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Rénovation

Rénovation énergétique : l’ISEEER forme et réunit tous les pros du bâtiment

Rénovation énergétique : l’ISEEER forme et réunit tous les pros du bâtiment

Lors du Congrès de l’USH à Bordeaux, les acteurs majeurs de l’habitat, de l’immobilier et de l’énergie ont lancé l’ISEEER — Institut des Sciences de l’Efficacité Énergétique, de l’Environnement et de la Rénovation. Porté notamment par PROCIVIS, Nexity et la Fédération des ESH, cet institut sans but lucratif a un objectif clair : former les professionnels, décloisonner les expertises et peser dans le débat public sur la rénovation énergétique des bâtiments. Face aux 3,9 millions de passoires thermiques encore en circulation et à l’objectif de neutralité carbone en 2050, la filière du bâtiment n’a plus le luxe de travailler en silo.


Sommaire :


À retenir — ISEEER : le premier institut dédié à la rénovation énergétique des bâtiments

  • L’ISEEER est né le 22 septembre 2025 au Congrès de l’USH à Bordeaux.
  • La France compte 3,9 millions de passoires thermiques en 2025 (ONRE/SDES).
  • Le premier campus ISEEER ouvre à Paris en janvier 2027.
  • L’Europe exige la neutralité carbone du parc immobilier d’ici 2050.
  • L’ISEEER repose sur trois piliers : Campus, Agora et Tribune.

Pourquoi la rénovation énergétique des bâtiments impose-t-elle un nouveau modèle de coopération ?

Un secteur fragmenté face à un défi systémique

La rénovation énergétique des bâtiments mobilise une chaîne de valeur exceptionnellement longue : aménagement, logement, construction, ingénierie, énergie, gestion immobilière, financement, nouvelles technologies. Pourtant, chaque acteur travaille encore trop souvent dans son coin. La rénovation thermique du bâti progresse encore trop lentement. C’est justement ce cloisonnement entre les acteurs que l’ISEEER veut faire tomber dès sa création.

« La rénovation énergétique ne peut pas être l’affaire d’un seul métier. Elle engage toute la chaîne de la ville et du logement. » — Yannick Borde, Président de l’ISEEER

Les chiffres sont sans appel. Selon la Stratégie nationale bas carbone, la France doit réaliser 700 000 rénovations globales par an d’ici 2030 pour mettre l’ensemble du parc au niveau BBC (Bâtiment Basse Consommation). Or, en 2022, seules 66 000 rénovations complètes ont été recensées (source : FNE, Observatoire national de la rénovation énergétique). L’écart est abyssal. Et il ne se comblera pas sans une filière unie et formée.

Un enjeu de compétences autant que de travaux

Derrière le manque de rénovations se cache un autre problème, moins visible : la pénurie de professionnels qualifiés. Former des ingénieurs, des architectes et des techniciens capables de maîtriser à la fois la performance énergétique, les matériaux biosourcés, le financement et la réglementation : voilà un défi pédagogique de premier ordre. C’est précisément la mission du Campus ISEEER, conçu comme un « campus de l’excellence accessible à tous ».

Objectifs climatiques de la France pour le secteur du bâtiment

Niveau d’objectif20302050
Objectif global FranceBaisse de 40 % des émissions de GES brutesNeutralité carbone (zéro émission nette)
Objectifs secteur du bâtimentBaisse de 49 % des émissions par rapport à 2015Décarbonation complète
Déclinaison opérationnelle700 000 rénovations globales par anEnsemble du parc au niveau BBC en moyenne

Source : Sénat, rapport r22-811-1 — Objectifs climatiques France, secteur du bâtiment

Sur le plan financier, trois leviers structurent aujourd’hui l’aide à la rénovation : MaPrimeRénov’ (MPR), les Certificats d’économies d’énergie (CEE) et l’éco-PTZ, qui permet de financer des travaux d’isolation thermique et de réhabilitation énergétique sans avance de fonds. Toutefois, ces dispositifs supposent au préalable un audit énergétique réalisé par un professionnel certifié. D’où, là encore, l’urgence de former davantage d’experts.

Qui sont les acteurs réunis derrière l’ISEEER ?

Une gouvernance qui reflète l’ensemble de la filière

Ce qui distingue l’ISEEER des initiatives précédentes, c’est d’abord le poids et la diversité des acteurs qui le portent. PROCIVIS, Crédit Agricole Immobilier, la Fédération des ESH, Nexity, Polylogis ou encore ACT Commodities siègent dans sa gouvernance. À leurs côtés : des professionnels issus de tous les métiers de la ville, du logement, de l’immobilier et de l’énergie.

Rénovation énergétique - ISEEER
ISEEER : le premier institut dédié à la rénovation et aux enjeux énergétiques

Au-delà de cette gouvernance, l’Institut s’organise autour de huit collèges qui couvrent l’intégralité de la chaîne de valeur : collectivités et aménageurs, bailleurs sociaux, investisseurs et promoteurs, architectes et bureaux d’ingénieries, gestionnaires immobiliers, industriels de l’énergie et des matériaux, financeurs, entreprises GreenTech et PropTech. Autrement dit : tous ceux qui, de près ou de loin, participent à la fabrication et à la gestion de la ville.

