Le tarif électricité en copropriété a retrouvé ses niveaux d’avant-crise. Pourtant, le risque de hausse reste bien réel. Aurélien Jouault, Directeur de l’Efficacité Énergétique chez Opéra Énergie, alerte les gestionnaires de copropriétés : le moment d’agir, c’est maintenant. La fin de l’ARENH au 1er janvier 2026 bouleverse les règles du jeu. Le nouveau Versement Nucléaire Universel protège moins les consommateurs à court terme. Parallèlement, la consommation française repart à la hausse. Le marché anticipe déjà une remontée des prix. Face à ces signaux, anticiper et mettre en concurrence les fournisseurs deviennent essentiels. Cet article décrypte les mécanismes du marché et livre les stratégies pour sécuriser le tarif électricité de votre copropriété.
Sommaire :
- Pourquoi le tarif électricité copropriété a-t-il baissé depuis la crise ?
- Pourquoi le marché anticipe-t-il une hausse des prix de l’électricité ?
- Quels risques pèsent sur le tarif électricité copropriété en 2026 ?
- Comment se compose la facture d’électricité ?
- Quelles stratégies adopter pour optimiser le tarif électricité copropriété ?
À retenir – Tarif électricité copropriété en 2026
- Les prix actuels constituent une opportunité : l’électricité oscille autour de 50 €/MWh contre 1 130 €/MWh en août 2022.
- Le marché anticipe une hausse : les prix 2026 sont inférieurs à ceux de 2027 et 2028.
- La fin de l’ARENH modifie la donne : le Versement Nucléaire Universel protège moins à court terme.
- La consommation repart à la hausse : 2024 et 2025 marquent un rebond après des années de sobriété.
- Anticiper et mettre en concurrence : les offres ne sont valables que 24 à 48 heures.
Pourquoi le tarif électricité copropriété a-t-il baissé depuis la crise ?
Les trois épisodes de la crise énergétique
Entre 2021 et 2022, le marché de l’électricité a traversé une crise sans précédent. Aurélien Jouault identifie trois épisodes successifs. Chacun a contribué à l’envolée des prix.
La hausse des prix du gaz
Plusieurs facteurs se sont conjugués. Des problèmes d’approvisionnement sont apparus. Des difficultés logistiques ont ralenti les livraisons. La demande mondiale a dépassé les prévisions. En conséquence, les cours du gaz ont flambé. Or, les centrales à gaz fixent généralement le prix de l’électricité en Europe.
La baisse de disponibilité du parc nucléaire
À l’été 2022, moins de la moitié des réacteurs français fonctionnaient. La corrosion affectait certaines installations. La maintenance avait été reportée pendant le Covid. Résultat : le nucléaire n’a pas pu compenser la tension sur le gaz.
La coupure du gaz russe
L’approvisionnement via le gazoduc Nord Stream s’est arrêté. Cette rupture a accentué la pénurie. Les moyens de pointe ont alors fonctionné à plein régime. Ces centrales ne devaient tourner que quelques jours par an. Le risque de délestage est ainsi devenu tangible.
Le retour aux niveaux d’avant-crise
En août 2022, le prix spot a atteint 1 130 €/MWh. Ce record a pulvérisé le précédent sommet de 94 €/MWh datant de 2008. Aujourd’hui, les cours oscillent autour de 50 €/MWh.
Comment expliquer cette accalmie ? Le parc nucléaire français a repris des couleurs. La production a bondi de 40 TWh en 2023. Puis, elle a encore progressé de 40 TWh en 2024. Par ailleurs, la consommation reste modérée. Cette combinaison favorable profite donc aux copropriétés. Elles bénéficient désormais d’un tarif électricité plus compétitif.
Le merit order : comment se fixe le prix de l’électricité ?
