L’Intelligence Artificielle va-t-elle bousculer le marché immobilier ?

L’intelligence artificielle fait son nid.

Xerfi-Precepta vient de publier une étude sur les enjeux et défis de l’intelligence artificielle dans la filière de l’immobilier. Quel impact des modèles data driven sur le jeu concurrentiel, les métiers et les stratégies des acteurs ?

L’intelligence artificielle fait son nid

 

Intelligence artificiellePeu à peu, l’intelligence artificielle (IA) fait son nid. Tous les maillons de la chaîne de valeur de la filière immobilière sont, à des degrés divers, pénétrés par l’IA. On va la retrouver dans le Smart building, l’estimation des logements et des bâtiments non résidentiels, dans le marketing et relation client, les modèles transactionnels…

La transformation des métiers de conception, de gestion et de vente des biens grâce à l’utilisation d’algorithmes est de fait une réalité. La création de nombreuses start-up de l’immobilier, les proptech, mais aussi le dynamisme des levées de fonds de ces dernières, témoignent en outre d’un intérêt croissant pour les offres Data Driven.

Les ruptures majeures sont encore à venir

 

Selon l’avis des experts de Xerfi Precepta, la plupart des applications sont en effet en phase d’introduction ou de décollage sur le marché avec, pour certaines d’entre elles, de beaux potentiels de croissance.

La gestion des bâtiments, en particulier tertiaires, concentre aujourd’hui l’essentiel des applications d’IA destinées à l’immobilier. C’est sur ce segment de marché que les offres sont les plus nombreuses aussi bien de la part des grands groupes (BTP, fabricants de matériels électriques, services du bâtiment…) que des start-up.

Pour autant, la généralisation du bâtiment intelligent n’est pas pour demain. D’abord, parce que le marché du smart building ne concerne que le neuf. Ensuite parce que la structuration de l’offre est encore insuffisante pour permettre sa diffusion à grande échelle.

De véritables écosystèmes collaboratifs en développement

 

Si les groupes de l’immobilier ont dans l’ensemble intégré l’importance de la data et de l’IA comme gisement de création de valeur, ils doivent désormais entrer dans une phase d’expérimentation, voire de développement. A cet effet, ils identifient de nouveaux prestataires pour constituer de véritables écosystèmes collaboratifs.

Ceux-ci aboutissent à la mise en place de structures internes d’innovation comme La Factory de Vinci Energies ou encore d’incubateurs à l’instar de Paris&Co. Les relations partenariales entre l’ancien et le nouveau monde se multiplient donc dans l’immobilier. De quoi entraîner un risque de dépendance des acteurs historiques à ces nouveaux fournisseurs, susceptibles d’occuper des positions de premier plan dans les écosystèmes.

Compte tenu d’un ADN technologique marqué, les plateformes de petites annonces ont une longueur d’avance dans la maîtrise des solutions d’exploitation des data pour les promoteurs et agents immobiliers. Un avantage qui sera décisif ces prochaines années pour consolider leur rôle de partenaire dans le marketing digital.

Leboncoin ou Seloger vont toutefois devoir affronter les offensives des géants du numérique dans le domaine de l’immobilier. Lancé en 2017, Facebook Marketplace a augmenté sensiblement le nombre de ses annonces dans le locatif suite aux partenariats noués avec des acteurs de l’immobilier au deuxième semestre 2018.

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De l’« IA washing » au « IA bashing » ?

 

Les experts de Xerfi Precepta ont également relevé le fort tropisme pour l’« IA washing », c’est-à-dire une sur-communication, voire une mystification, des avancées en matière d’intelligence artificielle à des fins commerciales.

En réalité, les véritables solutions basées sur l’IA dans l’immobilier sont encore peu nombreuses et l’ensemble des services fondés sur la data utilisent encore rarement des systèmes de machine learning ou de deep learning.

Par ailleurs, les offres reposant sur l’IA dans le smart building pourraient se heurter à l’émergence de solutions low tech qui ne nécessitent pas d’installations complexes et ne font pas courir de risques en matière de profilage des occupants et de nocivité des ondes.

Enfin, des freins structurels, liés à l’accès et à la sécurité des données depuis l’entrée en vigueur du RGPD, pourraient entraver l’essor de l’intelligence artificielle dans l’immobilier.

Le potentiel de l’IA dans la filière est loin d’être épuisé. Et les professionnels doivent d’ores et déjà anticiper les changements à venir, en particulier en matière de ressources et de compétences à développer ou à acquérir pour travailler de façon optimale avec les systèmes d’intelligence artificielle.

Vincent Desruelles, auteur de l’étude.

La conception générative (création de modèles à partir de paramètres définis au préalable) conduira par exemple à une redéfinition du travail des architectes qui pourront se concentrer sur ce qui relève davantage de l’intelligence humaine comme l’innovation ou la créativité.

L’intelligence artificielle permettra un redéploiement des missions vers le conseil et le service, notamment pour les agents immobiliers.

Comme dans d’autres secteurs plus avancés en matière de collaboration homme/machine, l’IA ne provoquera pas un tsunami sur l’emploi dans le secteur immobilier.

L’Intelligence Artificielle est avant tout une prothèse venant suppléer les déficiences de l’homme, accroître sa performance, faciliter ses tâches… C’est d’autant plus vrai que de nouvelles offres, de nouveaux modèles d’affaires et de nouveaux métiers vont naître de l’usage de l’intelligence artificielle dans l’immobilier.

Vincent Desruelles