Un lancement symbolique au cœur du logement social

Le choix du Congrès de l’USH pour lancer l’ISEEER n’est pas anodin. L’USH fédère les organismes de logement social — c’est-à-dire le parc résidentiel le plus directement concerné par les enjeux de rénovation thermique. Lancer l’Institut devant ces professionnels, c’est affirmer d’emblée que l’ISEEER s’ancre là où la pression est la plus forte et les besoins les plus urgents.

Comment l’ISEEER structure-t-il concrètement son action ?

Le Campus : former pour transformer

Le Campus est le pilier central de l’Institut. Il proposera des formations à plusieurs niveaux : cursus diplômants, parcours certifiants et formations professionnelles courtes. L’ambition est claire : créer des professionnels capables d’associer expertise métier et compétences environnementales, de la maîtrise d’ouvrage à la maîtrise d’œuvre, en passant par la gestion technique du bâtiment durable.

La demande existe déjà. Des initiatives comme DynaMOE COPRO, programme FEEBAT dédié à la formation des architectes et maîtres d’œuvre pour la rénovation en copropriété, montrent que le secteur cherche activement à monter en compétence. L’ISEEER entend répondre à cette attente à une tout autre échelle. La première rentrée est prévue en janvier 2027, avec l’ouverture du premier campus à Paris. L’offre s’adressera aussi bien aux étudiants qu’aux professionnels en activité.

L’Agora : créer du lien entre des univers qui s’ignorent

L’Agora, c’est le deuxième pilier — et sans doute le plus innovant. Son rôle : faire se rencontrer des professionnels qui travaillent sur la même chaîne de valeur sans jamais se croiser. Un architecte, un diagnostiqueur, un financeur et un gestionnaire immobilier n’évoluent pas dans les mêmes cercles. Pourtant, ils interviennent sur les mêmes bâtiments. L’Agora crée ce lieu commun, à travers des séminaires, des échanges d’expertises, de la prospective, des voyages d’étude et du mentorat.

La Tribune : peser dans le débat public

La Tribune est le troisième pilier. Elle porte la voix et le plaidoyer de l’ISEEER dans l’espace public. Nourrie des travaux et expériences de ses membres, elle vise à éclairer les décideurs et à contribuer aux politiques de rénovation énergétique. Dans un contexte où la rénovation énergétique des bâtiments représente un marché estimé à 130 milliards d’euros en France, cette capacité à influencer le débat est stratégique.

« Le Campus doit créer les compétences, l’Agora faire circuler les expériences et la Tribune porter l’expertise de la filière dans le débat public. Ces trois dimensions répondent à une même conviction : la transition du bâti se fera en décloisonnant les métiers et en rapprochant ceux qui pensent, financent, construisent, rénovent et exploitent la ville. » — Yannick Borde, Président de l’ISEEER.

Quelle place pour la rénovation énergétique des bâtiments dans le débat public ?

Un cadre réglementaire qui s’accélère

La réglementation ne laisse plus le choix. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G sont interdits à la location en France métropolitaine. Les logements F suivront en 2028, les E en 2034. Cette montée en pression progressive contraint propriétaires bailleurs et copropriétés à anticiper des travaux souvent coûteux.

En parallèle, la réforme du DPE du 1er janvier 2026 — qui modifie le coefficient de conversion de l’électricité de 2,3 à 1,9 (arrêté du 13 août 2025) — a permis à environ 850 000 logements de sortir du statut de passoire thermique, sans travaux. Un soulagement bienvenu, certes, mais trompeur. Il ne doit pas masquer l’ampleur du chantier restant. En effet, selon SeLoger, les passoires thermiques perdent déjà jusqu’à 25 % de leur valeur par rapport aux logements bien isolés.

L’ISEEER, un acteur de long terme

Au-delà des obligations réglementaires immédiates, l’ambition de l’ISEEER est plus profonde. L’Institut se positionne comme un acteur structurant de long terme, capable d’accompagner la montée en compétence de toute la filière sur plusieurs décennies. En réunissant GreenTech, PropTech, industriels des matériaux, ingénieurs et gestionnaires immobiliers, il crée les conditions d’une véritable intelligence collective au service de la transition énergétique du bâti.


Conclusion

L’ISEEER incarne une prise de conscience collective : la rénovation énergétique des bâtiments ne se gagnera pas par la somme de bonnes volontés isolées, mais par la construction d’une filière intégrée, formée et structurée. En réunissant l’ensemble de la chaîne de valeur du bâti autour d’un campus, d’une agora et d’une tribune, l’Institut trace une feuille de route ambitieuse pour atteindre les objectifs climatiques de 2050. Un chantier colossal — mais enfin organisé.

Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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