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Energie

Précarité énergétique : 85% des Français estiment que se chauffer est un luxe

Précarité énergétique : 85% des Français estiment que se chauffer est un luxe

Une enquête Ipsos réalisée pour Daikin révèle l’ampleur alarmante de la précarité énergétique en France. Alors que l’ONPE estime officiellement ce phénomène à 10% de la population, 31% des Français déclarent éprouver des difficultés à chauffer correctement leur logement à un coût acceptable. Cette étude, menée auprès de 1 000 personnes représentatives de la population française, met en lumière les arbitrages quotidiens, les renoncements et les impacts sur la santé que subissent les ménages face à la hausse des prix de l’énergie. Entre factures en augmentation pour 49% des foyers et sacrifices sur l’alimentation ou la santé, la précarité énergétique dépasse désormais les seuls critères administratifs pour devenir une réalité tangible qui touche le pouvoir d’achat, le bien-être et la vie sociale de millions de Français.


Sommaire :


À retenir – Précarité énergétique en France

  • 31% des Français se considèrent en précarité énergétique, trois fois plus que les chiffres officiels.
  • 85% estiment que bien se chauffer est devenu un luxe.
  • 65% sacrifient d’autres dépenses pour payer leurs factures d’énergie.
  • 74% souffrent de troubles du sommeil à cause de l’inconfort thermique.
  • 72% renoncent aux travaux de rénovation en raison du coût initial trop élevé.

Qu’est-ce que la précarité énergétique et combien de Français sont concernés ?

Une définition qui dépasse les statistiques officielles

La précarité énergétique désigne la difficulté à chauffer correctement son logement à un coût acceptable. Selon le tableau de bord 2025 de l’Observatoire National de la Précarité Énergétique (ONPE), un peu plus de 10% des ménages français vivent cette situation. Toutefois, la réalité perçue par les Français diffère largement de ces statistiques officielles.

Concrètement, cette notion recouvre trois dimensions principales. D’abord, l’inconfort thermique au quotidien. Ensuite, les difficultés financières pour payer le chauffage. Enfin, les répercussions sur la santé physique et mentale des occupants.

Un sentiment de précarité énergétique trois fois supérieur aux chiffres officiels

L’enquête Ipsos pour Daikin apporte un éclairage nouveau sur ce phénomène. Du 24 au 26 octobre 2025, l’institut a interrogé un échantillon représentatif de 1 000 Français âgés de 18 ans et plus. Le résultat est sans appel : 31% des Français se considèrent en situation de précarité énergétique.

Par ailleurs, certaines catégories de population apparaissent plus vulnérables. Ainsi, 42% des 18-30 ans se déclarent concernés. De même, 41% des CSP- partagent ce sentiment. En revanche, les plus de 60 ans (82%) et les CSP+ (76%) se disent majoritairement épargnés. En conséquence, la précarité énergétique ne touche plus seulement les ménages modestes. Elle s’invite désormais dans les foyers de nombreux Français, notamment les jeunes et les populations fragiles.

Une connaissance du terme mais une méconnaissance de sa définition

78% des Français connaissent le terme de précarité énergétique. Cependant, seule la moitié d’entre eux (53%) sait le définir précisément.

Spontanément, les personnes interrogées associent ce concept à trois éléments :

  • l’inconfort thermique : froid dans le logement, difficultés à maintenir une température confortable.
  • les difficultés financières : incapacité à payer le chauffage, réduction des dépenses.
  • l’impact sur la santé : stress, inquiétude, dégradation de l’état général.

Pourquoi se chauffer est-il devenu un luxe pour les Français ?

Des factures d’énergie en hausse constante

Le budget énergie pèse lourdement sur les finances des ménages français. En effet, 41% des Français dépensent plus de 150 euros par mois en période hivernale pour l’électricité, le gaz, le fioul ou le bois. Plus précisément, 18% déboursent entre 150 et 199 euros mensuels. Par ailleurs, 11% paient entre 200 et 249 euros. Enfin, 13% consacrent plus de 250 euros par mois à leur facture énergétique.

