Un arrêté publié au Journal officiel le 2 août 2026 change définitivement les règles du jeu pour les copropriétés françaises. Désormais, transformer un box de stationnement vacant en espace de stockage n’est plus une infraction à la réglementation incendie — c’est une option légale, encadrée et accessible à des millions de ménages. Cette évolution est le fruit de sept ans de travail mené par Jestocke, plateforme bordelaise de garde-meuble et de self-stockage fondée par Laure Courty. Pour les copropriétaires, les bailleurs et les syndics, la question n’est plus « peut-on stocker dans un parking résidentiel ? » mais bien « comment valoriser ces surfaces inutilisées ? »
Sommaire :
- Pourquoi le stockage en parking résidentiel était-il interdit jusqu’en 2026 ?
- Comment Jestocke a-t-il réussi à faire changer la loi ?
- Quels sont les résultats concrets après sept ans d’expérimentation ?
- Quelles opportunités le stockage en parking résidentiel ouvre-t-il pour les copropriétés ?
- Quelles conditions respecter pour transformer un box en espace de stockage ?
À retenir — Stockage dans les parkings résidentiels : ce que dit la loi en 2026
- L’arrêté du 2 août 2026 légalise le stockage en parking résidentiel dans les immeubles d’habitation.
- Jestocke est la seule entreprise à avoir conduit cette expérimentation pendant sept ans aux côtés des pouvoirs publics.
- En 2026, la plateforme gère 10 000 espaces avec un taux de remplissage de 95 %.
- Plus de 10 millions d’euros ont été reversés au logement social grâce à ce dispositif.
- L’ouverture au parc privé en août 2026 multiplie par cinq le marché potentiel de Jestocke.

Pourquoi le stockage en parking résidentiel était-il interdit jusqu’en 2026 ?
Un verrou réglementaire hérité de 1986
Pendant des décennies, la réglementation française a imposé un usage unique aux boxes de stationnement : garer un véhicule, et rien d’autre. L’article 78 de l’arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l’incendie des bâtiments d’habitation cantonnait ces espaces au seul remisage de voitures, à l’exclusion de toute autre activité.
La raison est simple. Stocker des objets dans un parc de stationnement couvert attenant à un immeuble augmente la charge calorifique, c’est-à-dire la quantité de matières combustibles susceptibles d’alimenter un incendie. Or, dans un bâtiment collectif, contenir les flammes dépend directement du compartimentage du parking et de la qualité de ses équipements. La réglementation incendie est l’une des plus strictes du droit de la construction en France. Toute dérogation exige donc une démonstration rigoureuse sur le terrain.
Des milliers de boxes vides et des millions d’euros perdus
Pourtant, la situation restait préoccupante. Dans les résidences sociales, près de 30 % des emplacements boxés restaient vacants dans les années 2010, selon plusieurs études relayées par Maire-info. Cette vacance importante s’explique principalement par deux facteurs.
D’abord, la loi du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions a séparé les baux de logements et les baux de parkings. Ainsi, les locataires n’étaient plus obligés de prendre une place de stationnement avec leur appartement. Ensuite, la motorisation a reculé dans les grandes villes. À Paris, seulement 42 % des ménages possèdent une voiture — alors que presque tous les immeubles construits avant 1998 disposent d’au moins une place par logement.
Face à ce paradoxe, les bailleurs ont tenté la sous-location des places à des tiers. Mais cette mutualisation butait rapidement sur la réglementation ERP, applicable dès dix places louées à des non-résidents. Les boxes fermés restaient donc vides. À l’échelle nationale, le manque à gagner était estimé à près de 40 millions d’euros par an.
Comment Jestocke a-t-il réussi à faire changer la loi ?
Une stratégie d’expérimentation au long cours
Fondée en 2013 par Laure Courty, Jestocke développe une plateforme numérique de garde-meuble et de stockage de proximité. Son modèle repose sur un principe simple : valoriser les espaces vacants sans construire. Dès 2018, l’entreprise décide de s’attaquer au verrou réglementaire. Elle saisit le dispositif gouvernemental France Expérimentation pour obtenir une dérogation à l’article 78 de l’arrêté de 1986.
