Les bénéfices d’un habitat sain pour les constructeurs et les propriétaires

Le Baromètre VELUX de l’Habitat Sain 2018.
Le Baromètre VELUX de l’Habitat Sain 2018.

Le Baromètre VELUX de l’Habitat Sain 2018 dresse un état des lieux de l’habitat et des bâtiments en Europe et examine les voies d’amélioration possibles pour assurer le bien-être des individus, des sociétés et de la planète. Comment cibler au mieux les efforts de rénovation et la réglementation en matière de construction ?

 

2/3 du parc immobilier européen a plus de 40 ans

 

En Europe, environ 75% de la population vit actuellement en agglomération. Alors que les bâtiments représentent près de 40% de la consommation d’énergie, il est important de mettre en lumière les corrélations entre état de l’habitat et état de santé.

L’état des logements dans nos villes et banlieues est un enjeu essentiel pour façonner des sociétés saines et durables.

David Briggs, PDG du Groupe VELUX

Les villes européennes ont un parc immobilier ancien. Dans la plupart des pays d’Europe, deux tiers environ du parc résidentiel a été construit avant l’entrée en vigueur des premières réglementations thermiques soit avant 1979. Aussi, seuls 10% des bâtiments rentrent dans les classes A ou B de l’étiquette-énergie.

Parallèlement, le rythme actuel de rénovation du bâti est faible : seuls 1 à 2% du parc immobilier sont rénovés chaque année.

 

L’état de l’habitat, plus déterminant que le revenu

 

Les recherches menées cette année par le baromètre montrent qu’en matière d’insalubrité, c’est l’habitat lui-même qui est cause de maladie et non la situation économique de l’occupant. Les conséquences au niveau européen sont alarmantes : l’état de santé de la population se dégrade, entraînant des interruptions de travail, une baisse considérable de productivité et des répercussions importantes sur l’économie.

Selon un récent rapport d’Eurofound (la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail), le mal-logement coûte aux pays de l’Union Européenne près de 194 milliards d’euros par an, en coûts directs (frais de santé) et indirects (perte de productivité).

Or, un logement insalubre est aussi mauvais pour la santé, qu’on ait un revenu confortable ou non. La seule différence c’est que si on a les moyens, on pourra intervenir plus rapidement pour réaliser les travaux nécessaires. Ce savoir doit permettre de définir des politiques efficaces, qui encouragent la rénovation pour le bien-être individuel et collectif.

 

Le défi de la rénovation : rénover ne va pas de soi !

 

Le montant du capital privé mobilisable en Europe est de 30 billions d’euros et 71% de ménages européens sont en capacité de financer un projet de rénovation de 75.000 euros (Copenhagen Economics, 2017). Cependant, même quand les capacités de financement sont là, des barrières dissuadent de nombreux propriétaires de sauter le pas.

Le logement est devenu le premier poste de dépense des Européens, qu’ils soient propriétaires ou locataires. La part des dépenses de logement est en hausse et pèse proportionnellement beaucoup plus lourd dans le budget des classes modestes. Le logement est passé de 22% du budget mensuel des Européens en 2000 à 25% en 2015.

 

Barrières à la rénovation : les 5 freins recensés par la Commission Européenne

 

1. L’information : il manque une information accessible et compréhensible sur les avantages que procure une rénovation en matière d’efficacité et de confort.

2. Les divergences d’intérêts : dans le secteur locatif en particulier, les locataires sont peu enclins à rénover car le gain qu’il peuvent en espérer est limité dans le temps ; les propriétaires le sont tout aussi peu car ils estiment que l’investissement ne leur bénéficiera pas directement.

3. La méconnaissance de l’intérêt économique de l’opération : il y a une difficulté, réelle ou non, à envisager la rénovation comme un investissement positif à long terme et à calculer le rapport coûts/bénéfices dans cette optique notamment la valorisation du bien à la vente.

4. Coûts de transaction élevés pour de petits projets : dans les chantiers de petite taille, les coûts à supporter pour mettre le projet en route et trouver les bons prestataires peuvent être proportionnellement excessifs.

5. Marchés de capitaux : depuis la crise financière de 2008 notamment, les prêteurs sont plus réticents à financer ce type d’investissement, qui pâtit d’un manque d’information disponible sur les modes de financement.

 

Quelles sont les solutions et politiques efficaces ?

 

On distingue deux grands moyens d’action pour lever les freins à la rénovation. Les mesures incitatives comme les aides financières peuvent être efficaces, à condition de prévenir les effets d’aubaine. Pour cela, elles doivent cibler des projets de rénovation qui, à défaut, n’auraient pas vu le jour.

Les mesures coercitives par exemple réglementaires peuvent aussi servir de catalyseur à l’activité de rénovation. C’est le cas de la révision récente de la Directive sur la performance énergétique des bâtiments qui a inscrit des obligations en matière d’air intérieur. Ces mesures devraient promouvoir la rénovation pour des bâtiments plus sains et plus efficaces à travers l’Europe.

Mais les législateurs ne peuvent pas tout et le secteur de la construction a lui aussi un rôle à jouer pour encourager la rénovation. Les technologies existent pour rénover sans se ruiner, il faut pouvoir les répliquer et simplifier les solutions.

Alors qu’un Européen sur six, soit 84 millions de personnes, vit actuellement dans un bâtiment insalubre, il est urgent de s’attaquer au mal-logement. Pour mobiliser l’investissement privé nécessaire et ainsi augmenter sensiblement le rythme des rénovations, il faut communiquer encore et encore sur le véritable état des bâtiments et leur incidence sur leurs occupants.

Il faudrait investir environ 295 milliards d’euros pour la remise à niveau du parc immobilier en Europe, une somme pouvant être rentabilisée en seulement 18 mois par une réduction des frais de santé, une baisse de l’absentéisme dans les entreprises et un gain de productivité. Une dépense qui se transformerait en investissement pour les pouvoirs publics.

Nous devons tous nous mobiliser sur la question de l’habitat pour pouvoir tenir les engagements pris en 2016 dans l’Accord de Paris sur le Climat. L’effort ne peut pas être unilatéral. Politiques, professionnels et particuliers ont tous un rôle à jouer et le présent rapport montre comment l’agrégation de savoirs peut nous mener au succès.

David Briggs