En 2025, les impayés de factures d’énergie ont généré 1,2 million d’interventions chez des particuliers français. C’est le constat publié par le médiateur national de l’énergie, à quelques semaines de la fin de la trêve hivernale 2026, fixée au 31 mars. Bonne nouvelle : les coupures d’électricité reculent de 30 %. Mauvaise nouvelle : les limitations de puissance via le compteur Linky explosent, et 36 % des foyers peinent désormais à régler leurs factures d’énergie. Face à cette vulnérabilité énergétique qui s’aggrave, le médiateur réclame l’interdiction totale des coupures et la réautomatisation du chèque énergie dès 2027.
Sommaire :
- Les impayés de factures d’énergie en 2025 : que disent les chiffres ?
- Les limitations de puissance : une alternative aux coupures qui se généralise ?
- La précarité énergétique s’aggrave : quels sont les signaux d’alarme ?
- Quelles solutions pour lutter contre les impayés de factures d’énergie ?
À retenir — Impayés de factures d’énergie en 2025
- 1,2 million d’interventions pour impayés d’énergie en 2025, en baisse de 3,7 %.
- Les coupures d’électricité reculent de 30 % grâce à la pression du médiateur.
- Les limitations de puissance ont été multipliées par 3,5 depuis 2019.
- 36 % des foyers peinent à payer leurs factures, contre 28 % en 2024.
- Le médiateur exige l’interdiction des coupures et la réautomatisation du chèque énergie dès 2027.
Les impayés de factures d’énergie en 2025 : que disent les chiffres ?
1,2 million d’interventions, en légère baisse
En 2025, les fournisseurs de gaz et d’électricité ont déclenché 1 200 540 interventions pour impayés de factures d’énergie, soit une baisse de 3,7 % par rapport aux 1 246 166 interventions enregistrées en 2024. Un recul encourageant en apparence. Mais il masque des réalités très contrastées selon le type d’intervention — limitation de puissance, coupure d’électricité ou coupure de gaz — et l’énergie concernée.
Ces données ont été publiées à l’approche de la fin de la trêve hivernale, cette période pendant laquelle les coupures d’énergie sont légalement interdites, du 1er novembre au 31 mars. Une fois cette échéance passée, les fournisseurs retrouvent leur plein droit pour recouvrer leurs créances, y compris par le recours à une coupure d’énergie.
Les coupures d’électricité en net recul
Les coupures d’électricité ont chuté de près de 30 % : de 203 767 en 2024 à 143 625 en 2025. Ce recul significatif s’explique par la pression exercée par le médiateur national de l’énergie et de nombreuses associations sur les fournisseurs d’électricité. Ces derniers ont accepté de limiter le recours aux coupures franches au profit d’une mesure jugée moins brutale : la limitation de puissance. C’est une évolution notable dans les pratiques du secteur énergétique français.
Les coupures de gaz naturel, elles, progressent
À l’inverse, les coupures de gaz naturel ont augmenté de près de 4 %, passant de 105 176 en 2024 à 108 962 en 2025. Le gaz reste ainsi un secteur où les fournisseurs maintiennent une politique de recouvrement des impayés plus agressive. Aucune pression équivalente à celle exercée sur l’électricité n’a encore produit ses effets dans ce domaine.-

Comparatif 2024 vs 2025 par type d’intervention
Les limitations de puissance : une alternative aux coupures qui se généralise ?
Une mesure téléopérée, simple et en forte hausse
Les limitations de puissance en électricité ont légèrement progressé, atteignant 947 953 en 2025 contre 937 223 en 2024, soit une hausse de 1,1 %. Plus simples à mettre en œuvre — elles s’effectuent à distance via les compteurs communicants Linky, sans déplacement d’un technicien —, elles sont devenues la mesure de recouvrement de créance privilégiée des fournisseurs d’énergie face aux impayés de factures. Elles ne nécessitent ni déplacement ni intervention physique au domicile du consommateur d’énergie.
Une multiplication par 3,5 en six ans
Entre 2019 et 2025, les limitations de puissance ont été multipliées par 3,5. En 2019, elles s’élevaient à 274 290. En 2025, elles dépassent les 947 000. Cette explosion traduit à la fois la généralisation du compteur Linky — déployé massivement à partir de 2019 — et le choix délibéré des fournisseurs de substituer cette mesure aux coupures franches. La trêve hivernale, qui interdit les coupures d’électricité du 1er novembre au 31 mars, n’interdit pas en revanche les limitations de puissance, ce qui renforce leur usage en période hivernale.
