Chronique Hebdo Copro : Carnet numérique du logement, résultats de l’expérimentation

Rappelez-vous, je vous ai parlé du carnet numérique du logement lors de son lancement en janvier 2017 par le plan de transition numérique dans le bâtiment. Lors de l’appel à projet, 11 lauréats ont été retenus avec l’ambition de proposer une offre opérationnelle de carnet numérique, dans les secteurs résidentiels et tertiaires et d’appuyer la rédaction du décret d’application.

 

Alors, après plus d’un an de test et de déploiement des différentes solutions de carnet numérique, nous voici à l’étape de la synthèse finale et des premiers retours d’expérience du déploiement de 3.040 carnets sur toute la France.

Au cours de l’année d’expérimentation, 3,5 millions d’euros ont été investis dont la majeure partie pour supporter les coups de développement informatique des solutions. Au final, le coût de revient moyen d’un carnet est estimé à environ 6.000 €. Ce coût n’est pas négligeable mais est-il justifié ?

Certainement si le carnet du logement devient « la référence » en permettant un accès à tout moment, aux documents et données de nos copropriétés. Et cela aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels.

Y avoir accès c’est bien mais pour quoi faire ? Il faut avant tout donner envie aux utilisateurs de découvrir et de manipuler ce nouvel outil au quotidien. C’est le premier constat de cette expérimentation qui relève que plus de la moitié des potentiels testeurs ne se sont pas connectés à l’outil après leur inscription.

Et pour ceux qui l’ont quand même consulté, l’utilisation s’est généralement limitée à des visites peu fréquentes, avec la consultation de quelques pages et l’intégration de données ou documents de base.

 

Pour que cela marche, il faut donc de l’accompagnement avec des guides, des vidéos, un support, des réunions de présentation de l’outil… Il faut aussi ajouter des systèmes d’alertes et de notifications liées au quotidien.

 

D’autres questions interviennent, comme celles de la compatibilité des données et de la généralisation de formats de transmission standards pour une utilisation du service par une diversité d’acteurs de la chaîne de rénovation énergétique et plus globalement du bâtiment.

Le sujet de la confidentialité des données n’est pas non plus réglé. La gestion des accès au carnet sera-t-elle confiée à des tiers ? Lors de la transmission des données à des fins de « Big Data », qui doit garantir l’anonymisation de ces données ?

Il semble donc judicieux d’établir un guide relatif aux données personnelles permettant d’encadrer le mode de gestion des accès aux carnets par les opérateurs, indiquant notamment les données ne pouvant pas être partagées.

 

Pour les opérateurs, le coup de la création et de la gestion des carnets est évalué entre 2 et 12 € par carnet et par an en fonction des solutions. Se pose donc la question de la gratuité du carnet pour les utilisateurs.

 

Il est envisagé de faire payer ces frais par le propriétaire privé ou public ou encore par les promoteurs. On peut aussi envisager une rétribution par les professionnels ou par les collectivités qui pourraient bénéficier des données anonymisées issues des carnets ou bien à plus long terme, la création d’une fiche CEE dédiée.

Cela pose néanmoins la question de la neutralité du carnet dans le cas de financements privés. Nous n’en sommes pas encore là car il faudrait avant tout assurer les conditions favorables du déploiement et de la massification du carnet auprès du grand public.

Certains pensent que cela ne peut passer que par la publication du décret d’application et l’entrée en vigueur de l’obligation de création et de mise à jour du carnet.

Il faudrait que les utilisateurs puissent se projeter dans un usage à long terme.

Pour que la réglementation puisse être mise en place le plus rapidement possible, on espérait que les modalités de mise en œuvre seraient précisées dans la loi ELAN. Or rien n’est inscrit à ce sujet dans le texte de loi et pour l’instant le projet est à l’arrêt. On ne sait pas encore sous quelle forme il pourrait éventuellement réapparaître.

Peut-être que finalement c’est une bonne chose ! Le marché manque certainement de maturité pour permettre de légiférer. La seule réglementation n’est pas suffisante pour créer une réelle dynamique autour du carnet numérique.

 

Une communication par les pouvoirs publics semble aussi essentielle auprès du grand public et de l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur du bâtiment.

 

Il faudra encore un peu de travail pour améliorer l’expérience client et donner au carnet tout son sens. Il faut donner envie aux utilisateurs et à tous les acteurs d’améliorer l’information autour du logement. Pour cela, le carnet doit être simple d’utilisation, bien ancré dans la réalité et surtout évolutif pour s’adapter aux usages de l’habitant.

Donnez-nous votre avis, pensez-vous que l’expérimentation sur 1 an a fait ses preuves ? Etes-vous d’accord pour légiférer à ce stade ? Selon vous, qui doit supporter le coût de ce carnet du logement ?

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« L’hebdo copro », chaque lundi, retrouvez Isabelle DAHAN, fondatrice de Monimmeuble.com pour un point sur l’actualité de la copropriété. Cette chronique est diffusée sur la radio web de l’immobilier : Radio Immo.

En savoir plus sur le carnet numérique du logement

Chronique enregistrée le 9 avril à 17h10, durée : 4 minutes.

Vous pouvez retrouver cette chronique sous forme de podcast ICI

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