Objectif zéro chauffage au fioul à Paris d’ici 2030 !

chauffage au fioul
Pourquoi faut-il abandonner le chauffage au fioul ?

La ville de Paris s’est fixé un objectif ambitieux : devenir un territoire neutre en carbone et 100% converti aux énergies renouvelables d’ici 2050. Pour cela, il faudra notamment atteindre l’objectif zéro chauffage au fioul à Paris d’ici 2030 !

Pourquoi faut-il abandonner le chauffage au fioul ?

 

Les objectifs sont ambitieux, l’engagement de la ville de Paris pour le Plan climat air énergie nécessite la rénovation d’1 million de logements d’ici 2050 pour réduire la consommation d’énergie sur le logement d’un tiers d’ici 2030 et de moitié d’ici 2050.

Pour atteindre cet objectif, il va falloir abandonner le chauffage au fioul qui a un fort impact sur les émissions de gaz à effet de serre et sur la qualité de l’air par ses émissions de polluants locaux. En effet, la combustion du fioul domestique produit notamment des émissions de dioxyde d’azote et des particules fines.

Le chauffage au fioul domestique est responsable de 3% des émissions de particules fines sur Paris. Pour le dioxyde d’azote, cette part monte à 10%.

Réduire ces émissions nocives permet de prévenir les maladies graves telles que les maladies respiratoires et cardiovasculaires provoquées par la pollution de l’air, première cause de décès liés à l’environnement.

La fin des chaudières fioul et ses impacts environnementaux est donc une volonté affichée du gouvernement. Mais l’arrêt de ce mode chauffage pose la question de son remplacement et de la complémentarité avec les autres énergies. Il est important d’établir un état des lieux de ce mode chauffage à Paris avant toute chose.

Une étude de l’APC pour savoir qui se chauffe encore au fioul ?

 

A cet effet, l’agence Parisienne du Climat (APC) a été mandatée par la ville de Paris pour mener une grande étude pour l’élaboration d’un ambitieux plan d’action unique en France sur le chauffage fioul et ses impacts environnementaux.

À Paris, 80% des logements sont en copropriété et on estime à 1500 copropriétés soit 45.500 logements, 5% du parc de logements encore chauffés au fioul.

Une forte concentration des copropriétés utilisant le fioul sont des immeubles construits entre 45 et 74 et se situent dans l’ouest parisien. Ce mode de chauffage concerne également des logements plutôt anciens : c’est-à-dire avant la première réglementation thermique des bâtiments en France de 1974.

Guillaume Privat, chargé d’études du dossier fioul à l’APC.

Jusqu’à présent, les copropriétés qui ont changé de mode de chauffage n’avaient pas forcément le choix : chaudière vétuste, trop ancienne, pièces de range indisponibles, rendement dégradé… Le coût du fioul qui est pourtant une des énergies les plus onéreuses est rarement évoqué.

La plupart des copropriétaires qui sont par ailleurs satisfaits de leur chaufferie n’ont pas idée des économies potentielles à réaliser. De ce fait, les copropriétés qui souhaitent convertir leur chaufferie et ne le font pas, avancent des raisons économiques liées à l’investissement et au matériel.

Dire adieu au fioul, c’est réaliser des économies à court et moyen terme

 

Le fioul est un combustible dont le coût fluctue le plus à la hausse, et un changement de combustible peut faire réaliser jusqu’à 30% d’économies sur les frais de chauffage. Ce changement n’engendre que des bénéfices tant au niveau économique que du confort.

Le prix du kWh de fioul est en moyenne 16% plus élevé que celui du gaz naturel !

Le changement de combustible peut prendre du temps mais les alternatives au chauffage au fioul existent et sont accessibles. Le retour sur investissement est relativement court, il faut compter en moyenne entre 2 et 3 ans.

Alexandre Nicourt, conseiller Info Energie à l’APC.

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Faut-il opter pour le réseau de chaleur urbain ou pour le gaz naturel ?

 

Changer pour le réseau de chaleur urbain ou pour le gaz naturel sont les deux alternatives les plus courantes.

A Paris, 500.000 logements sont chauffés par le CPCU (Compagnie parisienne de chauffage et d’eau chaude). La chaleur produite provient d’un mix énergétique composé à plus de 50% par des énergies renouvelables et de récupération. Ce réseau fonctionne toute l’année pour alimenter en chauffage et eau chaude sanitaire les copropriétés. Par ailleurs, les tarifs sont moins chers que le fioul et plus stables.

L’avantage de notre réseau est qu’il n’y a pas de combustion dans l’immeuble, donc aucun risque pour les résidents. La chaufferie ne prend pas de place et bénéficie d’un entretien facilité. Le seul inconvénient de cette solution énergétique est qu’elle n’est pas immédiatement disponible pour une copropriété éloignée du réseau.

