qui récupère les composants encore fonctionnels lors du remplacement de ses appareils, cette démarche s’étend aujourd’hui grâce à des entreprises spécialisées qui organisent la collecte, le reconditionnement et la mutualisation des stocks. C’est notamment le cas de Tracklift, une solution présentée dans notre article « Pièces d’ascenseurs en copropriété : réemploi, traçabilité et économies ». Une approche qui permet de prolonger la durée de vie des équipements, de limiter les immobilisations et de réduire le gaspillage de matériaux.
Des bénéfices concrets mesurés sur le terrain
Alain Meslier illustre les bénéfices de la modernisation des ascenseurs à travers l’exemple d’un bailleur social rencontré récemment lors du Congrès de l’Union sociale pour l’habitat (USH). Sur un parc de 700 ascenseurs, ce dernier a procédé au remplacement de 200 appareils installés entre les années 1950 et 1970. Les résultats sont significatifs : une baisse de 40 % des appels de dépannage.
Un exemple concret qui démontre que le renouvellement des équipements permet non seulement de réduire les coûts de maintenance, mais aussi d’améliorer la fiabilité des installations et le confort quotidien des résidents. Derrière chaque projet se cache un enjeu humain. La modernisation d’ascenseur change concrètement la vie des résidents.
Comment financer la rénovation des ascenseurs en copropriété ?
Le PPT et le fonds de travaux obligatoire : des outils à mobiliser
La Fédération des Ascenseurs milite pour une intégration systématique de la rénovation des ascenseurs dans le plan pluriannuel de travaux (PPT) et le Diagnostic technique global (DTG). Le PPT est obligatoire depuis 2023 pour toute copropriété de plus de 15 ans, conformément à l’article 14-2 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, modifié par la loi Climat et Résilience. Il fixe la feuille de route des travaux sur 10 ans.
Aujourd’hui, les diagnostiqueurs concentrent principalement leurs analyses sur la rénovation énergétique des bâtiments, laissant souvent de côté la question des ascenseurs. Sans une démarche volontaire du syndic ou du syndicat des copropriétaires, ces équipements risquent de rester absents des réflexions sur les travaux à engager.
« Il faut avant tout sensibiliser les copropriétaires à l’importance d’entretenir et de moderniser leurs ascenseurs. Cette prise de conscience passe par la pédagogie et une meilleure compréhension des enjeux liés au vieillissement des équipements. Une fois ce besoin identifié, la seconde étape consiste à rechercher les solutions de financement permettant d’anticiper les travaux et d’accompagner les copropriétés dans leur réalisation », explique Alain Meslier.
L’objectif est d’inscrire l’ascenseur comme un lot technique obligatoire, au même titre que la plomberie, l’électricité ou l’étanchéité. Le ministre du Logement lui-même défend cette cohérence. Concrètement, il ne s’agit pas de créer une obligation financière supplémentaire. L’enjeu est d’intégrer l’ascenseur dans le fonds de travaux obligatoire en copropriété alimenté par une cotisation annuelle minimale de 2,5 % du montant des travaux prévus au PPT.
Les copropriétés en QPV : un cas particulièrement complexe
Le cas des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) illustre toute la complexité du sujet. À Sarcelles, la ville s’est emparée du problème. Confrontée à un parc vieillissant et à des copropriétaires souvent en difficulté financière, elle a mandaté une analyse de 310 appareils, avec des plans de travaux individualisés pour chacun. L’enjeu : aider les copropriétaires à construire des montages financiers viables, en mobilisant l’Anah et d’autres organismes.
Ces copropriétés concentrent en effet toutes les difficultés à la fois : bailleurs occupants souvent minoritaires, risque de dérive, taux de service dégradé, vandalisme exacerbé. Leur réhabilitation est un enjeu de cohésion sociale autant que technique.
