L’étude « Confort Sobre », publiée le 2 février 2026 par Leroy Merlin Source et Octopus Energy, bouscule les idées reçues sur le chauffage domestique. Pendant trois mois d’hiver, 14 familles ont testé une sobriété thermique choisie, vivant sous les 19°C – parfois jusqu’à 16°C – sans sacrifier leur confort. Résultat : aucune ne souhaite revenir en arrière.
Sommaire :
- Pourquoi la consigne des 19°C ne suffit-elle plus à définir le confort thermique ?
- Comment fonctionne le programme « Confort Sobre » ?
- Quels sont les quatre profils de praticiens de la sobriété thermique ?
- Quelles pratiques concrètes permettent d’atteindre la sobriété thermique ?
- Quels bénéfices inattendus apporte la sobriété thermique ?
- Quels freins sociaux limitent la diffusion de la sobriété thermique ?
À retenir – Sobriété thermique : les enseignements de l’étude Confort Sobre
- 14 familles ont vécu confortablement sous 19°C pendant tout l’hiver.
- Le confort thermique ne dépend pas uniquement de la température.
- Les bénéfices santé surpassent les économies d’énergie.
- Aucune famille ne souhaite revenir à ses anciennes habitudes.
- Les normes sociales freinent la diffusion de ces pratiques.
Pourquoi la consigne des 19°C ne suffit-elle plus à définir le confort thermique ?
Une norme réglementaire déconnectée des usages réels
L’article R241-26 du Code de l’énergie fixe la température de chauffage à 19°C depuis les années 1970. Cette consigne reste le repère officiel en France. Toutefois, elle ne correspond pas à la réalité des pratiques.
L’étude « Confort Sobre » apporte un éclairage nouveau. Les sociologues Gaëtan Brisepierre et Mathilde Joly Pouget révèlent que le confort thermique dépend de nombreux facteurs. L’activité physique, l’heure de la journée, la fatigue ou l’âge des occupants influencent le ressenti. Par conséquent, la température affichée sur le thermomètre ne reflète pas la sensation réelle des habitants.
La sobriété thermique, une démarche qui va au-delà des écogestes
La sobriété thermique ne se limite pas à baisser le thermostat. Elle implique une transformation profonde du rapport au chauffage. À cet effet, les participants sont passés « d’un pilotage automatique à un pilotage sensible ». Autrement dit, ils ne chauffent plus par réflexe, mais en fonction de leur besoin réel.
Ainsi, les familles ont abandonné le « chauffage par défaut ». Elles adoptent désormais un pilotage manuel et conscient. Par ailleurs, ce mouvement n’est pas nouveau. L’hiver 2022-23 avait déjà initié cette dynamique avec le plan de sobriété énergétique du gouvernement français, dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Comment fonctionne le programme « Confort Sobre » ?
Un protocole d’expérimentation sur trois mois d’hiver
Le programme s’est déroulé de novembre 2024 à février 2025. Les organisateurs ont recruté 14 familles dans toute la France via LinkedIn, les collaborateurs Leroy Merlin et les clients Octopus Energy. La communication a suscité plus de 500 candidatures.
Toutes les familles sélectionnées disposaient d’un chauffage individuel. En outre, l’échantillon représentait une diversité de profils sociodémographiques, de types de logements et de zones climatiques. L’accompagnement reposait sur cinq visioconférences de 1h30. Pascal et Amélie Lenormand, designers énergétiques du collectif Incub’, animaient ces sessions. De plus, un groupe WhatsApp permettait les échanges entre participants. Il a généré 540 messages spontanés.
Des missions progressives pour changer ses habitudes
Les familles ont suivi des « périodes d’entraînement » avec des missions concrètes. Les organisateurs ont établi un calendrier précis. Cette progression par paliers a permis aux participants d’adopter « une posture d’expérimentateurs de leur propre confort », selon la synthèse de Leroy Merlin Source.
Un participant témoigne de cette transformation : « Vers le 10 janvier on a décidé de tout couper, on s’est dit “On verra bien”. On n’a jamais rallumé. »
Quels sont les quatre profils de praticiens de la sobriété thermique ?
L’économe et le transitionneur
L’économe cherche avant tout à limiter son budget chauffage. Ce profil, souvent féminin, pratiquait déjà la chasse au gaspillage avant le programme.
Une participante confie : « Déjà avant, j’éteignais toutes les multiprises. Je n’aime pas la sensation d’avoir gaspillé quelque chose. »
Le transitionneur, quant à lui, s’inscrit dans une démarche écologique globale. Des événements comme le Covid, la parentalité ou des voyages marquants ont déclenché cette prise de conscience. Il vit généralement dans un petit logement. Il pratique l’autoconstruction ou cultive un potager. Le programme lui permet donc d’approfondir ses pratiques de sobriété thermique. Certains vont même jusqu’à l’arrêt complet du chauffage.
Le matérialiste repenti et le techno-solutionniste
Le matérialiste repenti possède beaucoup de biens. Il vit dans un grand logement. Toutefois, il aspire désormais à une transformation écologique profonde.
Un participant explique : « Depuis plusieurs années, on a tendance à acheter local, à davantage réfléchir avant d’acheter, on a réduit la viande. On ne le faisait pas encore sur notre consommation d’énergie. »
À l’opposé, le techno-solutionniste mise sur l’optimisation de ses équipements (thermostat connecté, logement performant, isolation). Il ne souhaite pas changer son mode de vie. Sa logique : investir dans la technologie pour maintenir son confort sans effort comportemental. Ce profil masculin reste en décalage avec l’objectif initial du programme.
