Les énergies renouvelables séduisent plus que jamais les Français. C’est l’un des principaux enseignements de la 15e édition du baromètre « Les Français et les énergies renouvelables », réalisé par OpinionWay pour Qualit’EnR auprès de 1 001 personnes âgées de 18 ans et plus, interrogées du 18 au 23 février 2026. Mais derrière cette adhésion record se dessine un paradoxe. Si les Français se montrent largement favorables aux solutions bas-carbone, le passage à l’action reste freiné par plusieurs obstacles : coût des travaux, manque d’information sur les aides, statut de locataire ou contraintes liées à la copropriété. L’envie d’agir progresse, mais les conditions pour concrétiser les projets ne suivent pas toujours. Décryptage d’un enthousiasme réel, encore difficile à transformer en investissements.
Sommaire :
- Les Français et leurs factures d’énergie : une confiance encore fragile
- Quelle place pour les énergies renouvelables dans le mix énergétique français ?
- Rénovation énergétique : des projets entravés par les freins immobiliers et financiers
- La confiance dans les installateurs au plus haut historique
À retenir — Les Français et les énergies renouvelables en 2026
- En 2026, 60 % des Français se disent confiants face à leurs factures d’énergie, mais la sérénité reste fragile.
- 74 % des Français choisiraient une solution ENR pour renouveler leur installation de chauffage ou d’eau chaude en 2026.
- 43 % envisagent des travaux de rénovation, mais 78 % ignorent les aides disponibles.
- 17 % ne peuvent pas rénover parce qu’ils vivent en copropriété — un verrou structurel majeur.
- 70 % des Français font confiance aux installateurs ENR en 2026, leur meilleur score depuis 2011.

Les Français et leurs factures d’énergie : une confiance encore fragile
Une sérénité de façade, inégale selon les revenus
Après un pic d’inquiétude en 2024 et un rétablissement partiel en 2025, les Français semblent retrouver leur équilibre face à leurs factures. 60 % se disent confiants dans leur capacité à y faire face, soit un point de plus qu’en 2025. Le chiffre est rassurant en apparence. Mais il cache une réalité plus fragile : seuls 10 % se déclarent « tout à fait confiants », contre 15 % un an plus tôt. La confiance progresse en surface, mais s’érode en profondeur.
Le niveau de revenus creuse les écarts de façon saisissante. Dans les foyers gagnant moins de 2 000 € par mois, 51 % seulement se disent sereins. Ce taux monte à 71 % parmi les ménages plus aisés. Vingt points d’écart qui rappellent une évidence : la transition énergétique est aussi une question de justice sociale.
Les énergies renouvelables, réponse concrète aux angoisses sur les factures
Face à cette anxiété, les Français se tournent vers les énergies renouvelables comme solution. 73 % estiment qu’équiper leur logement d’un système ENR réduirait leur facture. Mieux : 74 % choisiraient une solution ENR s’ils devaient changer leur installation de chauffage, d’eau chaude ou électrique. Un choix ancré dans une logique de chauffage bas-carbone et de maîtrise du bilan carbone du foyer. Et cette attractivité dépasse les clivages sociaux : elle est aussi forte chez les inactifs (73 %), les catégories populaires (74 %) que chez les cadres supérieurs (78 %).
L’image des ENR reste cependant marquée par leur coût perçu : 87 % des Français les associent à une énergie chère. Pourtant, leurs atouts sont largement reconnus. 82 % les jugent respectueuses de l’environnement. 81 % estiment qu’elles renforcent l’indépendance énergétique de la France. Autant considèrent qu’elles permettent de « se sentir bien chez soi » et qu’elles augmentent la valeur verte d’un bien immobilier. En ce sens, les ENR s’imposent comme le moteur de la décarbonation du bâtiment résidentiel.
| Attribut perçu | Part des répondants | Évolution vs 2025 |
|---|---|---|
| Énergie chère (image perçue) | 87 % | – 2 pts |
| Respectueuses de l’environnement | 82 % | – 3 pts |
| Favorisent l’indépendance énergétique | 81 % | – 2 pts |
| Permettent de se sentir bien chez soi | 81 % | – 4 pts |
| Augmentent la valeur du bien immobilier | 81 % | – 5 pts |
| Permettraient de réduire la facture d’énergie | 73 % | nd |
Perception des énergies renouvelables par les Français en 2026.
Quelle place pour les énergies renouvelables dans le mix énergétique français ?
Le solaire plébiscité, les fossiles rejetés
Sur la question du mix énergétique national, les Français ont tranché. L’énergie solaire est la seule citée par une majorité absolue : 65 %. Elle devance l’hydroélectricité (44 %) et le nucléaire (43 %), deux piliers historiques du système électrique français. À l’opposé, les énergies fossiles sont massivement rejetées : à peine 16 % citent le gaz naturel, et seulement 3 % le pétrole. La bascule vers les énergies renouvelables est désormais ancrée dans les mentalités.
Le nucléaire, lui, divise selon les générations. Il recueille 65 % de soutien chez les 65 ans et plus, mais seulement 22 % chez les moins de 35 ans. Les jeunes, eux, plébiscitent les solutions solaires et décarbonées.