Un moindre mal qui reste un mal
Si les limitations de puissance sont moins brutales que les coupures, elles ne sont pas sans conséquences sur les foyers concernés. Les ménages se retrouvent avec une puissance disponible fortement réduite, insuffisante pour faire fonctionner simultanément plusieurs appareils essentiels : chauffage électrique, cuisinière, chauffe-eau. Pour les consommateurs en situation de précarité énergétique, l’impact sur le quotidien et sur la santé reste significatif. Le médiateur national de l’énergie reconnaît que cette mesure est “plus supportable” que la coupure, mais ne la considère pas comme une solution pérenne.
La précarité énergétique s’aggrave : quels sont les signaux d’alarme ?
36 % des foyers en difficulté pour payer leurs factures
Selon le baromètre du médiateur national de l’énergie publié en octobre 2025, 36 % des foyers interrogés déclarent rencontrer des difficultés pour payer leurs factures de gaz ou d’électricité. C’était 28 % en 2024. Une progression de 8 points en un an, particulièrement alarmante dans un contexte de hausse continue des prix de l’énergie. Les impayés de factures d’énergie ne concernent plus une minorité de ménages en situation de vulnérabilité énergétique : ils touchent désormais une part significative de la population française, y compris des foyers de la classe moyenne.
Le froid dans les logements, un phénomène en hausse continue
35 % des ménages déclarent avoir souffert du froid dans leur logement en 2025, contre 30 % en 2024 et seulement 14 % en 2020. En cinq ans, ce chiffre a plus que doublé. Les impayés de factures d’énergie ne sont pas qu’une question financière : ils ont des conséquences directes sur les conditions de vie, la santé et le bien-être des occupants. La précarité énergétique est désormais un phénomène de masse en France.
Quelles solutions pour lutter contre les impayés de factures d’énergie ?
Interdire définitivement les coupures d’électricité
Le médiateur national de l’énergie, Bernard Doroszczuk, réitère sa demande d’interdiction totale des coupures d’électricité pour impayés, quelle que soit la période de l’année. Il plaide pour la garantie d’un niveau minimal de fourniture pour tous les ménages, en rappelant que l’électricité est un bien de première nécessité. Cette demande s’appuie sur la baisse déjà constatée des coupures en 2025, preuve que les fournisseurs sont capables d’y renoncer sous pression. Il s’agirait d’ancrer ce progrès dans la loi, de manière permanente.
Réautomatiser le chèque énergie dès 2027
La campagne 2025 du chèque énergie a mis en évidence les limites du dispositif semi-automatique instauré après la suppression de la taxe d’habitation. En 2024, 5,6 millions de ménages avaient bénéficié du chèque énergie.
En novembre 2025, seuls 3,8 millions l’ont reçu sans démarche active. Soit près de 1,8 million de foyers potentiellement exclus du dispositif — un phénomène classique de non-recours aux aides sociales. Le nombre de bénéficiaires rattrapés via le guichet en ligne (sollen.fr) ne devrait pas dépasser quelques centaines de milliers, laissant de côté précisément les foyers les plus fragiles — ceux qui maîtrisent le moins les démarches administratives dématérialisées.
Bernard Doroszczuk, médiateur national de l’énergie, le dit clairement : « La suppression de l’automaticité du chèque énergie a complexifié l’accès au dispositif et fait peser un risque accru de non-recours pour les ménages les plus fragiles. Je formule le souhait de voir l’attribution du chèque énergie réautomatisée en 2027 sur la base d’un critère unique fiable, ce qui permettrait de garantir un versement plus simple, plus rapide et plus équitable. »
Un critère unique basé sur le revenu fiscal de référence
Le médiateur propose d’attribuer automatiquement le chèque énergie à tous les ménages dont le revenu fiscal de référence, rapporté au nombre d’unités de consommation, est inférieur à un seuil déterminé. Ce mécanisme s’appuierait exclusivement sur les données fiscales déjà détenues par l’administration, sans démarche individuelle requise. En dépit d’éventuels effets de bord — limités selon le médiateur —, cette réforme permettrait de revenir à un mécanisme pleinement automatique, proche de celui qui existait avant la suppression de la taxe d’habitation.

