Interview Emmanuel CROC, Directeur Général Ocea Smart Building

Interview Emmanuel CROC
Emmanuel CROC

Présentation d’Ocea Smart Building en quelques mots

Nous sommes une filiale du groupe Suez (ex. Suez Environnement), un groupe de services et de solutions industriels spécialisé dans la valorisation et la sécurisation des ressources. Suez est le deuxième groupe mondial dans les domaines de la gestion de l’eau et des déchets derrière Veolia Environnement.

Notre société, créée en 2002, représente des métiers nouveaux basés sur la gestion des fluides à l’intérieur de l’immeuble. Nous sommes présents sur toute la France au travers de nos 27 agences et un réseau de 470 salariés. Cette présence territoriale est importante pour les copropriétés et on est amené à ouvrir régulièrement de nouvelles antennes autonomes pour répondre aux besoins de proximité et de contact unique souhaités par nos clients.

Quel est votre positionnement sur le marché de la copropriété ?

Ocea Smart Building est experte sur le marché du pilotage de la performance immobilière et environnementale. Depuis plus de 10 ans nous développons une expertise sur le comptage et le sous comptage sur les différents fluides notamment sur l’eau froide, l’eau chaude et le chauffage.

Nous réalisons 60% de notre chiffre d’affaires avec les copropriétés et 40% avec les bailleurs sociaux. Ce qui correspond à environ 400.000 lots de copropriétés.

Nous sommes les numéros 1 Français de la répartition des frais de chauffage et pour l’eau les n°3. On comptabilise ainsi 2,1 millions de points de comptage et sous-comptage (eau chaude sanitaire, eau froide, répartiteur de frais de chauffage, température, compteurs d’énergie thermique, gaz, électricité…).

On est présent sur l’intégralité de la chaîne de valeur. Les copropriétés sont accompagnés à toutes les étapes : la pose du matériel de comptage, la maintenance, la relève de la donnée. Notre réseau comprend 300 techniciens en pose et maintenance ainsi qu’un maillage de partenaires locaux

Dans quelle mesure êtes-vous concerné par la loi de la Transition énergétique ?

Dans le cadre de la loi relative à la transition énergétique, un article oblige, à partir du 31 mars 2017, les copropriétaires bénéficiant d’un chauffage collectif à installer des répartiteurs de frais de chauffage. Cette mesure concerne près de 3 millions de logements dans le parc privé.

Le principe est que l’on doit répartir la facture de chauffage non pas aux tantièmes mais au réel. Le procédé existait déjà et n’a pas changé mais la nouveauté est que cette mesure concerne aujourd’hui tous les immeubles anciens équipés d’une chaudière collective. On est d’accord pour dire que cette obligation réglementaire doit servir à l’intérêt de la copropriété.

Concrètement, on va poser des équipements pour compter la quantité de chaleur consommée dans chaque logement. On a deux types d’équipements possibles : les compteurs d’énergie thermique et les répartiteurs de frais de chauffage (RFC).

Les compteurs d’énergie thermique sont surtout utilisés pour les immeubles récents de moins de 15 ans équipés d’une boucle horizontale qui fait le tour de tous les chauffages du logement. Le compteur mesure le débit d’eau qui entre et qui sort dans la boucle, le delta de température et exprime le tout en kilowatts. Ce type de configuration concerne 10 à 20% des logements.

Le répartiteur est également un instrument de mesure que l’on va coller sur la fonte du radiateur, il est utilisé dans le cas d’une configuration en boucle verticale. Il mesure un gradient de température donc plus vous chauffez et plus le gradient est important. On multiplie cette mesure par la surface du radiateur et à partir de là la quantité de chaleur émise par le radiateur. Ce type d’appareil est agréé par la métrologie européenne comme un instrument de mesure.

Comment procédez-vous à la relève des informations ?

Ocea Smart Building bénéficie d’une forte capacité de recherche ayant permis notamment le développement d’une technologie de télé-relève fixe longue portée, déployée depuis 2004 sur plus de 1.200.000 compteurs.

La relève de la donnée peut se faire de différentes façon soit avec un releveur qui viendra sur place relever les compteurs une fois par an soit en radio-relève c’est à dire par le biais d’un émetteur placé sur le compteur qui évite de rentrer dans le logement. Rappelons que sur la partie chauffage, la loi a ajouté une condition pour les relevés qui doivent pouvoir s’effectuer sans entrer dans les logements.