Dans les logements, les pompes à chaleur creusent l’écart
Le soutien au solaire à l’échelle nationale ne se traduit pas forcément à l’échelle du foyer. Quand il s’agit de choisir un équipement, les préférences se redistribuent. Le baromètre distingue trois grandes familles : le photovoltaïque résidentiel (production d’électricité en autoconsommation), le panneau solaire thermique (production de chaleur) et les systèmes hybrides. Résultat : ce sont les pompes à chaleur et le chauffe-eau thermodynamique qui dominent le classement de confiance.
- Chauffe-eau thermodynamique : 82 % (+1 point) — le champion toutes catégories
- Pompes à chaleur — pompe à chaleur air-eau et pompe à chaleur géothermique : 81 % (+4 points) — en nette progression
- Panneaux photovoltaïques : 73 % (-4 points) — légèrement en recul malgré le boom de l’autoconsommation
- Systèmes solaires combinés (chauffage + ECS) : 71 % (-1 point)
- Chauffe-eau solaires : 69 % (-3 points)
Un marché résidentiel encore largement à conquérir
Malgré cet enthousiasme, le taux de logements équipés d’un système ENR recule légèrement : 45 % en 2026, contre 48 % en 2025. Le chauffage électrique reste l’équipement dominant (26 % des foyers). Mais le potentiel est considérable : 55 % des foyers ne sont pas encore équipés, et 39 % d’entre eux envisagent de franchir le pas.
| Profil | Taux d’équipement ENR | Remarque |
|---|---|---|
| Propriétaires | 52 % | Premier déterminant de l’équipement |
| Locataires | 32 % | Écart de 20 points avec les propriétaires |
| Résidents en maison individuelle | 58 % | Meilleure accessibilité aux installations |
| Résidents en appartement | 25 % | Écart de 33 points avec les maisons |
| Taux moyen national | 45 % | – 3 pts vs 2025 |
Comparatif : taux d’équipement ENR selon le statut et le type de logement
Les intentions les plus fortes portent sur :
- Les panneaux photovoltaïques : 10 % déjà équipés, 17 % prêts à s’équiper — le potentiel le plus élevé du marché
- Les pompes à chaleur : 12 à 15 % équipés selon les modèles, 14 % supplémentaires prêts à s’équiper
Le statut immobilier reste le principal déterminant. 52 % des propriétaires sont équipés, contre 32 % des locataires. L’écart est encore plus prononcé entre maisons (58 %) et appartements (25 %). Un fossé qui pointe directement vers le verrou de la copropriété.
Rénovation énergétique : des projets entravés par les freins immobiliers et financiers
Vouloir, oui. Pouvoir, c’est une autre affaire.
43 % des Français se déclarent prêts à réaliser des travaux de rénovation énergétique — soit 9 points de plus qu’en 2025. Un bond remarquable. Parmi eux, 16 % ont déjà engagé des travaux, 8 % vont le faire prochainement. La dynamique est réelle. Pourtant, les blocages restent puissants.
Pour ceux qui n’ont pas pu avancer, les raisons sont structurelles :
- Le coût des travaux : premier frein, cité par 28 % des personnes concernées (+3 points)
- La copropriété : 17 % déclarent ne pas pouvoir rénover parce qu’ils vivent en immeuble collectif
- Le statut de locataire bloque 11 % des ménages
Ce frein copropriété mérite qu’on s’y attarde. Les décisions de travaux y dépendent d’un vote en assemblée générale, d’un syndic, et souvent d’une inertie collective difficile à surmonter. À cela s’ajoute la complexité du diagnostic de performance énergétique (DPE) collectif, préalable obligatoire au plan pluriannuel de travaux (PPT) que toutes les copropriétés de plus de 15 ans doivent désormais adopter.
Pourtant, un audit énergétique bien conduit et un PPT structuré sont précisément les outils qui permettent de débloquer des travaux d’isolation thermique et d’équipements ENR à l’échelle d’un immeuble entier. Les dispositifs CEE prolongés jusqu’en 2030 offrent par ailleurs un levier financier concret pour financer la rénovation globale en copropriété.
| Frein identifié | Part des répondants concernés | Évolution vs 2025 |
|---|---|---|
| Coût des travaux | 28 % | + 3 pts |
| Vie en copropriété | 17 % | nd |
| Statut de locataire | 11 % | nd |
| Méconnaissance des aides disponibles | 78 % | nd |
| Sans aides, auraient renoncé à leurs travaux | 63 % | nd |
Principaux freins à la rénovation énergétique déclarés par les Français
Le trou noir de l’information sur les aides
C’est sans doute le chiffre le plus frappant de ce baromètre. 63 % des personnes ayant réalisé des travaux affirment qu’elles y auraient renoncé sans aides financières. Ces dispositifs — MaPrimeRénov’, éco-PTZ, CEE, TVA à 5,5 % — sont donc décisifs. Ils peuvent couvrir jusqu’à 80 % du coût des travaux.
