Aller au contenu

Crédit

Taux d’usure en juin : un frein à l’accès au crédit pour les emprunteurs

évolution du taux d'usure

En France, la tendance haussière des taux de crédit continue en juin et s’accentue. Depuis janvier 2022, ils ont progressé de 0,50 % (jusqu’à 0,75 % chez certaines banques). Pourtant, le niveau des taux d’usure est maintenu jusqu’au 1er juillet. Ainsi, de plus en plus de dossiers sont refusés alors qu’ils auraient été acceptés 6 mois auparavant. Vousfinancer analyse cette situation assez compliquée.

Baisse de barèmes reçus et poursuite des hausses des taux de crédit en juin

En avril et mai, on a noté de fortes hausses de taux de crédit. Les banques ont ainsi envoyé chaque mois de nombreuses grilles de taux. Pour le mois de juin, le nombre de banques ayant envoyé de nouveaux barèmes a, cependant, baissé. Néanmoins, dans ces barèmes figurent des hausses allant de 0,10 à 0,40 %. Malgré cela, les taux d’usure ne peuvent être modifiés.

Depuis début 2022, les hausses de taux s’établissent en moyenne à 0,50 %. Or, dans certaines banques, elles atteignent 0,75 %. On observe donc une hausse de mensualité de 70 euros pour un crédit de 200 000 euros sur 20 ans.

Les taux moyens sont en progression, notamment à :

  • 1,35 % sur 15 ans ;
  • 1,55 % sur 20 ans ;
  • 1,75 % sur 25 ans.

Cependant, le nombre de banques proposant des taux au-delà de 2 % sur 20 ans a connu une hausse en juin. Il est bon de noter que ces taux élevés étaient absents du marché depuis 2017. Pour autant, les meilleurs profils d’emprunteurs pourraient bénéficier de taux avantageux (1 % sur 15 ans, 1,15 % sur 20 ans et 1,30 % sur 25 ans).

En effet, dans le contexte actuel où les taux d’usure sont jugés trop bas, quelques banques décident de suspendre leur production de crédit. Elles hésitent face à la baisse de leurs marges. Certaines d’entre elles réalisent une analyse approfondie des profils et n’accordent un prêt qu’à ceux qui répondent à leurs exigences.

Dans les prochaines semaines, les taux pourraient poursuivre leur hausse. De plus, la Banque centrale européenne devrait modifier sa politique monétaire accommodante afin de stopper l’inflation dès juillet. Cela aura sans conteste un impact sur les taux et la production de crédits.




Le taux d’usure, un frein de plus en plus important à l’emprunt

Depuis plusieurs mois, le sujet du taux d’usure préoccupe déjà de nombreuses banques. Pour le mois de juin, il est devenu un frein davantage problématique à l’emprunt. En cette période de hausse des taux de crédit, les taux d’usure ne correspondent pas du tout à la réalité du marché.

Evolution des taux d'usure

Évolution des taux d’usure

 

En effet, pour des prêts sur 20 ans et plus, le taux d’usure a reculé de -20 points sur un an. Il passe de 2,60 % à 2,40 %. Par contre, au niveau des taux de crédit, on a constaté une augmentation de +35 points.

“ En juin 2021, on empruntait en moyenne à 1,20 % contre 1,55 % actuellement, avec un taux d’usure actuellement plus bas. Et, sur 25 ans, la marge de manœuvre est encore plus fine… On comprend donc bien qu’aujourd’hui de nombreux emprunteurs soient de fait exclus du crédit.” – Julie Bachet, directrice générale de Vousfinancer.

Exemple d’un dossier refusé plusieurs fois à cause du taux d’usure

Voici un cas de dossier qui était refusé dans un premier temps par de nombreuses banques à cause du taux d’usure.

Un célibataire de 30 ans, avec 2 500 euros de revenus net, souhaite emprunter 205 000 euros sur 25 ans. Il a prévu 15 % d’apport personnel. Le taux affiché est de 1,95 % et l’assurance de la banque, de 0,36 %. Les frais de garantie s’élèvent à 2 255 euros et les frais annexes, à 3 000 euros (dossier et courtage).

Le TAEG (taux tous frais inclus) s’établit donc à 2,57 %. Il dépasse le taux d’usure de 2,40 %. C’est pourquoi le dossier est refusé. Pour résoudre ce problème, on a procédé à la délégation d’assurance et à la réduction des frais. On a obtenu ceci :

  • le taux à 1,95 % ;
  • l’assurance déléguée à 0,12 % ;
  • les frais de garantie à 2 255 euros ;
  • les frais annexes à 2 450 euros ;
  • le TAEG à 2,30 % inférieur au taux d’usure.

Donc, cette fois-ci, l’emprunt est accordé. Notons que le taux annuel effectif global (TAEG) du prêt doit être inférieur ou égal au taux d’usure. On l’obtient en additionnant le taux nominal, l’assurance, les frais de dossier, les frais de courtage et les frais de garantie. Avec des taux de crédit supérieurs à 2 % hors assurance, on comprend pourquoi certains emprunteurs sont exclus du crédit.

“ Avec les taux d’usure actuels, la situation risque d’être très compliquée jusqu’à l’automne. Heureusement des solutions existent, comme tenter de négocier le taux de crédit, les frais de dossier, jouer sur la couverture de l’assurance, mais elles ne sont pas tenables sur la durée.” – Julie Bachet.

Un mode de calcul du taux d’usure problématique pouvant bloquer le marché

À l’origine, le taux d’usure est conçu pour protéger les emprunteurs. Il permet, en effet, d’interdire l’octroi de crédit à des conditions de taux « hors marché ». Aujourd’hui, sa méthode de calcul n’est plus adaptée au contexte de remontée continue des taux de crédit.

En effet, le taux d’usure est calculé sur la base des taux effectifs moyens accordés pendant le trimestre précédent (janvier, février et mars 2022). On y ajoute seulement une marge d’un tiers. Ce taux est en vigueur durant trois mois (avril, mai et juin 2022). Celui-ci reste bas, alors que les taux de crédit continuent d’augmenter fortement. Ainsi, la hausse récente des taux n’a pas été considérée. C’est ce décalage qui provoque un effet ciseau qui exclut du crédit une plus large catégorie d’emprunteurs.

Ainsi, selon Sandrine Allonier, directrice des études de Vousfinancer, la solution sera de calculer mensuellement le taux d’usure. Cela permet de s’adapter davantage aux évolutions du marché. Notons que le taux d’usure pour le trimestre prochain (juillet, août et septembre 2022) sera publié fin juin. Sa hausse pourrait être très limitée, vu que les taux de crédit plus élevés ne seront pas considérés dans le calcul.

“ Le risque est de voir certaines banques limiter leur production de crédit en attendant une réelle remontée de ce taux… mais également un attentisme des acheteurs que l’on constate déjà.” – Sandrine Allonier.

En effet, dans ce contexte, certains acquéreurs emprunteurs continueront d’hésiter à se lancer dans leur projet immobilier.

nv-author-image

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre fondatrice de la Fédération Française de l'Immobilier sur Internet (F.F.2.I.) www.ff2i.org et membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

Laisser un commentaire