Florence Wiederkehr, directrice commerciale de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU).

Pour les copropriétés qui voudraient aller vers le gaz, à consommation égale, il apporte un gain de gain de 10% sur la facture et son prix reste stable depuis des années. Il existe 40 fournisseurs de gaz et cette concurrence participe à la stabilité du tarif.

Notre mission, au sein de GRDF, est d’accompagner les copropriétés chauffées au fioul qui voudraient aller vers le gaz. Nous leur proposons à cet effet un simulateur sur notre site Internet qui leur permettra de visualiser les économies engendrées par le changement d’énergie.

Éric Laurent, responsable du Marché Copropriétés.

En termes de travaux, le changement total de l’installation est réalisé dans la chaufferie en été pour ne pas avoir à couper le chauffage en hiver. D’ailleurs, il n’y a aucune intervention dans les logements puisque la boucle à eau chaude des radiateurs est conservée.

À noter que les travaux sont subventionnés tout ou partie par les aides existantes. Certains installateurs proposent même de prendre à leur charge la demande des CEE ce qui permet de ne pas avoir à avancer l’argent dans l’attente du versement des primes.

Le gaz se verdit grâce au biométhane, produit à partir de déchets organiques issus de l’agriculture. Le biométhane, nous en sommes certains, c’est l’avenir. On peut également coupler son installation avec de l’eau chaude solaire thermique. Le conseil que je pourrais donner aux copropriétés serait de faire ce changement d’énergie le plus rapidement possible, tant qu’il y a des aides et pour accéder à des économies non négligeables.

Éric Laurent

Dernier petit conseil, il ne faut pas se précipiter il est intéressant de penser « travaux globaux » et pour cela, un audit global s’impose pour connaître l’état architectural et énergétique de l’immeuble afin de prendre les bonnes décisions et de faire les travaux dans le bon ordre.

Il est important de préciser que sortir du fioul n’est pas une obligation mais juste une préconisation.

Deux exemples de remplacement de chaudières fioul vers le gaz en copropriété

 

Une copropriété située à Lançon-Rungis datant de 1960 et composée de 32 logements. Cette copropriété a remplacé sa chaufferie fioul existante par trois chaudières murales à condensation gaz en cascade et des panneaux solaires thermiques montés en toiture qui assurent le préchauffage de l’eau chaude sanitaire.

Les travaux ont duré 14 mois et ont coûté 33.000 €/TTC par logement. Ce coût inclus également l’isolation thermique des façades par l’extérieur, la réfection de l’étanchéité, l’isolation des terrasses et le remplacement des fenêtres par du double vitrage.

Avant les travaux, la consommation était de 274 kWh/m2/an et après les travaux de 98 kWh/m2/an, soit 64% d’économie d’énergie et 39.160 € par an de réductions de facture énergétique pour la copropriété.

Une copropriété située au cœur du 16e arrondissement de Paris, constituée de 35 logements datant de 1959. Cet ensemble immobilier est composé d’un bâtiment de 9 étages et de deux locaux d’activités chauffés par le sol.

Un audit énergétique financé à 70% par les aides a permis d’examiner la qualité de l’enveloppe thermique et de valider le fonctionnement du système de chauffage. A la suite de cette étude, la copropriété a voté l’obligation d’installer du double vitrage et d’engager la rénovation du chauffage en remplaçant la chaudière fioul par un modèle gaz à condensation, en effectuant également le désembouage du circuit.

La copropriété a pu déduire directement sur les 80.000 euros de travaux pour le chauffage, 20.000 € de financement par les CEE. Sans compter le crédit d’impôt pour chaque copropriétaire. Le calcul de retour sur investissement est de trois ans.

Suite à cette nouvelle installation, la copropriété a gagné 20% de rendement sur les kWh consommés et 40% sur les émissions de CO2. Mais le plus étonnant, c’est le montant annuelle de la facture énergétique qui est passé de 40.000 € à 20.000 € !

Nous n’avons plus les odeurs désagréables du fioul et le gras qu’il déposait sur les terrasses. Désormais, nous pouvons régler plus finement la température dans les appartements et nous n’avons plus à nous soucier du niveau de fioul dans la cuve et de l’organisation de la livraison.

Jean-Pierre Chaussade, Président du conseil syndical.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le magazine « Copropriété & Travaux » – #50 – Printemps – Juin 2019 (Propos recueillis par Nathalie Vaultrin, rédactrice en chef).

A noter :

Lorsque la copropriété décide de changer sa source d’énergie pour le chauffage, il s’agit de travaux entraînant une amélioration du rendement thermique qui relèvent de la majorité absolue de l’article 25 de la loi de 1965. Précisons que l’article 25 f vise les travaux d’économie d’énergie ou de réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’article 25 n vise l’ensemble des travaux comportant transformation, addition ou amélioration.