De plus, 49% des personnes interrogées constatent une augmentation par rapport à l’hiver 2023-2024. Cette hausse frappe particulièrement les CSP- : 54% d’entre eux signalent une progression de leurs dépenses. À l’inverse, seuls 13% des Français observent une baisse de leurs factures.

L’imprévisibilité des factures génère un stress budgétaire

53% des Français peinent à anticiper le montant de leurs factures d’énergie. Les variations de prix et les ajustements en fin d’année compliquent en effet leur gestion budgétaire. Certains profils rencontrent davantage de difficultés. Notamment, 57% des femmes expriment cette préoccupation. De même, 59% des 31-45 ans partagent ce constat. Également, 58% des CSP- se trouvent dans cette situation.

Cette incertitude génère un stress important. Ainsi, 59% des personnes interrogées ressentent de l’inquiétude face à leurs factures. De surcroît, 55% redoutent l’hiver à venir en raison du coût de l’énergie. La précarité énergétique devient donc une source d’anxiété permanente.

Un consensus : bien se chauffer est devenu un luxe

Le constat est unanime : 85% des Français considèrent que bien se chauffer est devenu un luxe. Parmi eux, 39% se disent tout à fait d’accord avec cette affirmation.

Ce sentiment traduit une rupture majeure. Le chauffage passe ainsi du statut de besoin fondamental à celui de dépense contrainte. Or, cette perception repose sur des réalités concrètes. En effet, 27% des Français jugent leur logement mal isolé. De plus, 36% déclarent avoir souvent eu froid chez eux durant l’hiver 2024-2025.

Niveau d'accord des Français avec différentes affirmations sur leur rapport à l'énergie
Niveau d’accord des Français avec différentes affirmations sur leur rapport à l’énergie

Quels sont les arbitrages quotidiens face à la précarité énergétique ?

Des gestes de restriction devenus systématiques

Face à la hausse des prix, les Français modifient leurs habitudes quotidiennes. Plusieurs comportements d’adaptation se généralisent pendant la période hivernale. D’abord, 56% des Français superposent régulièrement plusieurs couches de vêtements à domicile. Cette pratique touche particulièrement les 18-30 ans (66%), les femmes (64%) et les CSP- (61%).

Ensuite, 54% des ménages baissent le thermostat en dessous de leur niveau de confort. Ils visent par exemple 19°C au lieu de 20-21°C. De plus, 53% ne chauffent que certaines pièces de leur logement. Ils concentrent ainsi leurs dépenses sur les espaces les plus utilisés.

Par ailleurs, les restrictions touchent également les usages quotidiens. Ainsi, 48% réduisent la durée ou la température des douches. Également, 46% limitent l’usage d’appareils énergivores comme le four, le sèche-linge ou les plaques de cuisson.

Des sacrifices sur des postes de dépenses essentiels

65% des Français réduisent au moins un autre poste de dépense pour payer leurs factures d’énergie. Ces arbitrages touchent d’abord les dépenses superflues, puis les besoins essentiels. En premier lieu, 44% des personnes interrogées diminuent leurs loisirs et sorties. De même, 37% renoncent à des vacances. Par ailleurs, 33% réduisent leurs achats de vêtements et 29% puisent dans leur épargne.

Cependant, des postes plus sensibles subissent également ces restrictions. Ainsi, 26% des Français achètent moins de nourriture ou optent pour des produits moins chers. Plus préoccupant encore, 14% renoncent à des soins de santé.

Les jeunes et les CSP- supportent principalement ces sacrifices. En effet, 74% des 18-30 ans, 71% des 31-45 ans et 74% des CSP- ont supprimé au moins un poste de dépense.

