Comment valoriser le métier de syndic ? Entretien avec Guillaume Perrodin, Cofondateur de Syment

Comment valoriser le métier de syndic ? Guillaume Perrodin, Cofondateur de Syment, nous apporte sa vision du métier de syndic bousculé par la révolution numérique. Par son approche transverse, Syment donne une longueur d’avance aux syndics désireux d’accomplir leur transformation digitale.

 

Présentation de Syment

Nous avons créé Syment en mars 2016, à Luxembourg. Quand nous avons étudié le marché résidentiel en matière de gestion, nous avons décelé un vrai besoin pour un outil digital permettant de valoriser le savoir-faire des gestionnaires et d’intégrer les occupants dans le process de gestion.

On a souhaité proposer une solution pour, d’une part, faciliter le travail des gestionnaires et d’autre part, avoir une approche pédagogique et donc faire comprendre ce qu’est réellement la gestion immobilière résidentielle.

Syment est une plateforme innovante destinée aux gestionnaires de patrimoine, syndics de copropriété et bailleurs sociaux, pour gérer leur parc immobilier simplement.

Nous avons trouvé des partenaires pour créer les premières maquettes en mars 2016. Avec le deuxième tour de table, nous avons récupéré 600.000 euros auprès d’investisseurs. Ces investisseurs sont des Business Angels qui ont cru au projet.

L’argent nous a surtout servi à faire du développement et à innover pour la conception de la plateforme. Nous n’avons pas un mono-produit. Nous avons positionné la plateforme comme un hub, avec des outils innovants notamment sur la question de l’assemblée générale. Il nous a donc fallu de l’argent pour toute la partie technique.

Ensuite, nous avons cherché des relais de croissance avec des partenariats stratégiques comme celui avec Crypto (un logiciel métier qui nous permet de livrer des solutions complètement automatisées). La levée de fond a donc servi principalement à créer de l’innovation.

 

Un outil de communication en copropriété

Le métier de syndic est un métier qui est multiple car il regroupe de nombreuses compétences : techniques, comptables, ou juridiques. De plus, on gère une communauté d’occupants donc il faut aussi savoir être à l’écoute.

C’est un métier passionnant mais extrêmement chronophage ! Il y a tellement d’éléments à prendre en compte dans l’écosystème immobilier, qu’il faut un outil pour accompagner le gestionnaire. Grâce à cette vision globale, il est plus simple de partager la bonne information aux occupants et d’accomplir toutes les tâches administratives qui prennent du temps et qui par ailleurs sont difficilement valorisables.

Nous avons souhaité travailler sur l’approche pédagogique. Nous avons développé une plateforme globale qui touche à tous les domaines de la gestion immobilière.

 

Un outil qui valorise le syndic de copropriété

Notre objectif est de valoriser le métier de syndic de copropriété. Pour l’aider, il faut qu’on lui apporte un éventail d’outils. Une partie « gestion des incidents », une autre « base documentaire », ou encore l’organisation des assemblées générales.

La réunion de l’assemblée générale va assurer la dynamique sur une résidence et permettre de pérenniser le patrimoine de nos clients. Il faut donc avoir une solution qui va intégrer les occupants.

En plus de cela, la gestion immobilière est globale, et nous positionnons donc Syment comme un Hub. En effet, la plateforme n’est pas figée, on va venir chercher et agréger de la donnée pour l’apporter soit au syndic, soit au copropriétaire. Nous faisons en sorte d’avoir une démarche la plus inclusive possible.

Un accès, un mot de passe et je trouve tous les éléments sur la plateforme.

 

Un chatbot intégré pour faciliter les échanges

Nous proposons un chatbot qui est intégré directement sur la plateforme que nous avons développé en partenariat avec l’ICH et le CNAM de Nantes pour avoir leur expertise et leur retour par rapport aux questions les plus couramment posées aux gestionnaires.

Nous avons pu ainsi identifier environ une cinquantaine / soixantaine de questions. Les questions concernent aussi bien l’utilisation de la plateforme en elle-même que l’approche pédagogique au quotidien. C’est souvent les mêmes questions qui reviennent. Nous avons donc voulu faciliter l’accès à l’information avec ce point d’entrée.

Lorsque l’on est copropriétaire ou occupant d’une résidence, on a des questions par rapport à notre environnement immobilier.

Ce chatbot est évolutif et nous allons agréger de plus en plus d’informations. Mais pour tout ce qui nécessitera de la création de valeur et de l’expertise, l’occupant continuera à contacter directement son syndic.

Le digital n’est pas là pour remplacer l’humain. Le digital est là pour rendre les informations accessibles et pour faire en sorte que le syndic, qui a une multitude de tâches au quotidien, puisse vraiment se concentrer sur sa création de valeur, sur de l’expertise, sur de l’analyse de données.

Le syndic est un acteur essentiel de la copropriété, ses fonctions sont multiples. Il faut absolument lui dégager du temps pour vraiment transformer la relation qu’il peut avoir avec ses copropriétaires.

 

Un hub pour la gestion et le partage d’informations

Nous avons conçu Syment comme un hub car il faut une démarche qui soit inclusive. Si vous prenez un copropriétaire ou un gestionnaire, il vont avoir un accès et un mot de passe pour l’extranet, la banque, l’assurance ou encore Linky. Avec tout cela, les données sont éparpillées, non exploitées.

Notre solution nous ne la vendons qu’aux gestionnaires. C’est donc les gestionnaires qui la mettent à la disposition des copropriétaires. Si un copropriétaire veut installer Syment, on lui donne notre liste de clients pour qu’il contacte directement le syndic de copropriété.

