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​Syndic d’intérêt collectif : CNAJMJ et QualiSR unissent leurs forces

​Syndic d’intérêt collectif : CNAJMJ et QualiSR unissent leurs forces

Le 8 avril 2026, le Conseil National des Administrateurs Judiciaires et des Mandataires Judiciaires (CNAJMJ) et l’association QualiSR « Syndic Prévention Redressement » ont signé une convention de partenariat. Cette alliance répond à une urgence concrète. La France ne compte aujourd’hui que quatre syndics d’intérêt collectif certifiés. Pourtant, des milliers de copropriétés s’enfoncent dans la fragilité financière et le délabrement du bâti. Dès lors, comment accélérer le déploiement de ce professionnel spécialisé, créé par la loi Habitat dégradé du 9 avril 2024 ? Le partenariat CNAJMJ-QualiSR apporte une réponse structurée : le binôme administrateur judiciaire / syndic d’intérêt collectif.


Sommaire :


À retenir — Syndic d’intérêt collectif et partenariat CNAJMJ-QualiSR

  • La loi Habitat dégradé du 9 avril 2024 a créé le statut de syndic d’intérêt collectif.
  • Le CNAJMJ et QualiSR ont signé une convention de partenariat le 8 avril 2026.
  • La France ne compte que quatre syndics d’intérêt collectif certifiés.
  • Le binôme administrateur judiciaire / syndic d’intérêt collectif est le cœur du dispositif.
  • La rémunération des administrateurs provisoires n’a pas été revalorisée depuis 2015.

Qu’est-ce que le syndic d’intérêt collectif ?

Un statut né de la loi Habitat dégradé

La loi n° 2024-322 du 9 avril 2024 relative à l’habitat dégradé a introduit l’agrément préfectoral de syndic d’intérêt collectif (SIC). Ce statut reconnaît la nécessité de professionnels spécialisés dans les copropriétés fragilisées. Concrètement, le SIC peut assister un administrateur provisoire dans ses missions de gestion. Il peut même le suppléer lorsque la situation l’exige. Les textes d’application, publiés le 10 mai 2025, précisent les critères à remplir pour obtenir cet agrément.

Le syndic d’intérêt collectif se distingue nettement du syndic classique. Il cible les immeubles présentant des impayés de charges, des déséquilibres financiers structurels ou une dégradation avancée du bâti. Autrement dit, il prend en charge les situations que les syndics traditionnels refusent ou ne maîtrisent pas.

La certification QualiSR® : un label exigeant

Pour structurer la reconnaissance de ces professionnels, l’association QualiSR a créé la certification QualiSR® « Syndic Prévention Redressement ». Un organisme accrédité par le Comité français d’accréditation (Cofrac) la délivre. Elle fait l’objet d’un contrôle annuel. Elle répond aux critères fixés par les textes d’application du 10 mai 2025 et va au-delà des attentes des pouvoirs publics.

Cette certification permet d’identifier les syndics capables de prévenir et de traiter des situations complexes. Elle offre des garanties renforcées et un suivi dans la durée. En parallèle, un label complémentaire vient d’être créé pour les administrateurs judiciaires eux-mêmes : le label « Gestion des copropriétés en difficulté », institué par le décret n° 2026-10 du 9 janvier 2026.

Comparatif entre syndic classique et syndic d'intérêt collectif certifié QualiSR®

Pourquoi le CNAJMJ et QualiSR ont-ils uni leurs forces ?

Deux professions complémentaires face à un défi commun

L’administrateur judiciaire intervient sur ordonnance du président du tribunal judiciaire. Il prend les mesures nécessaires au rétablissement du fonctionnement normal de la copropriété, dans le cadre des articles 29-1 et suivants de la loi du 10 juillet 1965. Il agit en qualité d’administrateur provisoire. Pourtant, sa maîtrise de la gestion courante d’un immeuble reste limitée. C’est précisément là qu’intervient le syndic d’intérêt collectif.

Le 8 avril 2026 — presque deux ans jour pour jour après la promulgation de la loi Habitat dégradé — le CNAJMJ et QualiSR ont formalisé leur alliance. Florence Tulier, présidente du CNAJMJ, qualifie cette convention d’« étape cruciale ». Olivier Safar, président de QualiSR, ajoute quant à lui que « travailler de concert avec les administrateurs judiciaires est nécessaire ».

Un partenariat pour sécuriser les missions de terrain

L’accord poursuit trois objectifs précis. D’abord, il renforce la connaissance mutuelle des métiers entre administrateurs judiciaires et syndics certifiés. Ensuite, il favorise l’identification rapide des SIC disponibles sur le territoire. Enfin, il sécurise les missions menées dans les copropriétés fragilisées, grâce à une procédure de traitement contradictoire des difficultés portée par QualiSR.

