Vais-je devoir changer ma chaudière fioul à partir de juillet 2022 ?

Vais-je devoir changer ma chaudière fioul à partir de juillet 2022 ?

Aujourd’hui, dans la question à l’expert, nous allons parler de chaudières. En effet, Le gouvernement vient de reporter l’interdiction de l’installation d’une nouvelle chaudière fioul et charbon à juillet 2022, dans le neuf. Pour évoquer ce report, les perspectives offertes aux acteurs du secteur, nous avons fait appel à Alain Dufétel. Il est membre de la Fédération Française des Combustibles, Carburants et Chauffage (FF3C).

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Que faut-il retenir de cette interdiction de l’installation d’une chaudière fioul ?

Il y a eu depuis deux ans, des annonces gouvernementales qui se sont succédées en créant une légère confusion auprès de nos comptes clients. Les consommateurs notamment d’Énergie Fioul sont en alerte depuis l’annonce de la fin de chaudière fioul. Pour certains, cela voulait quasiment dire qu’à partir du 1er janvier 2022, il n’était plus du tout possible d’utiliser sa chaudière. Par ailleurs, cette inquiétude a alimenté l’argumentaire d’énergéticiens concurrents pour qui cette annonce devenait une opportunité.

Heureusement, après quelques précisions, globalement rien ne change. Puisque le consommateur, qu’il soit dans une maison individuelle ou dans un immeuble collectif, pourra continuer d’utiliser sa chaudière fioul domestique au-delà du 1er janvier 2022. En effet, il n’y a pas d’arrêt systématique à cette date.

La seule contrainte qui arrivera un jour, c’est celle de l’usure naturelle de la chaudière. Car dans une vie de chaudière fioul, il y a deux périodes :

  • la période neuve avec son premier brûleur,
  • un deuxième brûleur dans une deuxième partie de sa vie.

Les matériels au fioul traditionnel installés avant le 1er juillet 2022 resteront réparables et utilisables après cette date. Donc, si un jour on est obligé de changer de brûleur, parce qu’il devient déficient, il faudra passer sur un brûleur bio fioul. Si effectivement, la chaudière fioul par elle-même n’est plus efficace, il faudra la changer. Dans ce cas, il faudra aussi la remplacer par une chaudière compatible ou fonctionnant au bio fioul.

Aujourd’hui, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Car, cette mesure induit la possibilité d’utiliser à compter de cette date des matériels biocompatibles qui seront donc obligatoires pour les logements neufs et dans le cadre d’un renouvellement de chaudière.

Quand on parle de bio fioul, cela, veut-il dire que notre chaudière fioul doit s’adapter ?

Exactement. La chaudière, c’est un corps de chauffe qui produit la chaleur. Pour qu’il envoie la chaleur dans un immeuble, il faut un brûleur. C’est ce dernier, à l’intérieur de la chaudière qui va permettre la diffusion de la chaleur. Soit pour réchauffer des pièces, soit pour la production d’eau chaude, voire les deux.

C’est pourquoi, les brûleurs actuels qui fonctionnent au fioul seront conservés tant qu’ils seront en bon état. À partir du moment où il faudra les changer, on passera au bio fioul. De sorte que ce changement aura lieu soit lors du remplacement de brûleur, soit lors de l’installation d’une nouvelle chaudière et de son brûleur.

Chaudière fioul - Alain Dufétel
Source : société DUFETEL ENERGIE

 

Certes, le changement permet de réaliser des économies. Même avec le fioul, c’est déjà le cas lorsque l’on compare une chaudière qui fonctionne au fioul domestique datant de 30 à 40 ans et une chaudière d’aujourd’hui. Sans que celle-ci soit bio fioul, vous faites déjà des économies considérables, c’est de l’ordre de 30 à 40%.

L’économie existait déjà avec le fioul. Aujourd’hui, la seule différence, c’est qu’il faut que le brûleur soit compatible bio fioul. En général, c’est même simplement une question de pompe. Les joints sont adaptés et la pompe est un peu modifiée. Ce n’est pas une modification extrêmement importante, ce qui veut dire qu’au niveau des matériels, il ne faut pas s’effrayer.

Au contraire, en changeant de matériel, on va rendre l’usage d’un bio fioul plus obligatoire, puisque ces chaudières ne fonctionneront, qu’au bio fioul. En cela, on peut imaginer que ce bio fioul soit produit sur les territoires. On peut citer, par exemple, les Hauts de France, chez les agriculteurs français. On obtient alors que 30% de la partie bio du produit soit produite selon des schémas de circuits courts.

Le fioul est quand même une énergie qui est assez cher. Alors est-ce-que le bio fioul est encore plus cher dans un premier temps ?

Assez cher, oui et non. En définitive, comparée à des énergies de réseaux, comme le gaz de ville, le tarif est presque au même niveau. Bien évidemment, il faut comparer des matériels équivalents. Entre une chaudière fioul qui a 30-40 ans et un brûleur gaz d’aujourd’hui, la différence de consommation est notable. Toutefois, si on compare avec des matériels de la même époque, on ne peut pas dire que la chaudière fioul revienne spécialement plus cher, c’est faux.

