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Logement

Logement à Paris : les candidats aux municipales face à la crise

Logement à Paris : les candidats aux municipales face à la crise

​Le 19 février 2026, la FNAIM du Grand Paris a réuni les représentants des principales listes candidates aux élections municipales pour un débat inédit sur la crise du logement à Paris. Le constat est sans appel : 180 000 habitants ont quitté la capitale depuis 2014, l’offre locative s’est raréfiée, et le parcours résidentiel est « complètement bloqué », selon Olivier Princivalle, président de la FNAIM du Grand Paris. Face à cette urgence, deux visions radicalement opposées s’affrontent — l’une régulatrice, l’autre libérale — pour tenter de résoudre une équation impossible : rendre le logement à Paris accessible sans sacrifier ni l’environnement ni les finances publiques.


Sommaire :


À retenir — Logement à Paris et élections municipales 2026

  • 180 000 Parisiens ont quitté la capitale depuis 2014 faute de logement accessible.
  • Deux visions s’affrontent : régulation à gauche, libéralisation à droite et au centre.
  • 326 000 passoires thermiques classées F ou G imposent une rénovation énergétique urgente.
  • Les professionnels de l’immobilier réclament le statut de « tiers de confiance » auprès des élus.
  • 1 million de m² de bureaux vacants attend d’être transformé en logements.
Les intervenants du débat FNAIM du Grand Paris
Les intervenants du débat FNAIM du Grand Paris

Le logement à Paris face à la crise : quel urbanisme pour demain ?

Le PLU bioclimatique, symbole d’une fracture politique

Le Plan Local d’Urbanisme (PLU) bioclimatique concentre toutes les tensions autour du logement à Paris. La municipalité sortante d’Anne Hidalgo l’a adopté comme une nécessité de santé publique. Concrètement, il prévoit la création de 1 200 hectares de pleine terre supplémentaires. Jacques Baudrier qui représente Emmanuel Grégoire défend ce document comme la condition sine qua non d’un urbanisme durable dans une ville dense.

Logement à Paris - Fnaim du Grand Paris
Ryan Nezzar – Emile Meunier – Sylvain Maillard – Jacques Baudrier – Sarah Knafo – Amaury Pozzo Di Borgo – Olivier Princivalle

En face, l’opposition libérale attaque vivement. Ryan Nezzar, de la liste Pierre-Yves Bournazel, qualifie ce PLU de « plus antisocial qui soit, parce qu’il empêche les familles et les classes moyennes de se loger. » Sarah Knafo va encore plus loin. Elle veut « dépolitiser l’urbanisme » et rappelle que la propriété privée est « une valeur cardinale, une conquête de la Révolution française. » De son côté, Amaury Pozzo Di Borgo qui représente la liste de Thierry Mariani cible les délais administratifs. Il propose ainsi de réduire l’instruction des permis de construire de 12-18 mois à seulement 3 mois.

La surélévation et la transformation de bureaux, solutions consensuelles

Sur un point au moins, tous les candidats s’accordent : il faut mobiliser le foncier existant pour créer du logement à Paris. La transformation de bureaux vacants représente ainsi un gisement estimé à 1 million de m². Toutefois, les méthodes divergent. D’un côté, les listes Bournazel et Mariani misent sur les incitations fiscales : exonération de taxe foncière pendant 5 ans et baisse des droits de mutation (DMTO). De l’autre, la liste Sophia Chikirou représentée par Emile Meunier préfère la contrainte. Elle oblige les promoteurs à transformer 20 % de la surface en logement lors des grandes rénovations de bureaux.

La surélévation des immeubles existants fait également l’objet d’un consensus de principe. Cependant, les modalités diffèrent. La liste Mariani autorise systématiquement le R+2 dans les zones à faible densité. La liste Bournazel, quant à elle, propose un agrément spécifique pour les professionnels qui accompagnent les copropriétés dans cette démarche.

Propositions urbanistiques des candidats aux municipales de Paris 2026 - logement à Paris
Propositions urbanistiques des candidats aux municipales de Paris 2026

Encadrement des loyers et fiscalité : un clivage majeur sur le logement à Paris

L’encadrement des loyers : dix ans de bilan contesté

L’encadrement des loyers s’applique à Paris depuis dix ans.

Olivier Princivalle, président de la FNAIM du Grand Paris, en dresse un bilan sévère lors de cette soirée électorale : « On ne peut pas valoriser les logements rénovés avec cet encadrement des loyers. On décourage une partie des investisseurs et on a des effets pervers sur la typologie des biens. »

Il pointe notamment un paradoxe concret : louer un studio rapporte aujourd’hui plus que louer un deux-pièces. En conséquence, l’offre de grands appartements pour les familles se réduit. La pénurie de logement à Paris s’aggrave ainsi mécaniquement.

Face à ce constat, les positions divergent radicalement. Sarah Knafo et Thierry Mariani réclament la suppression immédiate du dispositif. Ils qualifient l’encadrement de « mesure communiste » qui a échoué à faire baisser les prix tout en créant une pénurie.

Pierre-Yves Bournazel adopte, lui, une position intermédiaire : il accepte d’y mettre fin, mais seulement après un « choc d’offre » de 60 000 logements privés. Sylvain Maillard (liste Rachida Dati) se montre plus prudent. Il craint une explosion brutale des loyers sans hausse préalable de l’offre. Émile Meunier (liste Chikirou) prend le contre-pied de tous. Il veut au contraire durcir le dispositif pour supprimer les exceptions.

Une fiscalité locale sous tension

Depuis la suppression de la taxe d’habitation, la taxe foncière est devenue le principal levier fiscal de la Ville. Or, son augmentation récente a profondément pénalisé les propriétaires et les gestionnaires de logement à Paris. Sur ce terrain aussi, les propositions s’opposent nettement.

