Le « droit à la ville » face à l’expansion du modèle Airbnb

Le « droit à la ville » face à l’expansion du modèle Airbnb
www.observatoire-airbnb.fr

L’Observatoire Airbnb décrypte le phénomène de l’explosion de la location saisonnière via des plateformes du type Airbnb avec pour conséquences une raréfaction de l’offre de logements dédiés aux habitants et l’augmentation du prix des loyers et du foncier.

Partout dans le monde, des lois sont promulguées pour réguler et contrôler ce phénomène et les communes concernées sont également amenées à prendre des dispositions locales. En France, de nombreuses grandes villes comme Paris et Bordeaux ont également voté des réglementations en restreignant par exemple le nombre de nuitées proposées à la location touristique, en obligeant les propriétaires à s’enregistrer auprès de la commune ou en encore en mettant en place des contrôles du parc locatif.

Depuis le 1 er décembre 2017, à Paris, les loueurs sont obligés de s’enregistrer auprès de la mairie et doivent faire figurer le numéro communiqué sur leur annonce Airbnb. Au 31 mars 2018, si la plateforme comptait 101.873 offres, seulement 8.192 d’entre elles comportaient un numéro. Autrement dit, plus de 90% des annonces sont illégales. Ce constat peut également être dressé à Bordeaux où la ville reconnaît avoir délivré en mars 2018 environ 1.300 numéros alors que le nombre total d’annonces dans la capitale girondine est de 12.552.

Dans la capitale, la municipalité effectue des contrôles et les amendes pour location illégale à Paris se sont intensifiées.

« L’Observatoire Airbnb a été créé pour permettre aux chercheurs et aux élus de disposer de données afin d’étudier ce phénomène et d’agir le cas échéant. Un logiciel a ainsi été conçu pour récupérer l’intégralité des offres et leurs caractéristiques pour un territoire donné et proposer le fichier en open data sur un site dédié www.observatoire-airbnb.fr », indique Matthieu Rouveyre, fondateur de l’Observatoire Airbnb, conseiller municipal de Bordeaux, vice-président du département de la Gironde.

À Paris, on relevait, en octobre 2016, 56.544 offres de logements entiers. Notre dernier relevé de l’observatoire datant de mars 2018 établit dorénavant le nombre d’offres à Paris à 101.873, dont 88.670 propositions de logements entiers. D’autres grandes villes telles que Bordeaux sont concernées. En deux ans, on constate une augmentation de 350% du nombre d’offres de logements entiers proposés à la location touristique.

« Près de 8.000 logements qui accueillaient ou avaient vocation à accueillir des habitants sont maintenant uniquement proposés à des touristes. À Paris, le dernier recensement a révélé que la capitale avait perdu des habitants ! », Souligne Matthieu Rouveyre.

Airbnb accélère la gentrification des centres et leur périphérie

Avec la gentrification des quartiers populaires, accélérée par le phénomène Airbnb, les classes moyennes partent à la périphérie des centres-villes et gentrifient à leur tour ces deuxièmes couches, reléguant de facto les pauvres à la périphérie des périphéries.

Ce sont majoritairement des studios, T1 et T2 (pour près de 80%), proposés par des particuliers appartenant aux catégories sociales favorisées. La location de ces petites surfaces aux touristes s’opère alors au détriment des jeunes, des étudiants et des familles les plus modestes.

Dans une approche purement comptable, les propriétaires des petites et moyennes surfaces en bon état ont tout intérêt à dédier leur logement aux touristes. « Le succès d’Airbnb s’explique d’abord par la plus forte rentabilité qu’offre une location saisonnière par rapport à un location traditionnelle. La plupart des mesures que nous avons pu effectuer montre qu’il suffit de louer son bien dix jours par mois pour qu’il dégage plus de recettes qu’une mois de location classique », note Matthieu Rouveyre.

On observe donc l’exil des classes moyennes et populaires à la périphérie ou dans les campagnes, sortes de sous-périphéries. C’est ainsi qu’en fonction des territoires, on va constater un renforcement des homogénéités sociales. Dans les villes se croisent les classes privilégiées et les touristes, nouveaux gentrifieurs, tandis qu’à la périphérie sont donc reléguées les classes moyennes et supérieures. Ces dernières, à leur tour, sont amenées à contraindre les classes populaires à s’établir après les périphéries, dans les zones rurales non touristiques, éloignées de tout.

« Le renversement de ce processus excluant passe par l’affirmation d’un « droit à la ville », parmi les droits de l’homme et du citoyen. Il ne se limite pas à un simple recours humaniste contre la logique de rentabilité qui envahit les villes, mais implique un projet de démocratie et de renforcement de la société civile, il stipule le droit à l’accès à la centralité urbaine, à la vie urbaine, aux lieux de rencontres, d’échanges, de rassemblement, au « ludique ». Afin de ne pas être désincarné, ce droit doit être porté collectivement et surtout politiquement », conclut Matthieu Rouveyre.

Source : www.observatoire-airbnb.fr