MaPrimeRénov’, MaPrimeAdapt’ et les aides disponibles
Plusieurs dispositifs publics permettent de financer tout ou partie des travaux :
- MaPrimeRénov’ : un ascenseur rénové peut permettre jusqu’à 70 % d’économies d’énergie. Ces travaux sont éligibles, à condition d’être intégrés dans un programme de rénovation énergétique globale du bâtiment.
- MaPrimeAdapt’ : destinée à l’adaptation du logement, elle finance les travaux d’accessibilité pour les personnes âgées ou en situation de handicap.
- Fonds de travaux obligatoire : institué par la loi ALUR, il permet d’anticiper le financement des gros travaux, dont la rénovation des ascenseurs.
Par ailleurs, la Fédération inscrit sa démarche dans le cadre du PNRU3 (Programme national de renouvellement urbain, 2026-2040, 5 milliards d’euros). Ce programme doit intégrer pleinement la mobilité verticale dans les opérations de réhabilitation du parc social HLM.
Quels amendements législatifs pour mettre l’ascenseur au cœur du logement ?
Sept amendements déposés, trois adoptés à l’Assemblée
La Fédération des Ascenseurs ne se contente pas de plaider. Elle agit. Dans le cadre du Projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement, porté par le ministre Vincent Jeanbrun, elle a déposé 7 amendements. Trois ont été adoptés par l’Assemblée nationale en octobre 2026.
Ces trois amendements visent des objectifs précis :
- Intégrer la mobilité verticale au PNRU3 : les programmes de renouvellement urbain devront systématiquement inclure la rénovation des ascenseurs dans les QPV ;
- Faciliter la modernisation lors des rénovations du parc social HLM : ne pas traiter l’ascenseur dans une réhabilitation d’immeuble sera désormais considéré comme une incohérence ;
- Renforcer les exigences d’accessibilité dans les opérations de réhabilitation : les diagnostiqueurs devront inclure l’état de l’ascenseur dans leurs analyses.
Ce n’est pas anodin. L’ascenseur commence à être reconnu comme un enjeu de politique du logement, et non plus comme une simple question technique. Portés de manière transpartisane, ces amendements témoignent d’un consensus politique en train de se construire.
Quatre priorités pour inscrire la mobilité verticale dans la politique du logement
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la Fédération formule quatre priorités structurelles pour la prochaine politique du logement :
| Priorité | Proposition de la Fédération | Outil concerné |
|---|---|---|
| ANTICIPER | Inscrire l’ascenseur comme lot obligatoire dans le PPT et le DTG, afin d’identifier l’état, les besoins et programmer les investissements | PPT / DTG |
| FINANCER | Assurer la pleine prise en compte des travaux de modernisation dans les dispositifs existants de programmation et de financement | Fonds de travaux / PPT |
| ADAPTER | Mieux intégrer la rénovation des ascenseurs dans MaPrimeRénov’ et MaPrimeAdapt’, notamment pour les économies d’énergie et l’accessibilité | Aides d’État |
| PILOTER | Créer un registre national des ascenseurs pour connaître l’âge, l’état et les besoins du parc et éclairer les décisions publiques | Registre national |
Source : Fédération des Ascenseurs
La priorité PILOTER mérite une attention particulière. La Fédération propose la création d’un registre national des ascenseurs pour connaître l’âge, l’état et les besoins de chaque appareil. Cet outil permettrait d’éclairer les décisions publiques en matière de sécurité et de modernisation. La crise de la 2G a d’ailleurs révélé une lacune criante : la France ne dispose d’aucun recensement précis de ses équipements. Ce registre y remédierait.
Quels défis quotidiens pour la maintenance des ascenseurs en copropriété ?
Un taux de pannes maîtrisé, mais fragilisé par l’ancienneté du parc
La maintenance des ascenseurs soulève des défis concrets et croissants. En temps normal, un appareil génère 3 à 4 appels de dépannage par an, dont environ un tiers nécessite une vraie intervention technique. Le reste est imputable aux vandalismes, aux mauvaises utilisations, aux coupures électriques ou aux inondations.