Ce qui donne cette impression, c’est qu’en fait vous recevez une facture pour une livraison globale. C’est très différent pour les énergies de réseau où l’on est sur de la mensualisation. Évidemment, la facture paraît moins lourde.

C’est aussi pour alléger le coût du bio fioul qu’au sein de notre fédération, nous réclamons que la partie bio soit exonérée de taxe. C’est-à-dire les 30% de molécules qui seraient produites par, notamment d’ester méthylique d’acide gras issu du colza français. En tout état de cause, elle devrait bénéficier d’une fiscalité aménagée au niveau de la TICPE. Car cette taxe, rappelons-le s’applique normalement aux produits pétroliers. Si l’État est cohérent, il devrait enlever au moins cette partie de taxe.

On parle ici de l’interdiction des chaudières au fioul ou au charbon. Mais pour le gaz, c’est la même chose puisque l’on est arrivé dans le même processus. En fait, la limite maximale d’émissions, selon l’Europe, ne doit pas dépasser 250 grammes de CO2 par kilowattheure. Ce n’est pas une mesure spécifique au fioul, mais bien une mesure pour toutes les énergies, quelles qu’elles soient.

Est-ce qu’il y a une distinction pour l’immobilier neuf ?

Dans le neuf on n’a pas le droit de mettre du fioul. Toutefois, on peut installer du bio fioul. On a un peu l’impression, quand même, que le fioul est une victime expiatoire d’un système qui, aujourd’hui, veut favoriser des énergies autres. Notamment l’énergie électrique.

Or, pour en avoir discuté avec des experts, on sait très bien que l’on va manquer d’énergie électrique. Aujourd’hui, c’est presque un non-sens de vouloir emmener tout le monde vers l’électrique. Notamment au travers des pompes à chaleur parce que l’on vous les vend en disant : “On va chercher les calories dans l’air ou dans l’eau selon le cas.”. Oui, mais ce que l’on oublie de vous dire, c’est qu’il y a une consommation très importante d’électricité pour faire tourner ces fameuses pompes à chaleur. Donc au bout du compte, elle est où l’économie ?

Alors qu’un brûleur fioul, tourne avec de l’électricité, mais cela représente la consommation d’une lampe. On n’est pas du tout dans les mêmes puissances. La dépendance électrique est déjà énorme en France avec des centrales nucléaires qui sont très anciennes. Pour les plus récentes, elles ont déjà plus de 40 ans.

Comment vous voyez l’avenir de votre métier ? Est-ce qu’il va y avoir une baisse radicale des installations de chaudière fioul ?

Bien sûr que cela peut poser un problème pour notre secteur d’activité. Ce n’est jamais très réjouissant de voir la volumétrie de la clientèle diminuer. Toutefois, dans le neuf, c’est déjà le cas depuis de nombreuses années. Sauf pour les pavillons individuels où les ménages raisonnent différemment. En général, les promoteurs vont à l’économie à la défaveur du fioul. Certes, l’installation d’une chaudière fioul coûte plus cher que de poser des radiateurs grille-pain dans les pièces.

Certaines régions sont-elles plus concernées par le fioul que d’autres ?

En effet, on observe quelques régions qui le sont un peu plus. Par exemple, on peut très bien imaginer que dans des régions montagneuses, c’est un peu plus compliqué. On le voit bien quand on a des immeubles en altitude, on a quand même beaucoup plus de difficultés à accéder au gaz. Par ailleurs, signalons que le gaz est soumis à la même réglementation et aux mêmes contraintes. C’est pour cela que l’on entend parler de plus en plus de “gaz vert”.

Enfin, il y a une notion qu’il ne faut peut-être pas oublier, c’est celle du confort. Avoir chaud et se laver avec de l’eau chaude constante… Aussi, le confort d’usage. Faire usage d’une énergie en toute tranquillité sans avoir à se préoccuper de rien. On ne se rend pas compte de la chance que l’on a !

Je pense que ça sera le mot de la fin. C’est passionnant. J’aurais encore plein d’autres questions à vous poser, car le sujet est vaste et complexe. Merci Alain Dufétel pour toutes ces précisions. On vous dit à très vite, revenez nous voir…

Qui est Alain Dufétel ?

Je dirige la société DUFETEL ENERGIE située à proximité d’Arras, société spécialisée dans la distribution de produits énergétiques et dérivés depuis 1956. Cette entreprise est indépendante. Elle opère sur l’Artois pour ses activités de vente de détail d’énergies comme le fioul domestique, les carburants pour les transports et l’agriculture, les énergies bois. Nous distribuons également de l’Adblue, des lubrifiants sur le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme et la Seine-Maritime.

Je suis le président du SNDC Hauts de France, et le représentant territorial de la FF3C. Vice-président de la FF3C, je suis chargé de l’animation des syndicats territoriaux. Je suis un passionné de nos métiers. Sur le sujet spécifique du bio fioul, nous avons mis en ligne le site www.biofioul.info, une véritable mine d’informations.

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