Nous avons une information globale, mais nous voulons faire tendre le métier de syndic vers un métier de gestion d’actifs.

Pour avoir de la gestion d’actifs en copropriété, il faut venir agréger de la donnée (base de données clients, partie technique…). Par exemple, le syndic va bien effectuer les contrôles réglementaires (assurance, extincteurs…) mais personne ne le voit.

En positionnant Syment comme un hub, un partenaire pourra nous communiquer le listing de tous les contrôles réglementaires à effectuer et le syndic sera capable de l’exploiter. Lorsque le syndic va l’utiliser, il va le rendre visible à son tour aux copropriétaires.

C’est le chaînage que l’on veut mettre en place derrière et qui se place entre les métiers, c’est-à-dire qu’il faut décloisonner les métiers. Cette question de contrôle réglementaire intéresse par exemple les assureurs.

Le hub agrège de la donnée dans un écosystème exploitable par le syndic, et valorisé auprès de ses clients.

 

Exploiter les données pour les acteurs de la copropriété

C’est le syndic qui détient toutes les données, elles sont stockées et disponibles mais il ne reste qu’à les exploiter. Et c’est notre objectif !

Je reste persuadé que le syndic reste l’élément central de la chaîne de valeur immobilière et c’est lui, grâce à l’exploitation des données, qui deviendra l’apporteur d’affaires sur les autres métiers.

Les données exploitées vont permettre aux gestionnaires d’obtenir des indicateurs qui doivent accélérer la prise de décisions. Nous allons donc travailler avec les logiciels du syndic, dans l’ombre, pour transmettre de la donnée exploitable au syndic afin de valoriser son métier.

En assemblée générale, il pourra présenter des indicateurs de performance aux copropriétaires pour les aider à prendre les bonnes décisions sur l’amélioration de l’habitat. Cela va faciliter la mise en concurrence de certains prestataires et pourquoi pas le renégociation de certains contrats…

 

Une assemblée générale expérimentale

L’assemblée générale à distance a eu lieu la dernière semaine de septembre 2018 sur une copropriété assez classique de 1980 avec des propriétaires investisseurs, des locataires, des propriétaires occupants. Une copropriété très représentative de la résidence moyenne que l’on peut trouver en France. Nous avons tenté l’expérience avec notre client le cabinet Folliot sur une résidence en Normandie.

Ce qu’il faut savoir c’est que dans cette résidence, sur les anciennes assemblées générales « classiques », nous étions autour de 25 à 30% de votes exprimés. Là, nous sommes arrivés autour de 65 / 70% de votants donc nous avons plus que doublé le nombre de votants, en terme de quantité.

Et ce qui est intéressant, c’est que nous avons fait revenir les propriétaires investisseurs, nous avons récupéré des personnes qui ne venaient plus à l’AG, qui n’osaient pas s’exprimer en public. Et ces personnes se sont exprimées sur la plateforme, ont consulté les documents, ont posé des questions au syndic. Le syndic a pu y répondre et c’était visible par tout le monde.

Cela a permis au final de rééquilibrer un peu les forces, dans le sens où il y a plus de votes exprimés, une meilleure représentation de tous les acteurs de la copropriété. Ce qui est difficile avec une assemblée générale classique pour des problèmes de disponibilité, des problèmes de passif.

Cette assemblée générale a valorisé le syndic. En effet, quand on regarde le process classique d’une AG : entre les convocations, les procurations, la rédaction du PV d’AG et le fait qu’il peut être attaquable même par des copropriétaires qui n’y ont pas assisté. C’est un process qui est long.

Dans le cadre d’une AG comme celle-ci, cela change considérablement la méthodologie : convocation directement sur la plateforme, documents disponibles sur la plateforme, les gens peuvent poser leur questions, le syndic répond aux questions, une semaine pour voter, PV d’AG automatiquement généré. Cela veut aussi dire que l’on peut imaginer faire deux AG par an, chacune avec moins de résolutions. Cela change complètement la manière de faire !

Il faut fluidifier le process de vie dans une copropriété. Imaginez quand même que si quelqu’un à le malheur de vouloir faire des travaux dans son appartement 1 mois après l’AG, il doit attendre un an pour une nouvelle convocation !

Après, ce qu’il faut savoir c’est que cette assemblée générale expérimentale n’a aucune valeur légale donc il faudra re-convoquer. Aujourd’hui on ne peut pas encore remplacer une “vraie” AG.

Je pense qu’il faut continuer à se réunir, à débattre avec entre copropriétaires, il faut continuer à se voir. Mais il y a un élément très important c’est la prise de décision. Ce type d’AG, à certains moments, pour certains types de copropriété, ou en cas d’urgence, a une vraie utilité.

Le digital n’est pas la pour supprimer la relation humaine, il est là pour accélérer la prise de décision.

Le digital doit permettre aussi d’aller récupérer de nouveaux profils. Certains outils métiers sont difficiles à utiliser pour des personnes qui sont « digital native ». Si on ajoute en plus la complexité des AG, on peut comprendre que lorsqu’on prend une promotion de 100 étudiants en école immobilière, il n’y en a que 5 qui souhaitent devenir syndic !

Le syndic sera un métier d’avenir mais il doit pour cela évoluer. C’est là que Syment se positionne en apportant de plus en plus d’informations au professionnel pour qu’il soit avant tout dans le préventif et le pilotage et de moins en moins dans le curatif.