Ce dispositif permet à des entreprises innovantes de tester leur modèle sur le terrain, avec un cadre juridique dérogatoire temporaire, sous contrôle de la DGCCRF. Quelques mois après la demande de Jestocke, les ministères du Logement et de l’Intérieur donnent leur accord. Un premier arrêté, signé le 23 août 2019 (NOR : LOGL1907230A), lance officiellement l’expérimentation pour trois ans sur l’ensemble du territoire métropolitain. Jestocke en devient la seule entreprise autorisée, aux côtés des bailleurs sociaux.
Sept ans de terrain pour convaincre l’État
L’expérimentation ne se limite pas à ouvrir des boxes. Concrètement, Jestocke audite chaque parc de stationnement, accompagne la mise en conformité des emplacements retenus et développe les outils numériques de suivi. Sur toute la durée du programme, neuf comités interministériels se tiennent. Des contrôles terrain sont menés avec l’administration. Des rapports réguliers documentent les résultats.
Ce travail patient finit par payer. Le 2 août 2026, un nouvel arrêté publié au Journal officiel pérennise le dispositif en créant un article 78-1 dans l’arrêté de 1986. Il s’appuie sur les articles R. 142-1 et R. 142-4 du Code de la construction et de l’habitation (CCH).
« Pendant sept ans, nous avons travaillé avec les pouvoirs publics pour démontrer sur le terrain que ce nouvel usage des parkings pouvait être déployé dans un cadre sécurisé. La publication de cet arrêté marque l’aboutissement de ce travail, mais surtout le début d’une nouvelle étape pour Jestocke », déclare Laure Courty, fondatrice de Jestocke.
Quels sont les résultats concrets après sept ans d’expérimentation ?
Un taux de vacance divisé par dix
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les résidences où le dispositif a été déployé, le taux de vacance des parkings est passé de 30 % à moins de 3 %. Des espaces longtemps inutilisés retrouvent une fonction utile — sans qu’aucun nouveau bâtiment n’ait été construit.
Au total, Jestocke gère aujourd’hui 10 000 espaces disponibles, avec un taux de remplissage de 95 %. La plateforme compte plus de 130 000 utilisateurs et travaille avec 73 bailleurs sociaux, en gérant 1 200 résidences à travers la France. Depuis sa création, l’entreprise a remis en location 10 millions de m² d’espaces vacants.
Un levier financier pour le logement social
Au-delà de la valorisation des espaces, l’expérimentation a généré des revenus locatifs directs pour les bailleurs sociaux. Plus de 10 millions d’euros ont été reversés au logement social, notamment pour financer la rénovation énergétique et l’entretien courant des résidences HLM. Dans un secteur soumis à de fortes contraintes budgétaires, la location de boxes transformés en unités de self-stockage devient un levier de financement complémentaire non négligeable.
| Indicateur | Résultat |
|---|---|
| Durée d’expérimentation | 7 ans (2019 – 2026) |
| Bailleurs sociaux partenaires | 73 |
| Résidences gérées | 1 200 |
| Espaces disponibles (2026) | 10 000 |
| Taux de remplissage | 95 % |
| Taux de vacance des parkings — avant / après | 30 % → moins de 3 % |
| Revenus reversés au logement social | 10 M€ |
| Nombre d’utilisateurs | Plus de 130 000 |
| M² remis en location depuis la création (2013) | 10 millions de m² |
| Objectif espaces exploités d’ici 2030 | + 30 000 |
Bilan de l’expérimentation Jestocke (2019–2026).
Quelles opportunités le stockage en parking résidentiel ouvre-t-il pour les copropriétés ?
Un marché multiplié par cinq
Jusqu’en 2026, le dispositif était strictement limité au parc social. L’arrêté du 27 juillet 2026 franchit une étape décisive : il l’étend désormais au parc résidentiel privé — copropriétés, résidences gérées, parcs de stationnement privés. Pour Jestocke, c’est une multiplication par cinq du marché potentiel. L’entreprise prépare déjà ses premiers déploiements auprès de grands propriétaires privés, avec plusieurs contrats en cours de finalisation.
L’objectif affiché est ambitieux : dépasser les 30 000 espaces exploités d’ici 2030, soit le triple du réseau actuel. Pour les syndics de copropriété et les propriétaires de résidences privées, cette ouverture représente une opportunité concrète : générer de nouveaux revenus locatifs à partir d’espaces aujourd’hui inactifs, sans aucun investissement de construction.