Il déclare : « On est beaucoup sur la partie performance énergétique pour pouvoir se faire plaisir sans générer trop de dépenses d’énergie. »

Quelles pratiques concrètes permettent d’atteindre la sobriété thermique ?
Le pilotage du chauffage : la fin du chauffage par défaut
Les participants ont adopté plusieurs stratégies. D’abord, ils réduisent l’intensité du chauffage. Certains descendent sous 16°C. Ensuite, ils pratiquent le zonage : chambres, salles de bains et lieux de passage ne sont plus chauffés en continu. De plus, beaucoup préfèrent le pilotage manuel on/off à la programmation horaire. Enfin, certains expérimentent la coupure totale du chauffage.
Selon l’étude, les baisses de consommation varient considérablement. Elles vont de moins de 10% à une division par cinq selon les foyers. La dynamique de détachement du chauffage reste progressive. Les familles testent par paliers et ajustent selon leur ressenti. Par ailleurs, le chauffage électrique s’avère plus propice au pilotage souple que les poêles ou le chauffage au sol.
Les tenues d’intérieur et les tactiques de compensation thermique
Pour « isoler le corps », les participants composent des tenues adaptées. Ils portent chaussons, chaussettes montantes, polaire, tee-shirt thermique ou bonnet. Ils utilisent également des accessoires : plaids, bouillottes ou couvertures chauffantes. Certains détournent même l’usage de vêtements d’extérieur ou de ski.
Au-delà des vêtements, ils mobilisent un large répertoire de tactiques. Le conditionnement mental aide à surmonter les « transitoires » comme la sortie de douche ou la sortie de couette. La mise en mouvement physique réchauffe : faire le ménage, par exemple. Les familles récupèrent aussi les sources de chaleur annexes comme le four. Elles déménagent certaines activités : lire au lit plutôt que dans le salon non chauffé. Enfin, l’aménagement thermique joue un rôle : installation de tapis, isolation d’un coffre de volet.
Quels bénéfices inattendus apporte la sobriété thermique ?
Des gains sur la santé et le bien-être
Au-delà des économies d’énergie, toutes les familles constatent des bénéfices insoupçonnés : un sommeil plus profond, une diminution perçue des maladies hivernales, une fatigue réduite. En effet, l’ambiance fraîche favorise la résistance au froid. Elle améliore également la qualité de vie quotidienne. Ces co-bénéfices surpassent même les économies financières dans le discours des participants.
Une autonomie retrouvée face aux crises énergétiques
Les participants se sentent désormais plus autonomes. Ils gèrent leur confort thermique différemment. Cette expérimentation met en lumière plusieurs acquis majeurs : la disparition de la peur du froid, une appropriation plus personnelle du confort – moins dépendante du chauffage – et un mode de vie plus robuste, mieux armé face aux crises à venir.
Aucune des 14 familles n’envisage de revenir à ses anciennes habitudes. Au contraire, elles souhaitent consolider ou approfondir leurs nouvelles pratiques. Elles restent toutefois conscientes que ces habitudes prendront plusieurs saisons à s’ancrer définitivement.
Quels freins sociaux limitent la diffusion de la sobriété thermique ?
Les normes dominantes dans les espaces publics et professionnels
Les praticiens de la sobriété thermique font face au surchauffage généralisé des locaux. Bureaux, commerces, lieux de santé, famille et amis : partout, ils ressentent un mal-être thermique.
Sur les lieux de travail, les participants disposent de peu de marges de manœuvre. Rares sont ceux qui prennent le risque de promouvoir le confort sobre auprès de leurs collègues. Par ailleurs, certains subissent une stigmatisation. On les qualifie de « folle » ou d’« extrémiste ». Cette réaction montre à quel point la sobriété thermique transgresse les normes sociales dominantes.
L’approche technocentrée des politiques publiques
L’analyse sociologique identifie deux freins majeurs à la diffusion du confort sobre. D’une part, les normes sociales dominantes. D’autre part, l’approche technocentrée des politiques publiques. En effet, les politiques de transition énergétique misent prioritairement sur la rénovation du bâti.
Or, l’expérimentation « Confort Sobre » questionne cette approche. Une rénovation globale et performante n’est-elle pas surdimensionnée si les pratiques de sobriété thermique se généralisent ? Le Haut Conseil pour le Climat pose également cette question. Dans son rapport annuel 2025, il souligne que ces politiques ne sont plus ni finançables ni réalistes.
Vers un nouveau « confort moderne » ?
L’analyse sociologique du programme Confort Sobre dessine les contours d’un nouvel idéal-type de confort thermique. Ce « confort sobre » se présente comme une alternative au chauffage central. Il remet en question le confort moderne généralisé depuis les Trente Glorieuses. L’objectif : concilier les exigences de sobriété thermique avec les acquis de la modernité.
Le programme illustre également ce que des sociologues appellent « l’innovation par retrait ». Dans cette approche, « faire sans, faire avec moins » devient la valeur recherchée. Dès lors, les systèmes de chauffage collectif pourraient être perçus comme un verrouillage technologique. Ils écrasent en effet le potentiel des pratiques de sobriété thermique des ménages.
Quelles perspectives pour ce programme ? Selon les participants, il pourrait toucher un public plus large. Il faudrait notamment cibler les personnes soucieuses de leur pouvoir d’achat. Le format dématérialisé facilite cet élargissement. Toutefois, le modèle économique reste à définir. Le tiers payeur semble la solution : fournisseurs d’énergie dans le cadre des obligations CEE, employeurs, ou grandes surfaces de bricolage.


