La performance énergétique en résidentiel marque un recul préoccupant en 2024. Selon le Baromètre 2025 de l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID), la consommation énergétique des logements collectifs a bondi de 4,4% en un an. Ce rebond efface les efforts de sobriété engagés depuis 2022. Les immeubles d’habitation retrouvent ainsi leur niveau de consommation de 2018. Comment expliquer ce retournement de tendance alors que les prix de l’énergie restent élevés ? Quelles conséquences pour les objectifs de décarbonation du parc immobilier français ? L’étude de l’OID, réalisée auprès de 53 contributeurs et portant sur 532 bâtiments résidentiels, apporte des réponses éclairantes et des pistes de réflexion pour inverser la tendance.
Sommaire :
- Pourquoi la performance énergétique en résidentiel se dégrade-t-elle en 2024 ?
- Quels sont les indicateurs clés en 2024 ?
- Comment la performance énergétique en résidentiel se compare-t-elle aux autres secteurs ?
- Quelles évolutions réglementaires impactent la performance énergétique dans le résidentiel ?
- Quelles perspectives pour améliorer la performance énergétique ?
À retenir – Performance énergétique en résidentiel en 2024
- La consommation des logements collectifs bondit de 4,4% en 2024.
- Le résidentiel consomme désormais plus que les bureaux.
- Les émissions de GES augmentent de 6,4% depuis 2018.
- Le chauffage collectif freine les comportements sobres.
- 700 000 logements sortiront du statut de passoire thermique en 2026.
Pourquoi la performance énergétique en résidentiel se dégrade-t-elle en 2024 ?
Un rebond inattendu des consommations
La performance énergétique en résidentiel subit un coup d’arrêt brutal. En effet, les logements collectifs consomment en moyenne 133 kWh/m²/an en énergie finale en 2024. L’OID a collecté ces données auprès de 532 bâtiments représentant plusieurs millions de mètres carrés. Par conséquent, la hausse atteint 4,4% par rapport à 2023, après correction des variations climatiques. Sans cet ajustement, elle grimpe même à 4,7%. Par ailleurs, cette évolution reflète la tendance nationale. Le secteur résidentiel français enregistre ainsi une augmentation de 1% de sa consommation d’énergie finale entre 2023 et 2024.
L’effet Covid-19 enfin résorbé, mais pas dépassé
Cette remontée survient après plusieurs années de turbulences. D’abord, le télétravail généralisé en 2020 a provoqué une explosion des consommations résidentielles. Celles-ci ont bondi de 8,2% entre 2019 et 2020. Ensuite, les efforts de sobriété engagés en 2022-2023 ont permis de corriger partiellement cette dérive. L’envolée des prix de l’énergie et le risque d’approvisionnement hivernal ont motivé ces changements de comportement. Toutefois, le secteur revient simplement à son niveau de 2018. Autrement dit, il n’enregistre aucune progression réelle sur six ans.
Le chauffage collectif, un frein à la sobriété
L’échantillon étudié par l’OID se compose exclusivement d’immeubles avec chauffage collectif. Plus de 99% des bâtiments relèvent de cette catégorie. Or, cette configuration réduit l’incitation des occupants à diminuer leur consommation. En effet, sans comptage individuel, chaque ménage supporte une quote-part des charges. Celle-ci reste identique, indépendamment des efforts personnels. De ce fait, le Baromètre OID explique pourquoi la hausse des consommations apparaît plus marquée dans cet échantillon. Le parc national, composé majoritairement de copropriétés et de maisons individuelles, affiche une évolution moins prononcée.
Quels sont les indicateurs clés en 2024 ?
Des consommations en énergie finale et primaire en hausse
Le Baromètre OID 2025 révèle des chiffres préoccupants. La consommation moyenne atteint 133 kWh/m²/an en énergie finale. Elle s’élève à 216 kWh/m²/an en énergie primaire. En revanche, les bâtiments les plus performants affichent des résultats bien meilleurs.
Le Top 15% consomme seulement 80 kWh/m²/an en énergie finale et 136 kWh/m²/an en énergie primaire. Quant au Top 30%, il atteint respectivement 99 et 159 kWh/m²/an. À titre de comparaison, le ministère de la Transition écologique publie des seuils officiels basés sur les données DPE. Ceux-ci fixent les Top 15% et Top 30% à respectivement 135 et 175 kWh/m²/an en énergie primaire.

Des émissions de gaz à effet de serre qui progressent
Les émissions de GES atteignent 18,2 kgCO2eq/m²/an en moyenne en 2024. Elles s’élevaient à 17,6 kgCO2eq/m²/an en 2023. Cela représente donc une hausse de 3,4%. De plus, sur la période 2018-2024, les émissions progressent de 6,4%. Elles passent ainsi de 17,1 à 18,2 kgCO2eq/m²/an. Néanmoins, les meilleurs bâtiments limitent fortement leurs rejets. Le Top 15% émet seulement 6,3 kgCO2eq/m²/an. Le Top 30% atteint quant à lui 9,6 kgCO2eq/m²/an.
