La rénovation énergétique en copropriété est au cœur des enjeux climatiques et sociaux de 2026. Lors de la table ronde de clôture du salon Solucop à Strasbourg, le 19 mars 2026, organisée sur le village Rénov’Acteurs — où Monimmeuble.com était présent —, experts, industriels et acteurs territoriaux ont dressé un état des lieux sans concession. Face à l’urgence climatique, à la complexité administrative et aux freins persistants à la confiance, cinq intervenants ont tracé une feuille de route commune : simplifier, financer, garantir et massifier la rénovation énergétique en copropriété pour les 20 ans à venir.
Sommaire :
- Pourquoi la rénovation énergétique en copropriété est-elle si complexe ?
- Quels financements pour la rénovation énergétique en copropriété ?
- Comment le guichet unique accélère-t-il le parcours de rénovation ?
- Ventilation et qualité de l’air : le maillon oublié de la rénovation ?
- Comment massifier la rénovation énergétique en copropriété à grande échelle ?
- Rénovation résiliente : anticiper le climat de demain
À retenir — Rénovation énergétique en copropriété
- La complexité et la défiance freinent encore la rénovation énergétique en copropriété.
- Les CEE représentent entre 8 et 10 milliards d’euros par an à partir de 2026.
- L’offre Coprio (Bouygues Construction) garantit une réduction de consommation réelle.
- La mauvaise qualité de l’air intérieur cause plus de 20 000 décès par an en France.
- Rénover aujourd’hui, c’est anticiper le climat des 20 prochaines années.

Pourquoi la rénovation énergétique en copropriété est-elle si complexe ?
La rénovation énergétique en copropriété concentre toutes les difficultés du secteur. Un copropriétaire n’est pas un expert du bâtiment. Il fait face, d’emblée, à une masse de contraintes techniques, réglementaires et administratives. Cyril Bigaut, directeur du développement Habitat Réhabilité France chez Bouygues Construction, l’a formulé clairement lors de la table ronde : « le premier sentiment qui domine, c’est la complexité ».
Trois obstacles structurels
La copropriété cumule trois freins que les maisons individuelles ne connaissent pas au même degré.
Le consensus collectif
Toute décision de travaux exige un vote en assemblée générale. Convaincre l’ensemble des copropriétaires, aux situations financières très diverses, reste un exercice périlleux. La rénovation énergétique en copropriété n’avance qu’à la vitesse du plus réticent.
La défiance vis-à-vis des acteurs
Les scandales de fraude aux aides à la rénovation ont durablement abîmé la confiance. Pierre-Marie Perrin, directeur des relations institutionnelles chez Hellio, l’a rappelé : il faut « remettre la confiance dans le processus de travaux » et rassurer les Français. La réouverture du guichet MaPrimeRénov’ et le passage obligatoire par France Rénov’ pour tout projet d’ampleur vont dans ce sens.
La technicité de l’ingénierie
Audit énergétique, choix du scénario de travaux, mobilisation des aides, coordination des entreprises : chaque étape suppose des compétences que le copropriétaire moyen ne possède pas. L’accompagnateur Rénov’ (AMO) devient alors indispensable.
L’appel à projets Oreno : une réponse de l’ADEME
Face à cette complexité, l’ADEME a lancé l’appel à projets Oreno, dont le cahier des charges visait deux objectifs : amener de la simplicité et donner la capacité de passer à l’action aux copropriétaires, tout en proposant une offre globale. Bouygues Construction fait partie des 13 lauréats retenus. Leur offre Coprio repose sur un opérateur en ensemblier qui réunit en une seule proposition le maître d’œuvre, l’entreprise de construction, l’AMO et les acteurs du financement — dont le Crédit Mutuel. La promesse : « rénover votre copropriété en toute simplicité ».
Quels financements pour la rénovation énergétique en copropriété ?
Le financement est souvent cité comme le premier obstacle. En réalité, les dispositifs existent et se renforcent. Encore faut-il les connaître, les combiner et éviter les erreurs de parcours.
Les dispositifs nationaux en 2026
Pierre-Marie Perrin (Hellio) a dressé un tableau globalement optimiste. Les certificats d’économies d’énergie (CEE) étaient financés jusqu’à 6 milliards d’euros par an jusqu’en 2025. Dès 2026, ce montant s’élève entre 8 et 10 milliards d’euros, porté par la sixième période du dispositif, entérinée par décret dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Par ailleurs, une septième période est déjà annoncée à partir de 2030, ce qui inscrit le mécanisme dans la durée pour au moins dix ans.
MaPrimeRénov’ a connu une phase difficile — « six mois extrêmement compliqués pour la filière » — mais redémarre. 3,6 milliards d’euros sont engagés pour les logements, avec comme objectif gouvernemental d’atteindre 250 000 rénovations performantes par an.