Quels engagements concrets prévoit la convention ?

Le binôme administrateur judiciaire / SIC au cœur du dispositif

La convention place le binôme administrateur judiciaire / syndic d’intérêt collectif au centre de son architecture. Les signataires reconnaissent l’intérêt de ce tandem pour traiter les copropriétés sous administration provisoire 29-1 « lorsque le bon déroulement de la mission d’administration provisoire le requiert ». Ce binôme s’inscrit naturellement dans les dispositifs publics de redressement.

En pratique, le CNAJMJ encourage ses membres à solliciter l’assistance d’un syndic d’intérêt collectif certifié QualiSR® dans leurs missions. En miroir, QualiSR incite ses membres à se rendre disponibles pour ces missions d’assistance. Par ailleurs, l’association apporte aux administrateurs judiciaires une garantie sur la qualité de la prestation, via sa procédure de traitement contradictoire des difficultés.

Des actions communes vers les collectivités et l’Anah

Au-delà du binôme opérationnel, les deux partenaires s’engagent à promouvoir conjointement leurs missions auprès des collectivités territoriales et de l’Agence nationale de l’habitat (Anah). L’objectif est clair : intégrer le financement des missions conjointes dans les dispositifs publics existants, notamment les plans de sauvegarde et les opérations programmées d’amélioration de l’habitat (OPAH). En outre, les deux organisations mettent en place des formations communes pour améliorer la connaissance réciproque de leurs professions respectives.

Quatre syndics certifiés : pourquoi si peu ?

Un métier exigeant qui peine à recruter

Le chiffre est éloquent. La France ne compte actuellement que quatre syndics d’intérêt collectif certifiés. Olivier Safar ne mâche pas ses mots : c’est « trop peu ». Il explique que gérer une copropriété en difficulté représente « un métier dans le métier ». Ce type de mission exige une qualification spécifique et une forte disponibilité. Or, « beaucoup hésitent à se lancer », constate-t-il.

La raison est économique autant que psychologique. Ces copropriétés coûtent en moyenne deux fois plus cher à gérer que des immeubles en fonctionnement normal. Pourtant, elles se trouvent souvent « dans l’incapacité de supporter des honoraires normaux ». En conséquence, le modèle économique du SIC reste fragile, faute de soutien public structurel.

La question financière, frein majeur au développement

Olivier Safar formule une condition sans détour : « si les pouvoirs publics veulent que les SIC se développent, il est indispensable que le candidat ait une visibilité et un bon niveau de sécurisation sur les conditions financières de son engagement ».

Ce message s’adresse directement à l’État et aux collectivités. Sans garantie financière, le vivier de syndics d’intérêt collectif ne se constituera pas.

La convention répond partiellement à cette attente. Elle prévoit une revalorisation de la rémunération des administrateurs provisoires — inchangée depuis 2015 — dans les missions relevant des articles 29-1 et suivants de la loi du 10 juillet 1965. Les deux partenaires portent ensemble cette démarche auprès des pouvoirs publics.

Quelle réaction de la profession immobilière ?

Un consensus autour du binôme, mais des réserves sur la visibilité

Plusieurs figures de la profession immobilière ont assisté à la signature de la convention.

Danielle Dubrac, présidente de l’Union des syndicats de l’immobilier (UNIS), reconnaît que « le syndic d’intérêt collectif n’a pas le succès mérité ». Elle reste néanmoins confiante. Selon elle, « le duo administrateur judiciaire / SIC va fonctionner de façon efficace ».

Olivier Princivalle, président de la FNAIM Grand Paris, insiste sur la nécessité d’intervenir « très en amont ». Il souligne que « grâce à cette convention, les professionnels se parlent et construisent ensemble, ce qui permet d’avoir un poids pour se faire entendre ». Il appelle par ailleurs ses confrères à mieux se sensibiliser à la prévention des immeubles en difficulté.

Des opérateurs de terrain qui fondent de grands espoirs

David Perez, référent national copropriété chez Urbanis — opérateur privé au service de l’intérêt public —, dit « fonder beaucoup d’espoir dans cette association ». Il rencontre quotidiennement des difficultés sur le terrain. Il voit dans ce partenariat « la voie à poursuivre pour obtenir des résultats ». Son témoignage illustre la pression opérationnelle que subissent les acteurs de terrain et la nécessité d’un cadre coordonné.

Au total, la convention CNAJMJ-QualiSR marque une étape structurante dans la mise en œuvre de la loi Habitat dégradé. Elle ne résout pas seule la pénurie de syndics d’intérêt collectif. Toutefois, elle pose les bases d’un écosystème coordonné, capable de répondre à l’ampleur du défi.

Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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