Sur l’approvisionnement en pièces, la situation est maîtrisée pour l’essentiel : 85 % proviennent de France ou d’Europe. En revanche, pour les appareils très anciens ayant changé plusieurs fois de prestataire sur 40 ans, identifier et fournir certaines pièces peut prendre plusieurs semaines.
Canicules 2026 : deux fois plus de pannes, une profession qui s’adapte
Les canicules de l’été 2026 ont aggravé la situation. Elles ont provoqué deux fois plus de pannes qu’en période normale. En cause : les machineries situées en toiture, où les composants électroniques supportent mal les fortes chaleurs et déclenchent des arrêts automatiques de sécurité. Deux pistes sont à l’étude : organiser différemment les astreintes des techniciens ascensoristes et climatiser les locaux de machinerie — une approche déjà adoptée dans le secteur ferroviaire.
Vandalisme et délais d’intervention : des obligations que le secteur assume
Le vandalisme constitue également un problème récurrent pour les gestionnaires d’immeubles. Les actes de malveillance ont augmenté de 25 % en deux ans, une tendance particulièrement préoccupante dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Dans les secteurs les plus sensibles, 50 à 70 % des appels de dépannage seraient liés à des dégradations volontaires. Au-delà des désagréments quotidiens pour les résidents, ces actes entraînent des interventions répétées et des réparations coûteuses, qui alourdissent les charges de copropriété et les budgets de maintenance des ascenseurs.
La fermeture des réseaux 2G et 3G : une urgence pour les copropriétés
Un enjeu technique d’une importance majeure menace les copropriétés. La fermeture de la 2G s’accélère à l’automne 2026, avec un arrêt progressif confirmé par Orange, SFR et Bouygues Télécom. La 3G doit être arrêtée entre fin 2028 et fin 2029. Le décret n° 2026-166 a fixé le cadre réglementaire de cette transition.
Le problème est direct : 290 000 ascenseurs sur 661 000 utilisent encore ces réseaux pour leur système de téléalarme — le bouton d’appel d’urgence en cabine. Sans migration vers la 4G, une personne bloquée ne peut plus contacter les secours. Le remplacement de la plateforme de communication coûte 500 à 600 € par appareil. C’est la responsabilité du copropriétaire ou du bailleur. Le syndic de copropriété doit en informer l’assemblée générale et inscrire ce point à l’ordre du jour.
La Fédération a alerté les professionnels dès 2023. Depuis début 2026, le rythme des décisions a quasiment doublé. Il reste néanmoins de nombreux appareils à traiter avant la date butoir. Pour tout savoir sur la fin des réseaux 2G et 3G et ses conséquences pour votre immeuble, consultez notre article dédié.
Enfin, un sujet émergent fait son apparition dans les discussions de la profession : la cybersécurité des ascenseurs connectés. Avec l’arrivée des nouveaux appareils communicants, la question de leur vulnérabilité se pose. L’Association européenne des ascenseurs a ouvert ce chantier. À ce stade, les ascenseurs reliés aux GTC (Gestions Techniques Centralisées) fonctionnent en circuit fermé — mais la vigilance s’impose pour les générations futures d’appareils.
Conclusion
La rénovation des ascenseurs s’impose désormais comme un enjeu majeur, à la fois social, économique et politique. Alors que le parc immobilier vieillit et que la population avance en âge, garantir l’accessibilité et la mobilité au sein des immeubles devient une priorité. La modernisation des ascenseurs doit ainsi trouver toute sa place dans les politiques du logement, au même titre que la rénovation énergétique. Les solutions de financement existent et les pouvoirs publics commencent à prendre conscience de l’urgence. Reste désormais à mobiliser l’ensemble des acteurs — copropriétaires, syndics, bailleurs sociaux et collectivités — pour faire de la rénovation des ascenseurs une véritable priorité dans l’entretien et la valorisation du patrimoine immobilier.