On installe les appareils de comptage, on s’occupe de la maintenance, on procède à la relève à distance et bien sûr on procède à la répartition des charges de la copropriété. On prépare la facture individualisée pour chaque copropriétaire c’est à dire le décompte annuel de charges qui va reprendre dans le détail le relevé des consommations de chacune des pièces pour le comptage thermique avec un comparatif des consommations sur les trois années précédentes.

Le relevé des données de consommation fourni au syndic est ainsi accompagné de décomptes de charges collectives, de rapports et bilan de consommation et justificatifs individuels de consommations.

Quelle économie peut-on envisager pour les copropriétés ?

Ce qui est sûr c’est que plus on part de loin, plus on va pouvoir réaliser des économies de charges. Cette prise de conscience va permettre aux copropriétaires d’entrer dans un cercle vertueux de valorisation du patrimoine.

En chauffage collectif, la facture moyenne est d’environ 800 €, selon l’Ademe, pour une surface moyenne d’un logement de 68 m2. Le syndicat professionnel de la mesure a démontré dans une étude récente que la moyenne d’économie réalisée suite à l’installation d’appareils de comptage était de 19% pour les copropriétés concernées.

On se rend compte aussi que les comportements changent avec un principe simple « Je paie pour ce que je consomme donc je fais attention ». Les copropriétaires qui feront le plus d’économies sont ceux qui changeront leur comportement soit naturellement soit en s’aidant de petits appareils complémentaires comme des robinets thermostatiques qui permettent de réguler la température de chaque pièce mais également de programmer les coupures/démarrages dans la journée.

Rappelons que la facture de chauffage comporte une partie pour l’exploitation/maintenance et une autre pour le combustible (fioul, gaz). La partie exploitation/maintenance répartie aux tantièmes correspond à un coût fixe qui varie entre 10 et 30% de la facture. Par contre la partie combustible est répartie au réel ce qui semble tout à fait équitable. Donc l’économie réalisée porte principalement sur la partie d’énergie consommée.

Nous recommandons aux copropriétés d’opter pour le système de radio-relève plus efficace que le système en visuel car on est sûr de pouvoir relever tout le monde même si les occupants sont absents. Les prix ont baissé sur ce type d’équipements électroniques. Pour exemple, sur une surface moyenne de 68m2 équipée de 4 à 5 radiateurs, le coût TTC sera de 40€ en moyenne avec un tarif dégressif en fonction du nombre de lots dans la copropriété. Le contrat souscrit sur 10 ans comprend la partie location, maintenance totale du matériel plus la partie services (relève, préparation de la facture, support client…).

Quels conseils pouvez-vous donner aux copropriétaires ?

Il faut saisir cette opportunité et transformer cette charge en avantage. Il ne faut pas se limiter à la pose d’un répartiteur de chauffage (RFC) mais en profiter pour regarder la proposition dans sa globalité. Vous allez pouvoir bénéficier de crédit d’impôt et de CEE pour le financement des équipements notamment pour les robinets thermostatiques.

Mais il faut aussi penser que les économies réalisées sont dépendantes du changement de comportement pour cela il est important d’expliquer les gestes éco-citoyens et de mettre en place les bons outils. La copropriété peut envisager une opération collective de changement des robinets avec des prix négociés pour transformer le coût des répartiteurs en véritable opportunité de gains sur la facture de chauffage.

Vous devez profiter de l’installateur qui passe dans votre logement pour poser les RFC pour également vous équiper de robinets thermostatiques.

Quelles sont les prochaines évolutions? Allez-vous proposer de nouveaux services ?

Nous allons mettre en place une Hotline permanente pour les syndics de copropriété qui nous appellent déjà pour obtenir des éléments d’informations mais la nouveauté c’est que nous allons pouvoir répondre aussi directement aux copropriétaires. Ce service vient compléter notre démarche qualité relation client et notre volonté d’une plus grande proximité avec nos clients.

Cette plateforme devrait être opérationnelle avant la fin de l’année et sera présentée lors du prochain salon de la copropriété.

L’autre sujet sur lequel nous travaillons est celui de la télé-relève qui existe surtout chez les bailleurs sociaux mais qui reste encore une nouveauté pour les copropriétés. Cet appareillage devient abordable en terme de coût, si l’on prend l’exemple pour un compteur d’eau, pour une copropriété de 20 à 40 lots, le tarif est de 25€ par an et par lot. L’intérêt du relevé quotidien c’est qu’il met en place des alertes et notamment l’alerte fuite automatique (envoyée par SMS). On peut ainsi détecter des fuites insidieuses et invisibles qui ne génèrent pas d’inondations.

www.ocea-smart-building.fr