Voisinage et isolement : l’expérience du confinement

Voisinage et isolement : l’expérience du confinement

Voisinage, échange de service, et sentiment d’isolement… Après ces deux mois de confinement imposés à tous, l’Ined dévoile son enquête sur les conditions de vie des ménages en France. Les relations de voisinage sont-elles renforcées depuis le confinement ?

La relation de voisinage en France

Notre expérience du confinement dépend des conditions de logement, mais aussi de la composition de notre voisinage et des services qui s’y échangent. L’étude dévoilée par l’Institut National d’Étude Démographique (Ined) en partenariat avec le consortium COCONEL aborde les changements vécus. Elle met d’ailleurs l’accent sur le sentiment d’isolement en ce contexte de confinement.

URMET 2020 – Bannière 1

En France, 21 % de la population vit à proximité d’un membre de sa famille. C’est-à-dire dans un rayon de moins d’un kilomètre. Dans ce même périmètre, 31 % déclarent y avoir des amis. Aussi, 45 % d’entre-eux vivent près de voisins qu’ils connaissent personnellement.

66 % des Français déclarent avoir au moins un parent, un ami, ou un voisin proche dans leur voisinage immédiat

Cette géographie relationnelle semble toutefois dépendre du milieu social. En effet, les cadres ont moins de parents (14 %) à proximité. À contrario, les familles monoparentales (33 %) sont plus sujettes à vivre près de leurs proches. Il en est de même pour les ménages les plus modestes (29%). Pour eux, la famille joue un rôle majeur dans l’organisation du quotidien (entraide, garde d’enfant…).

Échange de services : actifs, mais pas égaux

Depuis le début du confinement, 40 % des Français ont rendu au moins un service dans leur quartier. D’autre part, 29 % affirment en avoir reçu au moins un. Il apparait donc que la proportion des services échangés avec le voisinage n’est pas plus importante. Ce sont leurs bénéficiaires qui ne sont plus les mêmes.

échange de service entre voisinage depuis confinement socioprofessionnelle

Les familles avec enfants reçoivent un peu moins d’aide qu’avant tandis que les voisins les plus âgés (75 ans et plus) reçoivent un peu plus d’aide qu’avant. D’ailleurs, ils sont 46% à avoir reçu une aide de leur voisinage durant le confinement contre 31 % avant la crise sanitaire.

Sans aucun doute, rendre service à quelqu’un de son voisinage s’inscrit dans la continuité des pratiques antérieures. À savoir que 71 % des personnes ayant rendu service depuis le confinement avaient déjà fait cet acte avant la crise pandémique.

Que ce soit en temps normal, ou en période de confinement, partager et recevoir un service vont de pair. Toutefois, le confinement crée davantage d’asymétrie entre donneurs et receveurs, à l’avantage des plus âgés. Le confinement n’a fait qu’accentuer leur isolement et leur forte dépendance en matière d’aide et d’approvisionnement auprès du voisinage.

Echanger des services pendant le confinement ne protège toutefois pas du sentiment d’isolement qui a plus que doublé durant ce confinement.

Sentiment d’isolement dans les logements

Ce qui est plutôt étonnant, c’est qu’il semble bien que les personnes ayant rendu un service durant le confinement se disent même davantage isolés que les autres. C’est le cas de 42 % de ceux qui ont rendu un service et 45 % de ceux qui en ont reçu.

sentiment-d-isolement-voisinage

En réalité, le confinement augmente le sentiment d’isolement chez les personnes qui étaient auparavant les moins isolées. Car cette situation a littéralement bouleversé leurs habitudes de vie malgré des échanges de services toujours aussi nombreux parmi le voisinage.

Globalement, le sentiment d’isolement dans son logement ou son quartier atteint 38 % de la population française en période de confinement contre 17 % en temps normal.

On remarque aussi que ce ressenti face à l’isolement est plus fort chez les femmes (41 % contre 35 % des hommes), les ménages pauvres (45 %) et les jeunes (44 %). Le couple, quant à lui, semble avoir un effet protecteur. Puisqu’en période de confinement : 36 % des personnes en couple (avec ou sans bambin) s’estiment isolées. Contre 43 % des personnes seules (avec ou sans enfants).

En définitive, la pandémie n’a épargné aucune catégorie de la population. Elle constitue aussi aujourd’hui une crise sociale majeure. Puisqu’elle accentue toutes les inégalités de classes sociales, de sexe et de génération. Le logement durant la période de confinement révèle encore plus l’ampleur des inégalités au sein de la société française.


L’enquête résulte d’un échantillon de 2003 personnes de plus de 18 ans représentant la population française au cours de la sixième vague.

Guide des Pros 2020 (728×150)