Habitat des seniors : des formules qui revisitent la notion de domicile

Habitat des seniors : des formules qui revisitent la notion de domicile

En réponse aux enjeux du vieillissement de la population, de nouvelles formes d’habitat prennent en compte le choix du lieu de vie des seniors et proposent différents modes d’accompagnement de la vieillesse. Petit tour d’horizon des alternatives qui permettent à chacun de « vieillir à sa manière ».

En 2013, on comptait 2,25 millions de personnes de 60 ans et plus en Ile-de-France. Ce chiffre devrait s’accroître d’environ 40% d’ici à 2040, soit près d’un million d’individus en plus. Le sujet du logement des seniors et du libre choix du mode et du lieu de vie des personnes âgées est semble-t-il, un des enjeux de demain. Il faut dès à présent réfléchir à l’adaptation des logements existants comme au développement de formes d’habitat intermédiaire et de services dédiés, entre le domicile strictement privatif et la structure institutionnelle.

 

La prise en compte du vieillissement par l’action publique

 

Nous avons le choix entre vieillir à domicile et vieillir en institution avec d’un côté, les risques liés à la solitude et la crainte de l’isolement social, et de l’autre, la confiscation de son autonomie et des décisions de la vie quotidienne. En 2015, la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement appréhende à nouveau le phénomène du vieillissement dans sa globalité et dans sa diversité qui marque la volonté de proposer des réponses adaptées à la variété des parcours de vie. Le texte prévoit notamment l’adaptation de 80.000 logements, l’instauration d’un « droit au répit » pour les aidants, et la revalorisation de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA). La loi envisage également la modernisation des logements-foyers, rebaptisés résidences autonomie.

Enfin, la loi met l’accent sur le développement de l’offre d’habitat intermédiaire, de petites unités de vie en habitat regroupé, partagé, protégé ou intergénérationnel, au sein desquelles les personnes âgées trouvent à la fois sécurité et convivialité. Aujourd’hui, des alternatives d’un genre nouveau voient le jour hors champ médico-social et sa réglementation, dans le droit commun du logement. Elles ont en commun le souhait de vouloir préserver l’autonomie et de favoriser une certaine sociabilité.

 

L’intergénérationnel ou les solidarités du quotidien

 

Il s’agit de favoriser les liens et les solidarités entre générations, sous la forme de colocation privée, de mixité au sein d’un immeuble d’habitation, ou d’ingénierie sociale. La colocation intergénérationnelle, qui réunit sous un même toit un jeune et une personne âgée, répond à deux enjeux : la solitude des seniors et la pénurie de logements pour les jeunes. Plusieurs associations l’ont initiée, à l’image du Pari solidaire ou de Ensemble2générations.

Depuis quelques années, les promoteurs immobiliers et les bailleurs sociaux proposent aux communes des projets d’habitat comprenant un « quota » de logements destinés aux personnes âgées.  Des sociétés d’ingénierie sociale conçoivent également des concepts innovants destinés à favoriser le « vivre ensemble », sous la forme de labels, à l’image de la société Récipro-Cité2 et de son Cocoon’Âges: un dispositif alliant mixité sociale et intergénérationnelle au sein d’un bâtiment adapté offrant des services à la carte.

 

L’habitat participatif ou autogéré

 

Dans le cadre de l’habitat participatif ou autogéré les seniors se constituent en collectif pour concevoir un habitat correspondant à un mode de vie et des valeurs partagés. En 2016, l’association ToitMoiNous, àVilleneuve-d’Ascq (Nord), finalise son projet intergénérationnel. Initialement prévu pour des seniors, il a été ouvert à des familles séduites par l’idée du partage, et à des profils sociaux variés. Il sera complété par des espaces partagés : salle commune, chambre d’hôte, buanderie, jardin et atelier. Tous les membres ont participé à la conception architecturale du bâtiment, et l’ensemble du projet est porté par le bailleur social Notre Logis.

 

L’habitat groupé: vivre ensemble, chacun chez soi

 

L’habitat groupé connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Les bailleurs sociaux initient de nouveaux programmes en mettant l’accent sur une architecture adaptée et la mutualisation de services répondant aux besoins des seniors. En parallèle, les logements-foyers créés dans les années 1950-1960 et offrant un habitat adapté aux personnes âgées sont amenés à être rénovés et renommés par la même occasion en «résidences autonomie». Offrant peu de prestations aux locataires, le coût mensuel, variant de 500 à 900 euros, permet néanmoins la présence permanente d’un professionnel et, pour un tiers des résidences, un service de restauration. Les centres sociaux communaux prennent en charge les animations.

 

Comme chez soi mais avec une offre de services adaptés au vieillissement

 

Historiquement développés au sein du parc privé, à l’image des résidences haut de gamme à destination de seniors en quête d’un environnement sécurisé, l’offre de services adaptés au vieillissement est devenue une préoccupation des bailleurs sociaux. Dans le parc privé, le secteur des résidences services est en pleine expansion. Il s’agit d’appartements individuels à destination des personnes âgées, plutôt aisées et plutôt autonomes, désirant conserver un mode de vie indépendant tout en bénéficiant de services et d’un accompagnement quotidiens.

 

L’appartement modulable

 

Des promoteurs privés, tel Icade, proposent un habitat adapté, mais cette fois-ci en copropriété de standing. Leur concept BiHome se décline sous la forme d’un habitat modulable et évolutif, permettant une cohabitation indépendante et sécurisée, entre un senior et sa famille, par exemple.

Autant d’alternatives et de formules qui revisitent la notion de domicile pour que chacun puisse «vieillir à sa manière» et faire reculer la perte d’autonomie. L’enjeu, au regard de l’augmentation du nombre d’âgés dépendants sera notamment d’associer un accompagnement social et médical à un habitat adapté aux besoins variés des seniors. Se pose également la question des fragilités de revenus des personnes âgées et d’un risque de précarisation des plus démunis.

> Note rapide de l’institut d’aménagement et d’urbanisme – Ile-de-France : société-habitat novembre 2016 – n°730

Lucile Mettetal, Olivier Mandon, chargés d’études habitat et société sous la responsabilité de Catherine Boillot, directrice du département habitat et société.

Source : www.iau-idf.fr