Aller au contenu

Diagnostics

Nouveau DPE : faut-il s’attendre à une crise du logement ?

Nouveau DPE

La mise en œuvre du nouveau DPE reste difficile, notamment pour les logements construits avant 1975. De ce fait, la néo-agence Immo-Pop redoute un grand bouleversement sur le marché immobilier. Afin de mieux comprendre cette évolution, elle a mené une enquête auprès des porteurs de projets. Les résultats révèlent ainsi le risque d’une crise du logement.

Des doutes et des questions autour du nouveau DPE

Théoriquement, le nouveau DPE est censé être plus fiable et plus lisible. Cependant, sa mise en œuvre demeure compliquée et de nombreuses personnes doutent encore de sa légitimité. Ce diagnostic de performance énergétique est initialement élaboré à titre informatif. Par la suite, il est devenu obligatoire pour les propriétaires bailleurs et les vendeurs.

Nouveau DPE : faut-il s’attendre à une crise du logement ?

 

Par ailleurs, ce nouveau DPE est associé à l’interdiction à la location des passoires thermiques : logements classés E, F et G. Dès 2023, les logements les plus énergivores devront ainsi sortir du parc locatif.

4,8 millions de biens seraient concernés d’après la statistique du ministère de la Transition écologique. Or, selon les professionnels de l’immobilier, ce chiffre est largement sous-estimé. Ils comptent plutôt sur 7 à 8 millions de logements concernés.

L’enquête dImmo-Pop autour du nouveau DPE

Les résultats confirment l’approche empirique de cette néo-agence immobilière. Cette dernière a su ainsi tirer de cette étude trois enseignements majeurs.

Les porteurs de projet sont bien informés sur le DPE

Ce dispositif fait partie intégrante du paysage immobilier français. Plus de 90 % des enquêtés le connaissent. Près de 80 % d’entre eux sont au courant qu’un nouveau DPE est entré en vigueur en juillet 2021.




Les logements classés E, F et G font face à des difficultés sur le marché

Plus de 8 porteurs de projet sur 10 pensent que le classement DPE impactera un futur achat immobilier. D’ailleurs, près de 80 % des enquêtés seraient prêts à abandonner l’achat d’un bien mal classé au DPE.

Les porteurs de projet montrent moins d’intérêt pour la rénovation énergétique

Près de 60 % des enquêtés seraient moins motivés à réaliser de lourds travaux de rénovation énergétique. Presque 65 % ne voudraient pas risquer de perdre quelques mètres carrés après la réalisation de travaux d’isolation intérieure.

Toutefois, plus de 80 % des porteurs de projet seraient au courant de la future interdiction de location pour les biens énergivores. Par contre, seulement 1 enquêté sur 4 affirme avoir connaissance des aides financières à la rénovation énergétique.

Dans ce contexte, Immo-Pop anticipe une division du marché immobilier. D’un côté, les logements classés au nouveau DPE seront faciles à vendre, et ce, au meilleur prix. De l’autre, ceux qui sont mal classés auront des difficultés à trouver des acquéreurs. En perspective, les épaves énergétiques non rénovées sortiront du parc de logement. Or, cette situation risque de créer une crise aiguë de l’offre sur le marché locatif.

Un rapport d’information parlementaire accablant sur la rénovation énergétique des bâtiments

Immo-Pop a analysé le rapport d’information parlementaire sur la rénovation énergétique des bâtiments. Présidée par Vincent Descoeur et rapportée par la députée iséroise Marjolaine Meynier-Millefert, cette mission est particulièrement instructive.

Ce rapport d’information est publié en février 2021 et a relevé certains problèmes. On se demande alors pourquoi le nouveau DPE était encore mis en œuvre au 1er juillet 2021. En effet, certains points sont plus qu’inquiétants sur la politique générale de la rénovation énergétique, en l’occurrence :

  • un manque de moyens humains, financiers et techniques ;
  • une absence d’outils de suivi pour évaluer l’évolution du programme ;
  • une lenteur sur la réalisation des rénovations complètes (70 000 par an) ;
  • des difficultés à distinguer un simple changement de fenêtres d’une rénovation globale ;
  • un processus administratif compliqué pour prétendre aux aides financières à la rénovation énergétique ;
  • un manque de stabilité et de perspectives du fait de l’instabilité des politiques ;
  • des difficultés à obtenir les informations sur cette politique (peu lisible) ;
  • une absence d’étude d’impact sur la solvabilité des foyers et les conséquences des mesures sur le parc locatif ;
  • etc.

Cette politique de transition écologique est d’ailleurs irréaliste. En effet, environ 70 000 rénovations globales sont réalisées annuellement. À ce rythme, plus de 114 ans seraient nécessaires pour parvenir à rénover un total de 8 millions de passoires thermiques.

Avec une même productivité, il faudrait le double de 1,9 million de professionnels pour atteindre cet objectif. La réalité est cependant le manque actuel de main-d’œuvre. Ainsi, les objectifs fixés dans cet ambitieux programme de rénovation énergétique sont irréalisables.

Une lettre ouverte d’Immo-Pop adressée aux prétendants à la magistrature suprême

Aussi, Immo-Pop a relevé plusieurs freins à la mise en œuvre du nouveau DPE et du programme de rénovation énergétique. Ses dirigeants demandent d’instaurer en urgence un moratoire. Une période de transition serait, en effet, utile pour sensibiliser tous les acteurs aux enjeux de la rénovation énergétique.

Un plan national réaliste pourrait être élaboré en concertation avec l’ensemble de la filière de l’immobilier et de la construction. Il faudrait donc puiser dans les propositions du rapport d’information parlementaire.

Il convient d’ailleurs de rendre plus lisibles et plus accessibles toutes les mesures et annonces autour de la rénovation énergétique. Immo-Pop recommande aussi de mettre en place un guichet unique dédié à ce programme.

L’État devrait offrir une vision à moyen et long terme sans besoin d’ajouter des mesures supplémentaires. Par ailleurs, le plan national devrait se reposer sur l’accompagnement, le partage et l’adhésion du public (et non sur des mesures pénalisantes).

Cette lettre ouverte a été envoyée aux équipes des deux candidats à la magistrature suprême, Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

nv-author-image

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre fondatrice de la Fédération Française de l'Immobilier sur Internet (F.F.2.I.) www.ff2i.org et membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

Laisser un commentaire