Confinement : comment les Franciliens s’adaptent-ils ?

Confinement : comment les Franciliens s'adaptent-ils ?

Le confinement, qui restreint notre quotidien à notre espace domestique, peut-il être une opportunité pour se réapproprier son logement ? Ou au contraire, le confinement ne risque-t-il pas d’exacerber la solitude ? Quelques questions posées à Martin Omhovère, Urbaniste de formation et directeur du département Habitat et Société de L’Institut Paris Région.

Le confinement, une opportunité pour se réapproprier son logement

Actuellement, 73% des Français actifs seraient en chômage partiel ou ne travailleraient plus du tout… Assurément, le confinement nous donne du temps pour habiter, pour se recentrer sur la sphère domestique et intime. Du temps pour penser, explorer ses désirs…

En ce sens, oui, le confinement est favorable à une réappropriation de son chez soi, donc de son logement.

Cette période est aussi propice à l’expérimentation de nouveaux usages de son lieu de vie. Même si ce n’est pas toujours synonyme de ressourcement. On parle alors de (télé)travailler, (télé)étudier, quand la connexion fonctionne, (télé)enseigner, que la connexion fonctionne ou non… Parfois, tout cela en même temps, nous obligeant à nous réapproprier notre logement par nos usages !

Des disparités sociales qui se manifestent avec encore plus d’acuité

À l’heure du confinement, les disparités sociales et la façon dont elles rejaillissent sur les conditions de logement des Franciliens se manifestent avec encore plus d’acuité.

Face au confinement, nous sommes plus que jamais inégaux ! Près d’un Francilien sur 10 est « mal logé ».

Qu’il s’agisse du million de personnes dont les conditions de logement sont difficiles, mais aussi de celles privées de domicile personnel (159.000). Parmi ces personnes, je pense d’abord à celles qui vivent dans la rue (42.000) ou dans des habitats de fortune (10.000).

Les plus précaires sont les plus fragiles face à une injonction qu’ils n’ont pas les moyens d’assumer. Où se confiner lorsque vous êtes sans logement ? Le confinement rend l’accès aux ressources élémentaires et leur quotidien impossible.

Pas sûr non plus que la réappropriation de son « chez soi » soit d’actualité pour les personnes aux conditions de logement difficiles. Les Franciliens se distinguent des autres Français par leur difficulté à trouver un logement qui leur soit adapté.

Les situations de surpeuplement sont ici deux fois plus présentes dans certaines familles, notamment monoparentales, le ou les parents n’ont pas de chambre, tandis que les enfants partagent à 2 ou 3 la leur.

Aussi, les difficultés d’accès au logement de notre région s’illustrent dans des déménagements moins fréquents qu’ailleurs en France. L’arrivée à l’âge adulte est plus rarement synonyme d’indépendance et les jeunes, particulièrement les moins qualifiés ou éloignés de l’emploi sont contraints de vivre chez leurs parents.

Un Francilien de plus de 25 ans sur deux, né dans la région, vit encore chez ses parents : une cohabitation plus souvent subie que choisie.

Dans ces conditions, s’isoler pour étudier, travailler depuis chez soi, se ressourcer, devient mission impossible. Dans la durée, le confinement peut même présenter des risques sanitaires pour les personnes vivant dans un logement indigne.

Au-delà de cette crise, le confinement engage les territoires, les professionnels et les acteurs de l’habitat, à redoubler d’efforts pour développer une offre de logement digne et adaptée aux besoins et respectant les modes de vie des Franciliens.

Le confinement ne risque-t-il pas d’exacerber la solitude ?

Pour certains, la solitude est un luxe, un plaisir à l’heure du confinement. Je pense aux près de 4 Franciliens sur 5 qui vivent en famille… avec… ou sans enfant.

Cela laisse tout de même 1 personne habitant la région sur 5 considérée par l’Insee comme « isolée ».

En période de confinement et de crise sanitaire, la solitude est une préoccupation légitime pour les pouvoirs publics en charge de la gestion de crise. C’est aussi une responsabilité collective, car nous devons assistance à notre prochain, à ces personnes, seules au quotidien.

