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Environnement

Déchets de chantier : où en est le BTP en matière d’économie circulaire ?

Lauric BERTHIER - XERFI

À l’heure de l’économie circulaire, il est en temps de se préoccuper de la collecte, du tri et du recyclage des déchets de chantier. Lauric Berthier, chargé d’études chez Xerfi s’interroge sur les perspectives dans le BTP. Où en la filière sur la question de la responsabilité élargie des producteurs (REP) ?­

La filière du BTP et la gestion des déchets de chantier

­Précisons que l’économie circulaire dans le BTP regroupe les activités suivantes :

  • gestion des déchets de chantier (collecte, tri, recyclage…),
  • réduction des matières utilisées (produits, matériaux et intrants pour fabriquer),
  • utilisation de produit et matériaux recyclés.

À 80%, les déchets de chantier du BTP proviennent de la filière travaux publics. Mais, on retrouve aussi le gros œuvre en bâtiment qui génère surtout des déchets inertes : béton, tuiles, etc.

déchets de chantier du BTP

La collecte des déchets se pratique directement sur les chantiers

 

En revanche, bien que la branche du second œuvre produise seulement 5% des déchets du BTP, elle pèse lourd dans les gisements de déchets dangereux. On pense alors aux électriciens, climaticiens et à leurs fournisseurs. Ces derniers figurent parmi les principaux émetteurs de déchets d’équipements électriques et électroniques.

En grande majorité, la collecte des déchets se pratique directement sur les chantiers. Cela représente environ 80 % des déchets traités. Toutefois, cet usage s’observe essentiellement sur les chantiers d’une certaine taille, réalisés par les géants du BTP.

Des contraintes techniques, mais une économie qui s’annonce prometteuse

En effet, les TPE, artisans et particuliers apportent volontairement leurs déchets dans une déchetterie. Parce que leurs volumes de déchets de chantier sont bien inférieurs. Cette gestion de déchets issus des chantiers a coûté plus de 2,2 milliards d’euros. Cette démarche vertueuse a un coût élevé même si elle doit permettre aux acteurs du BTP de tendre vers l’autosuffisance en matériaux.

Mais, en réalité, les contraintes techniques et opérationnelles sont bien trop importantes. De fait, il est presque impossible de s’approvisionner par le seul biais du réemploi et du recyclage des déchets. Pourtant, les géants du BTP sont les plus avancés en matière d’économie circulaire. Que ce soient, Vinci, Bouygues et Eiffage, ils disposent tous d’une structure dédiée. Certes, un tel degré d’intégration reste forcément l’apanage des grands groupes.

Mais, pour une majorité d’acteurs du secteur du bâtiment, l’intégration des opérations est impossible. Ainsi, la tendance est plutôt à la multiplication des interactions avec une variété de prestataires et partenaires pour améliorer la gestion des déchets de chantier.

Pour autant, cette économie circulaire s’annonce prometteuse dans le BTP. Les perspectives de croissance des revenus des acteurs seraient de l’ordre de 8% en moyenne d’ici à 2025.

Rapports de force entre les principaux acteurs de la gestion des déchets de chantier

­En matière de gestion des déchets de chantier, on compte trois grands profils d’acteurs :

  • entreprises de construction. Elles réemploient leurs déchets et utilisent des matériaux recyclés ou bas-carbone.
  • fabricants et distributeurs de produits et matériaux de construction. Ils proposent des offres de collecte des déchets. Puis, les intègrent à leur production et développent des gammes bas-carbone.
  • prestataires externes. Ce sont entre autres les spécialistes des services environnementaux, les transporteurs, les recycleurs, les développeurs de solutions digitales et les éco-organismes.

De toute évidence, le paysage concurrentiel va fortement évoluer. En effet, à partir de janvier 2023, les éco-organismes vont s’intéresser aux produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment (PMCB). Ils deviendront alors des intervenants incontournables et pourraient bien mettre en difficultés certains recycleurs. Dans ce cas, une consolidation du secteur semble inéluctable.

Dans le même temps, des start-up déploient des solutions technologiques pour les gestionnaires de déchets de chantier. Toutefois, leur offre pourra difficilement se substituer à celle des collecteurs et recycleurs traditionnels.

Comment procèdent alors les acteurs historiques pour conserver leur place ?

­Face à ces menaces, les acteurs historiques mettre à profit leur expertise en matière de gestion des déchets de chantier. De plus, ils adaptent leur offre aux besoins particuliers du BTP.

À cet effet, ils misent sur l’innovation et collaborent avec les jeunes pousses. Ainsi, pour les producteurs comme pour les gestionnaires de déchets de chantier, la digitalisation de l’offre paraît être un parcours obligé.

Outre ces prestations spécifiques, les spécialistes des déchets pourraient même aller jusqu’à déployer des nouvelles capacités de recyclage. Ainsi, ils pourraient produire et fournir de la matière prête à l’emploi aux industriels, voire aux entreprises du BTP.

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Lauric BERTHIER

Lauric Berthier est chargé d’études pour le Groupe Xerfi. Leader en France des études économiques sectorielles.

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