Postes de dépenses réduits ou supprimés par les Français pour payer leurs factures d'énergie - précarité énergétique
Postes de dépenses réduits ou supprimés par les Français pour payer leurs factures d’énergie

Des difficultés de paiement qui s’accumulent

15% des Français éprouvent des difficultés à régler leurs factures d’énergie. Ces problèmes prennent différentes formes au cours des 12 derniers mois. Ainsi, 7% ont connu des retards ponctuels de paiement. De plus, 6% accumulent des retards répétés. Enfin, 2% portent actuellement une dette auprès de leur fournisseur d’énergie.

Ces difficultés touchent davantage les populations vulnérables. En effet, 22% des 18-30 ans rencontrent ces problèmes. Également, 19% des 31-45 ans et 22% des CSP- partagent cette situation.

Quels impacts la précarité énergétique a-t-elle sur la santé et la vie sociale ?

Des conséquences directes sur le bien-être physique

L’inconfort thermique affecte profondément l’état de santé des Français. Les sensations de froid ou de chaleur excessive perturbent notamment le sommeil et l’équilibre général. Ainsi, 74% des Français constatent des troubles du sommeil. Ils éprouvent des difficultés d’endormissement et subissent des réveils nocturnes. Par conséquent, 74% ressentent de la fatigue ou de l’épuisement dans la journée.

De même, 72% se sentent plus facilement irritables ou connaissent une baisse de moral. Cette irritabilité impacte leur vie quotidienne et leurs relations. Enfin, le froid fragilise la santé physique. Ainsi, 70% contractent plus facilement des rhumes ou bronchites. Et, 65% éprouvent des douleurs articulaires plus marquées aux genoux ou au dos. Enfin, 61% souffrent de problèmes de concentration. Notons que les moins de 45 ans et les CSP- subissent plus fortement ces effets sur la santé.

Un isolement social croissant

La précarité énergétique dégrade également la vie sociale des Français. En effet, 42% des personnes interrogées signalent au moins un impact négatif sur leur vie. Plus spécifiquement, 38% observent des répercussions sur leurs relations sociales. Concrètement, 19% reçoivent moins d’invités chez eux à cause de la température de leur logement. Par ailleurs, 14% ont essuyé des remarques de leurs visiteurs sur le froid. De surcroît, 10% se sont davantage isolés de leurs proches.

En outre, 9% des Français vivent des tensions familiales concernant la température du logement. La précarité énergétique favorise donc le repli sur soi et détériore le lien social. Les 18-30 ans (47%) et les CSP- (46%) subissent principalement ces impacts sociaux.

Des répercussions sur la vie professionnelle

La précarité énergétique modifie également les habitudes de travail. Parmi les personnes pouvant télétravailler (29% de l’échantillon), 29% augmentent leur présence au bureau pour améliorer leur confort thermique. Plus précisément, 19% se rendent davantage au bureau en été car celui-ci dispose de la climatisation. De même, 15% privilégient le bureau en hiver car il offre un meilleur chauffage. Enfin, 11% réduisent leur télétravail hivernal pour économiser sur leurs factures d’énergie.

Cette tendance se manifeste particulièrement en région parisienne (17%) et parmi les CSP+ (14%). La précarité énergétique questionne ainsi l’équilibre entre télétravail et présence au bureau.

Quelles solutions pour sortir de la précarité énergétique ?

La rénovation énergétique : une priorité pour les Français

61% des Français ont déjà réalisé au moins un type de travaux pour améliorer la performance énergétique de leur logement. Cette proportion atteint 71% chez les 60-75 ans et 74% chez les propriétaires.

Plusieurs types de travaux arrivent en tête des réalisations. D’abord, 34% des Français ont remplacé leurs fenêtres. Ensuite, 30% ont changé leur système de chauffage ou d’eau chaude sanitaire. Puis, 24% ont isolé leur toiture. Enfin, 19% ont renforcé l’isolation des murs.

Par ailleurs, 35% des Français envisagent des travaux à l’horizon de trois ans. Le changement de système de chauffage arrive en tête des projets (11%). L’isolation des murs (10%) et le remplacement des fenêtres (9%) complètent le podium.