En réalité, un quart d’entre elles vit en « co-location » ou en « co-propriété », il s’agit le plus souvent de jeunes ou de personnes de plus de 60 ans.

Très fréquemment, ces personnes partagent un lien de parenté, même si elles se réunissent parfois par affinité et opportunité, comme les Babayagas, à Montreuil.

Parmi les personnes vivant effectivement seules, tous les âges sont représentés : des étudiants aux retraités, mais aussi beaucoup d’actifs. Qu’en est-il de leur isolement à l’heure du confinement ? Nombreuses sont les personnes à avoir profité de cette période pour retrouver leur famille ou des proches en Île-de-France ou ailleurs… Sans que nous puissions le quantifier aujourd’hui.

Quant aux actifs, en France, un quart d’entre eux ont adopté ou systématisé le télétravail, depuis chez eux ou… Ailleurs – et, compte tenu de la structure de l’emploi francilien, il y a fort à parier que cette proportion est encore plus importante dans notre région.

La solitude, notamment dans le contexte actuel, peut se traduire par une perte de lien social et de repères, par une autonomie dégradée, et se révéler dangereuse.

Je pense en particulier aux personnes âgées, qui font l’objet de mesure de confinement renforcée (dans la région, 18 % des personnes vivant seules ont plus de 75 ans). Là aussi, la crise sanitaire rend visible un défi auquel nous devons collectivement répondre pour faire face au vieillissement de la population.

Dans le champ de l’habitat, des initiatives prennent aujourd’hui tout leur sens, comme les résidences intergénérationnelles qui proposent un projet social, propice à développer une vie collective, des formes d’entraide, et à lutter contre l’isolement.

Enfin, si les professionnels de santé de ville et des hôpitaux sont en première ligne pour lutter contre l’épidémie, ne négligeons pas le rôle essentiel que jouent les paramédicaux dans l’accompagnement quotidien des personnes isolées et en perte d’autonomie.

En Île-de-France, leur engagement professionnel est d’autant plus remarquable que leur rémunération ne leur permet pas toujours d’être logés dans de bonnes conditions d’habitation et/ou de localisation.

Comment s’organiser à l’heure où rester chez soi devient la règle ?

D’ordinaire, l’intensité des déplacements quotidiens est constitutive de l’identité et des modes de vie franciliens ! La densité qui caractérise beaucoup de nos espaces d’habitat va fréquemment de pair avec des centralités urbaines abondantes en commerces alimentaires de proximité, médecine de ville, etc.

Dans ces territoires, la proximité de ces services, leur accessibilité à pied, est un facteur de résilience, à l’heure où nos déplacements doivent être limités. Nous constatons aussi dans ces quartiers, ces immeubles, un resserrement des liens sociaux, de l’entraide et la solidarité pour aider les plus faibles à se ravitailler pendant la crise.

Le confinement révèle également les qualités des espaces pavillonnaires, représentant les deux tiers des zones d’habitat et abritant un tiers des Franciliens.

Les pavillons offrent de l’espace à l’intérieur et une ouverture sur l’extérieur. Il est plus facile d’y rassembler sa famille, ses proches, dans une cohabitation pacifiée, pour traverser ensemble cette période de confinement.

Par les temps qui courent, les maisons offrent une plasticité d’usage appréciable : s’isoler pour télétravailler, s’aérer pour se ressourcer, jardiner pour se nourrir, s’exprimer dans une variété d’activités, bricolage, décoration, plantations, qui participent à une forme d’épanouissement individuel.

La maison symbolise le cocon familial, la continuité et l’ancrage spatial, autant de gains psychologiques qui contribuent à un sentiment de sécurité, particulièrement précieux en moment.

Une nouvelle fois, la crise que nous traversons nous invite à valoriser les vertus de tous les types d’habitat.

Gardons-le à l’esprit pour inventer les formes urbaines de demain permettant de satisfaire à l’urgence environnementale et l’exigence d’un « zéro artificialisation nette ».

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