Pour comprendre le tarif de l’électricité, il faut d’abord saisir le mécanisme du merit order. En Europe, le dernier moyen de production appelé fixe le prix de l’électricité. Les opérateurs sollicitent les centrales par ordre de coût croissant. Ils appellent d’abord le renouvelable et le nucléaire, moins chers. Ensuite, ils activent les centrales à gaz, plus coûteuses.

Aurélien Jouault précise : « Dans le mécanisme habituel de formation des prix de l’énergie, la dernière centrale appelée pour répondre à la demande est souvent une centrale à gaz. Or, c’est précisément ce moyen de production marginal qui sert de référence pour fixer le prix de l’électricité sur le marché. Résultat : lorsque les cours du gaz s’envolent, ceux de l’électricité augmentent dans leur sillage. »
Mais le contexte actuel bouscule ce schéma classique. La demande électrique demeure modérée et, surtout, le parc nucléaire français a retrouvé une pleine capacité de production. Dans ces conditions, les centrales à gaz ne constituent plus systématiquement l’ultime recours mobilisé pour équilibrer le réseau.
Cette situation crée une forme de décorrélation conjoncturelle entre le prix du gaz et celui de l’électricité. À la clé : des tarifs d’électricité pour les copropriétés qui se maintiennent, pour l’heure, à des niveaux particulièrement compétitifs.
Pourquoi le marché anticipe-t-il une hausse des prix de l’électricité ?
Des courbes de prix révélatrices
L’analyse des marchés à terme livre un signal clair. Les prix pour 2026 sont inférieurs à ceux de 2027. Ces derniers sont eux-mêmes inférieurs à ceux de 2028. Autrement dit, le marché anticipe une hausse des prix de l’électricité dans les années à venir.

À l’inverse, le gaz naturel présente une configuration opposée. Les prix court terme dépassent les prix long terme. Le marché anticipe donc une baisse pour le gaz. Cette divergence illustre bien les dynamiques différentes des deux marchés.
La consommation repart à la hausse
Après des années de baisse liées à la crise et aux efforts de sobriété, la consommation d’électricité française repart. En 2024, elle a amorcé un rebond. En 2025, elle dépasse déjà celle de 2024. Si cette tendance se confirme, elle pèsera sur le tarif électricité en copropriété.

RTE anticipe d’ailleurs une hausse massive. La France pourrait consommer plus de 100 TWh supplémentaires à horizon 2035. Cela représente une augmentation de 20%. Plusieurs facteurs expliquent cette projection. Les véhicules électriques se multiplient. Les pompes à chaleur remplacent les chaudières. L’industrie se décarbone. La stratégie nationale bas carbone encourage ces évolutions.

La capacité de production en question
Face à cette demande croissante, quelle sera la capacité de production française ? EDF vise 400 TWh de production nucléaire par an à l’horizon 2030. Ce volume correspond simplement à celui du début des années 2000. Or, la France pourrait devoir absorber 100 TWh de consommation supplémentaire. Augmenter la production de seulement 40 TWh d’ici 2030 risque donc d’être insuffisant. Dans ce cas, les centrales à gaz reprendraient leur rôle de fixation des prix. Le tarif de l’électricité subirait alors une pression haussière.
Le coût du nouveau nucléaire : un signal d’alerte
La construction de nouvelles centrales pose question. Aurélien Jouault livre une comparaison éloquente. La Chine a construit 11 réacteurs pour 28 milliards d’euros. La France prévoit d’en bâtir 6 pour 67 milliards d’euros. L’écart est donc considérable.
L’exemple de Flamanville illustre par ailleurs les difficultés françaises. Ce projet devait durer 5 ans. Il devait coûter environ 3 milliards d’euros. Finalement, il a duré bien plus longtemps. Il a coûté presque 6 fois plus. Aurélien Jouault s’interroge alors : « Le sujet, c’est quand même quel sera le coût de sortie de l’électricité de ces nouvelles centrales nucléaires. »
Quels risques pèsent sur le tarif électricité copropriété en 2026 ?