Les 18-30 ans (46%), les hommes (42%) et les propriétaires (36%) projettent le plus souvent des travaux.

Les aides financières : levier principal pour déclencher les travaux

69% des Français identifient au moins un levier pour lancer des travaux de rénovation énergétique. Parmi eux, 84% placent les aides financières en tête. Plus précisément, 49% les citent comme premier déclencheur.

D’autres leviers motivent également les ménages. Ainsi, 55% mentionnent le prêt à taux zéro. De même, 50% attendent des garanties sur les économies d’énergie réalisées. Par ailleurs, 42% souhaitent des garanties longue durée sur le matériel et la pose. Enfin, 36% demandent un accompagnement administratif clé-en-main.

Concernant la notoriété des aides, MaPrimeRénov’ domine largement : 61% des Français la connaissent. L’éco-prêt à taux zéro (28%), la TVA à taux réduit (27%) et les aides locales (24%) suivent à distance. Toutefois, seuls 19% des Français ont déjà bénéficié d’une aide financière pour des travaux de rénovation.

Le coût initial : frein majeur à la rénovation

82% des Français identifient au moins un frein aux travaux de rénovation énergétique. Le coût initial domine largement les obstacles évoqués. En effet, 72% citent le coût trop élevé comme principal frein. Parmi eux, 32% le placent en première position de leur classement. Ensuite, 42% mentionnent la complexité administrative. De plus, 41% doutent des économies réellement réalisables. Par ailleurs, 30% déplorent le manque d’information ou de conseils fiables.

Certaines situations particulières compliquent également les projets. Ainsi, 29% des locataires se heurtent à leur statut. De même, 21% des copropriétaires évoquent les contraintes liées à leur immeuble. La précarité énergétique crée donc un cercle vicieux. Les ménages les plus touchés disposent rarement des moyens nécessaires pour investir dans des solutions pérennes.

Principaux leviers incitatifs et freins aux travaux de rénovation énergétique
Principaux leviers incitatifs et freins aux travaux de rénovation énergétique

La pompe à chaleur : une solution plébiscitée mais freinée par son coût

Les Français accordent leur confiance aux pompes à chaleur (PAC). Ainsi, 75% estiment qu’elles améliorent le confort thermique du logement. De même, 66% pensent qu’elles réduisent l’impact environnemental. Également, 66% croient qu’elles diminuent durablement la facture d’énergie. Les possesseurs de PAC expriment une confiance encore plus forte. En effet, 88% valident l’amélioration du confort thermique. De plus, 85% confirment la réduction de l’impact environnemental. Enfin, 82% attestent la baisse durable des factures.

Concernant les motivations d’achat, la réduction des factures d’énergie arrive en tête. Ainsi, 49% de l’échantillon citent cet argument. Ce chiffre atteint 54% chez les possesseurs de PAC. Ensuite, 35% valorisent la modernité et la performance du système. Par ailleurs, 31% apprécient le confort d’une chaleur douce et homogène. Ce dernier argument convainc particulièrement les possesseurs (44%).

Cependant, le coût d’achat et d’installation freine fortement l’adoption. En effet, 57% des Français (et 50% des possesseurs) citent ce frein. De plus, 29% évoquent la nécessité de réaliser des travaux importants. Également, 24% s’inquiètent du bruit engendré et 23% de la consommation d’électricité.

En définitive, les futurs choix des Français en matière de chauffage répondront avant tout à une logique économique. Ainsi, 53% placent la réduction des coûts en première position. Le confort (27%), l’écologie (10%) et l’origine du produit (10%) suivent à distance.

François Deroche, Directeur Marketing, RSE et Affaires Publiques de Daikin France, conseille aux particuliers souhaitant rénover leur logement de « procéder à une étude énergétique pour identifier les actions prioritaires à mener, et de demander au moins trois devis à des installateurs bénéficiant de la labellisation RGE ».

Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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