L’horizon s’assombrit pour la filière de l’éclairage

Damien NESME, chargé d’études chez Xerfi .

Retrait des leaders historiques, essor des solutions connectées et des LED : quelles perspectives pour les acteurs de l’éclairage ? par Damien Nesme, chargé d’études senior chez Xerfi-Precepta.

L’industrie française de l’éclairage a connu des jours meilleurs

 

Avec l’interdiction progressive des anciens modèles d’ampoules pour le résidentiel et le développement des LED à longue durée de vie, les industriels de l’éclairage ont restructuré en profondeur leur portefeuille d’actifs.

La production a ainsi été transférée dans les zones plus compétitives comme l’Asie tandis que les sites tricolores ont été cédés ou fermés.

En l’espace de dix ans, une centaine d’établissements industriels ont ainsi été rayés de la carte en France.

Le Néerlandais Signify (ex Philips Lighting) n’a plus aucune unité de production dans l’Hexagone, tout comme l’Allemand Osram. L’Autrichien Zumtobel s’est lui désengagé du capital de son unique usine tricolore Europhane. Sans oublier le rachat du Canadien Sylvania par le Chinois Feilo.

Et l’horizon s’assombrit pour la filière française de l’éclairage à moyen terme. Pénalisée par la morosité dans la construction et de vives pressions tarifaires, l’activité des spécialistes de l’éclairage des bâtiments reculera ainsi de 1% par an en moyenne d’ici 2021, selon nos prévisions.

En revanche, les moteurs de la croissance seront plus solides pour le segment de l’éclairage urbain. A l’approche des élections municipales de 2020, les acteurs de ce segment ont bénéficié d’un sursaut de la demande de la part des communes pour réduire leur consommation énergétique.

Mais à plus long terme, la baisse des dotations de l’Etat pèsera sur la demande. Dans ces conditions, l’activité des spécialistes de l’éclairage urbain de notre panel augmentera de 1% par an en moyenne d’ici 2021.

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Les cartes du jeu concurrentiel ont donc été profondément rebattues

 

Suite au désengagement et au démantèlement des majors traditionnels du secteur (Philips Lighting, Osram, General Electric, Sylvania), le classement des principaux acteurs de l’éclairage est en plein bouleversement.

Certes, Signify (ex Philips Lighting), Osram et Tungsram (ex General Electric) conservent de fortes positions dans l’Hexagone en tant que concepteurs et distributeurs mais plus en tant qu’industriels.

La fabrication française de solutions pour l’éclairage des bâtiments est désormais dominée par des acteurs d’envergure européenne (Schréder, Zumtobel, Dietal Lighting…) qui produisent des luminaires à destination des marchés professionnels (commerces, hôpitaux, etc.).

Hormis les fabricants de lampes généralistes, le segment de l’éclairage urbain regroupe pour sa part deux grands profils d’acteurs aux compétences complémentaires : les équipementiers (Agora Technologies, Fonroche, etc.) qui fabriquent les lampadaires et les gestionnaires de réseaux (Citelum, Citeos, etc.).

Dans l’ombre de ces industriels, de nombreuses start-up émergent à l’image de Sunna Design qui a créé des lampadaires autonomes à énergie solaire.

La filière tricolore de l’éclairage est en plein recentrage

 

En réalité, pour développer leur activité, les acteurs misent sur les services autour de leurs produits avec de nouveaux business models à la clé.

Sunna Design parie ainsi sur des offres Light-as-a-Service (LaaS) pour gérer des systèmes d’éclairage complexes et s’implanter aux Etats-Unis.

Les acteurs surfent également sur l’émergence de la smart city.

C’est en particulier le cas de Bouygues Energies et Services avec ses candélabres Citybox qui intègrent une prise pour la recharge des véhicules électriques, une prise internet haut débit pour le déploiement des services de la ville intelligente mais aussi des capteurs qui mesurent la qualité de l’air.

Plus globalement, les acteurs de l’éclairage cherchent à multiplier les collaborations pour assurer l’interopérabilité de leurs produits et évangéliser les marchés prometteurs du smart home, de la smart city et du véhicule connecté.

La demande se tourne en effet vers des solutions plus sophistiquées, plus coûteuses et potentiellement génératrices de marges.

Dans le même temps, la volonté des utilisateurs de réduire leur consommation d’électricité et l’interdiction des lampes les plus énergivores stimulent les achats de renouvellement. Engagé dans un nouveau cycle d’innovation, la filière française de l’éclairage recèle encore de belles opportunités de croissance.

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