Un modèle clé en main pour les gestionnaires
L’un des atouts majeurs du modèle Jestocke, c’est sa simplicité pour les gestionnaires. L’entreprise ne se contente pas d’une mise en relation. Elle prend en charge l’ensemble de la chaîne : étude de rentabilité du site, identification des emplacements exploitables, mise en conformité, commercialisation, exploitation et gestion locative. Les syndics et les bailleurs n’ont pas à internaliser une nouvelle activité. Tout est géré par Jestocke, qui assure également le suivi réglementaire.
| Critère | Parc social (avant août 2026) | Parc résidentiel privé (depuis août 2026) |
|---|---|---|
| Cadre juridique | Arrêté du 23 août 2019 — expérimentation | Arrêté du 27 juillet 2026 — pérennisation (art. 78-1) |
| Public concerné | Bailleurs sociaux uniquement | Bailleurs sociaux + propriétaires privés |
| Contrôle réglementaire | 9 comités de suivi interministériels | Respect des conditions définies par l’arrêté (CCH R. 142-1 et R. 142-4) |
| Gestion opérationnelle | Jestocke + bailleurs sociaux | Jestocke + grands propriétaires privés |
| Marché potentiel | Limité au parc HLM | × 5 par rapport au parc social |
| Objectif espaces exploités | 10 000 — atteint en 2026 | 30 000 d’ici 2030 |
| Revenus générés pour les propriétaires | 10 M€ reversés au logement social | Revenus locatifs pour propriétaires privés (en cours) |
Comparatif parc social / parc résidentiel privé pour le stockage parking.
Quelles conditions respecter pour transformer un box en espace de stockage ?
Des exigences techniques non négociables
La légalisation ne signifie pas une ouverture sans garde-fou. L’arrêté du 27 juillet 2026 modifiant l’arrêté du 31 janvier 1986 fixe des exigences constructives, organisationnelles et de limitation de charge calorifique que tout propriétaire doit respecter. Ces conditions, déjà établies lors de l’expérimentation initiale (arrêté du 23 août 2019, NOR : LOGL1907230A), ont été confirmées et pérennisées :
- Le parc doit être équipé d’un système de détection automatique d’incendie étendu à tous les niveaux, ou d’une installation d’extinction automatique à eau.
- Un système de désenfumage conforme est obligatoire.
- Le parking ne peut pas communiquer directement avec les parties communes de l’immeuble : l’isolement coupe-feu est impératif.
- L’ensemble immobilier doit être conforme à l’arrêté du 31 janvier 1986.
- Toute installation électrique est interdite dans les boxes, à l’exception de l’éclairage fixe.
- Les produits inflammables et matières dangereuses sont strictement interdits. Chaque bail de stockage doit le mentionner explicitement pour engager la responsabilité du locataire.
Le rôle clé du syndic
Ces nouvelles règles engagent directement la responsabilité du syndic. C’est lui qui doit vérifier la conformité des équipements incendie et garantir le respect continu du cadre réglementaire. Monimmeuble.com rappelle que le syndic est juridiquement responsable des obligations incendie de la copropriété : tenue d’un registre de sécurité à jour, contrôle annuel des extincteurs, maintien du désenfumage.
Par ailleurs, lorsque les boxes concernés sont des parties privatives d’un lot de copropriété, modifier leur usage pour les affecter au stockage doit s’inscrire dans le cadre de la loi du 10 juillet 1965 (article 9) et du règlement de copropriété. Selon sa rédaction, une autorisation en assemblée générale pourra être nécessaire avant tout déploiement.
Conclusion
Avec l’arrêté du 27 juillet 2026, le stockage dans les parkings résidentiels change de statut. Désormais encadré par des règles précises et nourri par plusieurs années de retour d’expérience, il s’impose comme un nouvel usage possible du bâti existant. Pour les copropriétaires, les bailleurs et les syndics, l’enjeu dépasse la simple occupation de places vacantes : il s’agit de créer de nouveaux revenus, de répondre à un besoin croissant de stockage de proximité et de mieux valoriser des surfaces déjà construites, sans artificialiser ni bâtir davantage.