La fin de l’ARENH : un tournant majeur
Le mécanisme de l’ARENH a disparu au 31 décembre 2025. L’Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique permettait aux fournisseurs alternatifs d’acheter 50% de leur électricité à 42 €/MWh auprès d’EDF. Ce dispositif garantissait ainsi une certaine stabilité du prix de l’électricité.
Le Versement Nucléaire Universel (VNU) le remplace depuis le 1er janvier 2026. Ce nouveau système fonctionne différemment. Les consommateurs s’approvisionnent désormais à 100% sur le marché de gros. L’État ne redistribue les bénéfices d’EDF que sous certaines conditions. Il prélève 50% au-delà de 80 €/MWh. Il prélève ensuite 90% au-delà de 110 €/MWh.
Le VNU, un mécanisme moins protecteur à court terme
Aurélien Jouault alerte sur les limites du VNU : « Tant que le marché de gros ne dépasse pas 250 €/MWh, ce mécanisme est moins avantageux que celui de l’ARENH. » Or, les probabilités d’atteindre ce seuil restent faibles hors crise majeure. Pour rappel, le record de 2008 s’établissait à 94 €/MWh. L‘électricité pourrait donc augmenter sans déclencher le bouclier tarifaire.
Certes, ce nouveau dispositif protège mieux en cas de crise très importante. Cependant, il risque de ne pas être utile dans les prochaines années. Les prix devraient en effet rester modérés. C’est donc un changement défavorable pour les copropriétés à court terme.
Les taxes et le réseau : des hausses programmées
Les taxes représentent environ un cinquième de la facture d’électricité. La CSPE suit une tendance haussière structurelle. Seule la période de crise 2022-2023 a provoqué une baisse temporaire.
D’autres prélèvements s’ajoutent également. La CTA finance les retraites des agents EDF et GDF. Les certificats d’économie d’énergie devraient augmenter les factures de 2 à 3 €/MWh dès 2026. La contribution biométhane entrera en vigueur entre 2026 et 2028. Elle pourrait atteindre 3 €/MWh. Enfin, l’ETS2 ajoutera en 2027 entre 8 et 15 €/MWh sur le gaz naturel. Les pouvoirs publics affichent ainsi clairement leur volonté de favoriser l’électricité au détriment du gaz.
Le tarif d’acheminement (TURPE) pèse aussi sur la facture. Entre 2017 et 2023, il a augmenté de 3% chaque année. La Cour des comptes estime par ailleurs les investissements nécessaires à près de 200 milliards d’euros d’ici 2040. En conséquence, les tarifs réseau devraient grimper de 21% d’ici 2030.
Comment se compose la facture d’électricité ?
Les trois composantes du tarif électricité

Aurélien Jouault détaille la structure d’une facture d’énergie. Trois éléments la composent :
- La matière première représente 40 à 60% de la facture. C’est le prix de l’électron ou de la molécule de gaz. Cette part varie d’un fournisseur à l’autre. C’est donc sur ce poste que la mise en concurrence produit le plus d’effet. Les copropriétés peuvent ainsi optimiser leur tarif électricité.
- L’acheminement représente environ 30% de la facture. Ce coût couvre le transport de l’énergie jusqu’au point de livraison. ENEDIS et RTE gèrent ces réseaux. Le montant dépend de la puissance souscrite et du profil de consommation. Aurélien Jouault précise : « Bien qu’il s’agisse d’un coût réglementé, on peut chercher à l’optimiser. »
- Les taxes représentent environ 20% de la facture. CSPE, CTA, TVA : ces prélèvements sont incompressibles pour les copropriétés. Contrairement à certaines industries, aucune exonération n’est possible.