Le problème ? Seuls 21 % des Français déclarent bien les connaître. Autrement dit, 78 % ignorent ces aides qui pourraient pourtant changer la donne pour leur projet. Une étude Monimmeuble.com de mars 2026 confirme ce paradoxe : 53 % des Français veulent rénover mais n’en ont pas les moyens, et seulement 32 % jugent les aides à la rénovation énergétique suffisantes. L’enjeu n’est donc pas seulement financier. Il est aussi pédagogique.
En 2026, les principales aides incluent MaPrimeRénov’ (ouverte à tous les ménages pour le parcours d’ampleur, avec rendez-vous préalable obligatoire auprès d’un conseiller France Rénov’), l’éco-PTZ (maintenu jusqu’en 2027, plafonné à 50 000 €), les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) — en 6e période jusqu’en 2030 — et la TVA à 5,5 % sur les travaux d’isolation thermique et d’ENR. MaPrimeRénov’ Copropriété finance en outre les travaux sur les parties communes permettant au moins 35 % de gain énergétique.
L’intention de rénover varie aussi selon le profil socio-professionnel : 30 % des CSP+ envisagent des travaux, contre 24 % des inactifs et seulement 17 % des catégories populaires. Ce gradient social est préoccupant. Ce sont souvent les ménages les plus modestes — ceux qui subissent de plein fouet la précarité énergétique — qui passent le moins à l’acte, faute d’information et de moyens.
La confiance dans les installateurs au plus haut historique
Un rebond spectaculaire
Après un recul inédit en 2024, la confiance envers les installateurs d’équipements ENR fait un retour en force. 70 % des Français leur font désormais confiance (+7 points en un an) — leur meilleur score depuis 2011. À l’occasion de ses 20 ans, Qualit’EnR peut se féliciter de ce signal fort.
Dans le même élan, la demande d’accompagnement professionnel bondit : 34 % des Français souhaitent être guidés par un professionnel, contre 19 % un an plus tôt. C’est une hausse de 15 points — la plus forte jamais enregistrée depuis la création du baromètre. Les Français ne veulent plus seulement un technicien. Ils veulent un interlocuteur de confiance.
Un bémol toutefois, et il est géographique : les artisans franciliens restent nettement moins bien perçus, avec seulement 56 % de confiance en Île-de-France, contre 73 % minimum dans les autres régions. Un écart qui interpelle la filière.
Label RGE et qualification : les deux piliers de la confiance
Qu’attendent concrètement les Français d’un installateur d’énergies renouvelables ? Trois critères dominent :
- La qualité de l’installation technique : 52 % (+2 points)
- Le SAV et la maintenance : 43 % (+3 points) — un critère en forte hausse
- La garantie de résultat en amont : 41 % (stable)
Le critère numéro un pour instaurer cette confiance reste cependant la qualification professionnelle. 81 % des Français citent la possession d’un label ou d’une certification comme premier gage de sérieux. La mention RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) est la seule qui bénéficie d’une véritable notoriété publique : 55 % la connaissent, et 22 % la citent spontanément (+4 points). Les recommandations de proches (78 %) et les références de chantiers (76 %) complètent le tableau.
| Critère | Part des répondants | Évolution vs 2025 |
|---|---|---|
| Possession d’un label ou d’une qualification | 81 % | stable |
| Recommandations de proches | 78 % | + 3 pts |
| Reconnaissance par la mention RGE | 77 % | stable |
| Références de chantiers précédents | 76 % | + 2 pts |
| Qualité de l’installation technique | 52 % | + 2 pts |
| SAV et maintenance | 43 % | + 3 pts |
| Garantie de résultat en amont | 41 % | stable |
Critères de confiance des Français envers les installateurs ENR en 2026.
Qualit’EnR : 20 ans au service de la qualité
Les signes de qualité de Qualit’EnR sont connus par plus d’un Français sur deux (56 %), avec Qualibat en tête (42 %, +2 points). L’association délivre 7 qualifications RGE : QualiSol, QualiPV, QualiBois, QualiPAC, Chauffage+, Ventilation+ et Recharge Elec+. Elle compte aujourd’hui près de 31 000 qualifications actives et plus de 18 500 entreprises engagées pour la qualité d’installation dans toute la France.
André Joffre, Président de Qualit’EnR, résume l’enjeu : « La transition énergétique appelle l’engagement de tous. Les installateurs qualifiés en sont les premiers acteurs. Plus que jamais, les Français expriment leur besoin de s’appuyer sur des professionnels compétents et reconnus. »
Conclusion
Le 15e baromètre Qualit’EnR / OpinionWay confirme une tendance de fond : les Français n’ont jamais autant adhéré aux énergies renouvelables, mais cette conviction peine encore à se traduire en projets concrets. Le coût des travaux, la complexité des aides et les contraintes propres à la copropriété continuent de freiner le passage à l’acte. L’enjeu est désormais moins de convaincre que de rendre l’action plus simple, plus lisible et plus accessible. Information, accompagnement et qualification des professionnels apparaissent ainsi comme des leviers essentiels pour transformer cette adhésion massive en réalisations concrètes et installer durablement les énergies renouvelables dans les logements français.