Une distribution des consommations relativement homogène
Environ 60% des logements de l’échantillon affichent une consommation finale comprise entre 75 et 150 kWh/m²/an. La répartition en énergie primaire se situe majoritairement entre 100 et 300 kWh/m²/an. Ces valeurs correspondent approximativement aux étiquettes DPE C, D et E. En revanche, les émissions de GES présentent une dispersion plus marquée. Cette hétérogénéité reflète la diversité des mix énergétiques. Elle traduit notamment les différents vecteurs de chauffage utilisés.
Comment la performance énergétique en résidentiel se compare-t-elle aux autres secteurs ?
Le résidentiel désormais plus énergivore que les bureaux
L’OID souligne un fait notable. Pour la deuxième année consécutive, les bureaux consomment moins que les logements. En effet, la consommation moyenne des bureaux atteint 126 kWh/m²/an en 2024. Celle du résidentiel s’élève à 133 kWh/m²/an. En 2023, l’écart existait déjà. Les bureaux affichaient 128 kWh/m²/an contre 127 kWh/m²/an pour le résidentiel. Cette inversion historique s’explique principalement par les obligations du décret tertiaire. Celui-ci contraint le secteur tertiaire à réduire ses consommations.
Un secteur non soumis au décret tertiaire
Le parc résidentiel échappe aux contraintes du dispositif éco-énergie tertiaire (DEET). Ce décret impose aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² des objectifs ambitieux. Ils doivent réduire leurs consommations de 40% d’ici 2030. Cette baisse devra atteindre 50% en 2040, puis 60% en 2050. Or, aucune obligation similaire ne pèse sur le résidentiel. Par conséquent, ce secteur manque d’un cadre réglementaire contraignant pour améliorer sa performance énergétique. Le baromètre constate ainsi une « absence de réduction nette des consommations énergétiques » dans ce secteur.
Quelles évolutions réglementaires impactent la performance énergétique dans le résidentiel ?
L’interdiction de location des passoires thermiques
Depuis janvier 2025, les propriétaires ne peuvent plus louer les logements classés DPE G. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 ordonne cette interdiction. De plus, le calendrier se durcira progressivement. Les logements DPE F seront interdits à la location en 2028. Ceux classés DPE E subiront le même sort en 2034. Par ailleurs, l’audit énergétique devient obligatoire avant la vente des logements classés E depuis janvier 2025.
La révision du coefficient d’énergie primaire en 2026
À partir de janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire passera de 2,3 à 1,9. Cette modification entraînera la réévaluation de tous les DPE résidentiels et tertiaires. En conséquence, environ 700 000 logements sortiront du statut de passoire thermique. L’OID reprend ces estimations officielles dans son Baromètre.
L’extension du DPE collectif aux copropriétés
Depuis janvier 2025, les copropriétés de 50 à 200 lots doivent réaliser un DPE collectif. Cette obligation concerne les bâtiments à usage d’habitation ou professionnel. Elle s’applique uniquement si le permis de construire date d’avant le 1er janvier 2013. Ensuite, en janvier 2026, cette mesure s’étendra à toutes les copropriétés répondant à ce critère d’ancienneté.
Quelles perspectives pour améliorer la performance énergétique ?
La sobriété énergétique, un levier sous-exploité
Les années 2022-2023 ont démontré l’efficacité des comportements sobres. L’envolée des prix de l’énergie a incité les ménages à réduire leur consommation. Le risque d’approvisionnement hivernal a renforcé cette prise de conscience. Le plan de sobriété national a ainsi permis une baisse significative des consommations dans tous les secteurs. Cependant, ce mouvement n’a pas été pérennisé. L’OID le regrette explicitement : « on pourrait regretter de ne pas avoir su suffisamment capitaliser sur les progrès accomplis ».
L’individualisation des frais de chauffage
L’installation de compteurs individuels dans les copropriétés avec chauffage collectif constitue un levier majeur. Le Baromètre identifie clairement cette mesure. En effet, elle responsabilise chaque occupant. Elle encourage également les comportements économes. Le document le souligne : « les occupants sont moins incités à réduire leurs consommations de chauffage, surtout en l’absence de sous-comptage dans chaque logement ». Pourtant, ce dispositif reste peu déployé dans le parc existant.
La rénovation énergétique, indispensable mais freinée
La suspension des aides MaPrimeRénov’ fragilise la dynamique de rénovation. Toutefois, les propriétaires disposent de nombreux dispositifs. MaPrimeRénov’ reste le principal levier financier. Les certificats d’économie d’énergie (CEE) offrent également des primes intéressantes. Leur 6e période débute d’ailleurs en janvier 2026. L’éco-prêt à taux zéro complète ce panel d’aides. Enfin, le programme Pacte Entreprises accompagne les démarches de rénovation énergétique des bâtiments tertiaires depuis janvier 2025. Néanmoins, aucun équivalent n’existe pour le résidentiel privé. Cette lacune pénalise fortement l’amélioration de la performance énergétique dans le résidentiel.