La rente inframarginale : pourquoi EDF gagne quand les prix montent
Le mécanisme du merit order crée ce qu’on appelle la rente inframarginale. Les centrales à gaz fixent le prix de marché. Or, elles coûtent cher à exploiter. Les producteurs nucléaires, eux, produisent à moindre coût. Ils empochent donc la différence. Pendant la crise, cette rente a atteint des sommets. L’État a donc instauré le VNU pour capter une partie de ces bénéfices exceptionnels. L’objectif est de les redistribuer aux consommateurs. Toutefois, ce mécanisme ne se déclenche qu’à partir de certains seuils de prix.
Quelles stratégies adopter pour optimiser le tarif électricité en copropriété ?
Mettre systématiquement en concurrence
Opéra Énergie a accompagné plus de 7 000 copropriétés. Ce courtier en énergie recommande une mise en concurrence rigoureuse. Les écarts de prix entre fournisseurs peuvent s’avérer significatifs. Chaque acteur applique en effet ses propres marges et conditions commerciales. Seule la comparaison permet donc d’identifier la meilleure offre.

Anticiper les échéances contractuelles
La volatilité du marché impose d’anticiper. Plus le délai avant l’échéance du contrat est long, plus les opportunités de marché peuvent être saisies. Cette anticipation permet également de suivre les tendances. Elle aide à évaluer le bon moment pour signer.
Le potentiel de baisse reste en effet limité. Sur l’électricité, le marché a atteint une sorte de plancher. À l’inverse, les risques de hausse demeurent importants.
« En cas de tension sur le marché, la réaction des prix peut être brutale : un événement majeur suffit à faire bondir les cours de 20 à 30 euros par mégawatt-heure en très peu de temps. À l’inverse, les marges de baisse apparaissent aujourd’hui beaucoup plus limitées, avec des replis potentiels de seulement quelques euros supplémentaires. »
Autrement dit, le potentiel de diminution semble restreint tandis que le risque de remontée, lui, reste bien réel. Dans ce contexte, les conditions tarifaires actuelles de l’électricité en copropriété s’apparentent à une fenêtre de tir qu’il peut être stratégique de saisir sans tarder.
Choisir entre prix fixe et prix indexé
Chaque copropriété doit clarifier ses priorités avant de négocier. Deux grandes options s’offrent aux gestionnaires :
- Le prix fixe sécurise le budget. Le tarif reste stable pendant toute la durée du contrat. Les évolutions du marché n’ont aucun impact. Cette solution s’adresse avant tout aux copropriétés qui souhaitent se prémunir contre les aléas du marché énergétique.
- Le prix indexé permet de profiter d’éventuelles baisses. En revanche, il expose aussi aux hausses. Cette option convient donc aux copropriétés prêtes à accepter une certaine volatilité budgétaire.
Réagir vite une fois décidé
La réactivité est devenue cruciale depuis la crise énergétique. Les offres commerciales ne restent valables que 24 à 48 heures. Avant la crise, elles étaient valables un mois. Les copropriétés doivent donc préparer leur dossier en amont. Données de consommation, échéances, stratégie d’achat : tout doit être prêt. Ainsi, elles pourront se décider rapidement quand une opportunité se présentera.
Optimiser la souscription de puissance
Au-delà du prix de l’électron, l’optimisation du tarif électricité passe par l’analyse de l’acheminement. Ce poste dépend de la puissance souscrite. Il dépend aussi du profil de consommation. Un ajustement de la souscription peut générer des économies substantielles. Et ce, sans même changer de fournisseur.
Aurélien Jouault précise : « Tout dépend, d’une part, de votre profil de consommation et, d’autre part, du type de contrat que vous choisissez. Autrement dit, il existe ici un levier d’action concret qui peut être activé pour optimiser la situation. »
?Le tarif électricité en copropriété se trouve à un tournant. Les prix actuels restent attractifs. Cependant, la fin de l’ARENH, la reprise de la consommation et les hausses de taxes annoncent des lendemains plus coûteux. Les copropriétés qui anticipent et mettent en concurrence leurs fournisseurs dès maintenant sécuriseront leur budget pour les années à venir.