Du côté libéral, Sarah Knafo propose une baisse de 50 % de la taxe foncière. Thierry Mariani, plus mesuré, envisage une réduction de 20 %. Par ailleurs, les deux listes soutiennent une baisse des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) afin de favoriser l’accession à la propriété, notamment pour les primo-accédants. En revanche, Sylvain Maillard et Ryan Nezzar (liste Bournazel) défendent la stabilité fiscale. Ils réclament d’abord un audit de la dette de la Ville, estimée entre 10 et 12 milliards d’euros, avant toute décision.

Clivages fiscaux et positions sur l'encadrement des loyers — Municipales Paris 2026
Clivages fiscaux et positions sur l’encadrement des loyers — Municipales Paris 2026

326 000 passoires thermiques : un défi industriel

Le logement à Paris souffre d’un parc ancien très énergivore. On recense ainsi 326 000 logements classés F ou G dans la capitale. De plus, la loi Climat et Résilience (n° 2021-1104 du 22 août 2021) interdit progressivement leur mise en location. Ces biens deviennent donc non louables, ce qui aggrave encore davantage la pénurie.

Les candidats proposent des leviers variés pour accélérer la rénovation. La liste Bournazel veut multiplier par 4 le rythme actuel pour atteindre 90 000 logements rénovés. Quant à la liste Mariani, elle mise sur la création de « Coach Copro » : des subventions municipales couvrent jusqu’à 30 % du coût des travaux pour accompagner les copropriétés.

Enfin, la liste Sophia Chikirou va plus loin encore. Elle plaide pour la création d’une régie publique qui garantit les impayés et pilote la rénovation. Sur un point cependant, tous s’accordent : exonérer de taxe foncière les propriétaires qui rénovent une passoire thermique pour la remettre en location.

Mesures de rénovation énergétique proposées pour le logement à Paris
Mesures de rénovation énergétique proposées pour le logement à Paris

Airbnb et logements vacants : réguler ou négocier ?

La plateforme Airbnb alimente directement la pénurie de logement à Paris. Jacques Baudrier qui représente Emmanuel Grégoire (majorité sortante) affirme avoir déjà récupéré 25 000 logements touristiques illégaux grâce à des victoires législatives. Elle prône donc la régulation stricte et la taxation renforcée des logements vacants.

Dans le même esprit, la liste Mariani propose de porter la taxe sur les logements vacants de 12,5 % à 30 %, afin de contraindre les propriétaires à remettre leurs biens sur le marché. Sarah Knafo adopte, à l’inverse, une approche de dialogue direct avec les plateformes. Elle rejette la création de « brigades de contrôle ».

Mobilité des professionnels : le logement à Paris freiné par la guerre contre la voiture ?

Les professionnels de l’immobilier pris en étau

Les agents immobiliers, les administrateurs de biens, les syndics de copropriété et les artisans du bâtiment dénoncent tous une « guerre contre la voiture » qui entrave leur activité au quotidien. Visites d’appartements, états des lieux, assemblées générales, interventions techniques dans les immeubles : chacune de ces missions exige une mobilité constante dans Paris. C’est pourquoi la FNAIM du Grand Paris revendique pour ces professionnels le statut de « tiers de confiance » et réclame des solutions concrètes sur le stationnement.

Sur ce sujet, les candidats convergent sur le principe. Ils s’accordent pour accorder aux agents immobiliers et aux administrateurs de biens le statut de « professionnels mobiles ». Mais les réponses pratiques varient. La liste Mariani propose un pass de stationnement résidentiel à 100 €/mois.

Pierre-Yves Bournazel envisage, de son côté, de racheter 80 000 places de parking souterrain pour les rendre gratuites aux Parisiens et aux travailleurs. Il propose de financer cette opération par la vente du Parc des Princes. Sarah Knafo mise, quant à elle, sur l’intelligence artificielle pour fluidifier la circulation via une gestion intelligente des feux tricolores. Elle réclame aussi la réouverture des voies sur berges. Enfin, Sylvain Maillard et Amaury Pozzo Di Borgo (liste Thierry Mariani) plaident tous deux pour la suppression de la Zone à Trafic Limité (ZTL) du centre de Paris.

Mal-logement et sans-abrisme : les propositions pour les plus fragiles

4 000 personnes à la rue : une situation jugée « indigne »

Le logement à Paris ne peut ignorer sa face la plus sombre. Environ 4 000 personnes vivent à la rue dans la capitale. Tous les candidats jugent cette situation inacceptable. Pourtant, les réponses divergent considérablement selon les sensibilités politiques.

Les listes Bournazel et Dati avancent une proposition concrète : racheter des hôtels économiques une étoile pour les transformer en résidences sociales. Par ailleurs, l’ensemble des candidats soutient l’approche « Logement d’abord ». L’objectif est de favoriser la transition directe de la rue vers un logement pérenne, en mobilisant à la fois les bailleurs sociaux et le dispositif « Loué Solidaire » pour les bailleurs privés. La majorité sortante va encore plus loin. Elle affiche un objectif de 40 % de logements sociaux dans le parc parisien.

Sur la question de la réquisition des grandes surfaces de bureaux vacants, le clivage est net. Jacques Baudrier (majorité sortante) ne l’exclut pas. Il affirme que « dire qu’on va arrêter ces acquisitions, c’est bloquer le marché et empêcher la rénovation des immeubles que les propriétaires privés souhaitent nous vendre. » À l’opposé, les listes de droite y voient une atteinte directe au droit de propriété. Elles s’y opposent fermement.

Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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