Rénovation énergétique en copropriété : Un processus social à accompagner

Rénovation énergétique en copropriété : Un processus social à accompagner

Les professionnels du bâtiment se sont réunis le 8 mars 2018 à l’occasion d’EnerJmeeting pour parler efficacité énergétique et environnementale du bâtiment. Il a été aussi question de rénovation énergétique des logements en copropriété, un processus social à accompagner.

Concentrer l’innovation sur la démarche d’accompagnement des copropriétaires

Depuis les avancées du Grenelle de l’Environnement, il y a maintenant 10 ans, force est de constater que la rénovation énergétique n’a pas décollé dans le secteur des copropriétés, malgré les efforts des pouvoirs publics et des professionnels.

« Pourquoi le taux de transformation des audits énergétiques reste-t-il désespérément si bas ? », s’interroge Gaëtan Brisepierre, sociologue, spécialiste des transitions énergétiques et environnementales.

Les enquêtes sociologiques de Gaëtan Brisepierre et l’expérience du bureau d’études ENERA convergent pour dire qu’il est temps de concentrer l’innovation sur la démarche d’accompagnement des copropriétaires. L’audit énergétique est bien souvent la première étape du processus de décision, au-delà de sa qualité intrinsèque, ce qui compte avant tout est qu’il soit une occasion d’impliquer les copropriétaires.

L’audit énergétique : la première étape du processus de décision

C’est dès l’audit énergétique que l’auditeur doit se mettre au niveau des attentes de la copropriété et assurer une communication permanente. La rédaction d’un rapport d’audit ne doit représenter que la moitié du travail de l’auditeur qui devra accorder autant de temps aux copropriétaires pour les amener à prendre possession du projet.

« Responsabiliser les copropriétaires dès l’audit par la création d’un scénario propre et par une réflexion sur le financement collectif (vente de terrain, de parties communes, utilisation du fond travaux, …) est une étape indispensable pour l’adhésion de la copropriété au projet lors du vote des travaux », explique Joséphine Ledoux, Directrice associée du bureau d’études ENERA CONSEIL.

La réflexion sur le projet technique doit commencer le plus tôt possible car son appropriation par les copropriétaires se fait progressivement. « On ne peut pas se contenter de proposer l’optimum énergétique, il faut bâtir un scénario propre à la copropriété en négociant chacun des choix avec les copropriétaires comme avec l’écosystème des acteurs : syndic, ABF, entreprises, financeurs… », Indique Gaëtan Brisepierre.

La difficulté pour le maître d’œuvre réside en sa capacité à écouter les attentes et à faire preuve de souplesse. Pour cela il doit identifier les leviers de négociation qui lui permettront par ailleurs d’obtenir d’autres choix techniques indispensables.

« Tout au long du projet, les copropriétaires doivent être maîtres des décisions prises et les professionnels devront faire preuve de pédagogie pour convaincre des choix techniques envisagés. Ainsi, pour la copropriété Du Guesclin, des visites d’autres sites ont été organisées et des permanences du maître d’œuvre ont eu lieu pour répondre aux interrogations et désamorcer toutes sources d’angoisses et de malentendus », souligne Joséphine Ledoux.

Le financement reste bien souvent un blocage malgré la multiplication des dispositifs nationaux, locaux, privés… Un levier encore largement sous exploité à côté des subventions et du « reste à charge » est celui des ressources propres à la copropriété notamment à travers la valorisation de surfaces à louer, à vendre voire à créer… pour cofinancer les travaux.

Selon Gaëtan Brisepierre : « La communication dans le projet ne fait pas l’objet d’une mission alors qu’elle est un ingrédient indispensable à sa réussite. Sa fluidité dépend donc de la « bonne volonté » et de la « fibre » des professionnels pour amener les copropriétaires à organiser une campagne en faveur du vote, puis pour gérer tous les frottements liés à l’intervention en site occupé lors du chantier ».

Enfin, la focalisation sur la décision amène à négliger l’après-travaux alors que le bouche à oreille issue de la première vague de rénovation aura un impact décisif sur la massification. Il s’agit non seulement de s’assurer que la consommation de l’immeuble soit conforme aux objectifs mais aussi de rechercher la satisfaction des habitants qui seront ainsi les meilleurs porte-paroles.

« Ce travail de communication est essentiel jusque dans la phase d’utilisation après travaux pour maintenir le niveau de satisfaction des occupants et servir d’exemple aux bâtiments alentours », conclut Joséphine Ledoux.

Source : https://www.enerj-meeting.com