Un exemple chiffré à Strasbourg
Aurélie Bruder, responsable du pôle rénovation énergétique à l’Agence du Climat de l’Eurométropole de Strasbourg, a esquissé un budget théorique pour un projet de 50 000 €. Pour un ménage modeste, les aides nationales (MaPrimeRénov’ + CEE) couvrent environ 25 000 €. Les aides locales de l’Eurométropole peuvent ajouter jusqu’à 5 000 € supplémentaires, notamment pour les travaux sur l’enveloppe du bâtiment, l’utilisation de matériaux biosourcés ou l’installation de protections solaires extérieures.
Ces aides locales couvrent également :
- la prestation d’accompagnateur Rénov’ (AMO individuel ou AMO Copro) ;
- une mission de maîtrise d’œuvre sur les projets complexes ;
- des bonus pour les matériaux biosourcés et les protections solaires (adaptation au changement climatique).

Les collectivités, acteurs clés du financement
Les collectivités territoriales jouent un rôle de plus en plus déterminant. Elles financent le reste à charge, apportent des subventions complémentaires et constituent un tiers de confiance pour les ménages.
Pierre-Marie Perrin a insisté : « les élus sont également un tiers de confiance pour redonner des marges de manœuvre à leurs concitoyens ». Le maire, en particulier, est l’élu en qui les Français ont le plus confiance — un sondage Hellio/IFOP le confirme : plus de 80 % des ménages souhaitent que leur maire joue un rôle plus important dans la transition énergétique.
Comment le guichet unique accélère-t-il le parcours de rénovation ?
L’Agence du Climat de l’Eurométropole de Strasbourg a développé un guichet des solutions qui couvre la rénovation énergétique, les énergies renouvelables, la mobilité durable et l’adaptation au changement climatique. Opérationnel depuis 2022, il a déjà accompagné plus de 5 500 personnes sur le seul sujet de la rénovation énergétique.
Le rôle du guichet dans la rénovation énergétique en copropriété
Le guichet s’adresse aux ménages, aux copropriétaires, aux communes, aux entreprises et aux associations. Sa mission : informer de manière neutre et indépendante, puis orienter vers les bons interlocuteurs et les bonnes étapes.
Aurélie Bruder l’a précisé : « notre rôle en tant que guichet d’entrée, c’est d’apporter de l’information, du conseil de manière neutre, indépendante, et d’amener notre interlocuteur vers les bonnes prochaines étapes ».
La plateforme numérique LOUTRE
Pour structurer ce parcours, l’Agence du Climat a déployé la plateforme numérique LOUTRE. Elle permet aux ménages de :
- contacter leur conseiller France Rénov’ référent ;
- accéder à des ressources techniques et à des typologies de rénovation adaptées à leur projet ;
- consulter une liste de professionnels référencés pour demander des devis directement ;
- comparer les coûts observés sur le territoire (affichage dynamique) pour vérifier si une offre reçue est dans les fourchettes du marché ;
- retrouver l’ensemble des aides financières mobilisables, nationales et locales.
Une quinzaine d’acteurs locaux se réunissent tous les deux mois pour faire vivre la plateforme : représentants des professionnels du bâtiment, Qualibat, collectivités de l’Eurométropole, représentants de l’État et associations de consommateurs. Les prochains modules prévus dans LOUTRE porteront sur la mobilisation des aides financières (quelle plateforme, comment déposer) et sur le financement du reste à charge.
Ventilation et qualité de l’air : le maillon oublié de la rénovation ?
La ventilation est souvent le parent pauvre de la rénovation énergétique en copropriété. Marc Ménard, responsable national des ventes de VTI (Ventilation Technicité Innovation), a bousculé les idées reçues.
Pourquoi isoler sans ventiler est insuffisant
Isoler un bâtiment sans traiter la ventilation crée un piège. Les anciens bâtiments accumulent la chaleur. Dès qu’on les isole, l’air intérieur se confine. Or, selon l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur, les problèmes de qualité de l’air intérieur seraient responsables de plus de 20 000 décès par an en France et coûteraient plus de 19 milliards d’euros à la collectivité.
Nous passons 90 % de notre temps dans des espaces clos. Dans ces espaces, nous respirons des composés organiques volatils (COV), de l’humidité, du monoxyde de carbone, des pneumallergènes. La ventilation mécanique permet un balayage de l’air : l’air extérieur entre par les pièces sèches, est extrait par les pièces humides, et dépollue ainsi l’atmosphère du logement.
Ventilation statique vs ventilation hygroréglable
Les bâtiments construits avant 1982 n’étaient pas équipés de ventilation mécanique. Ils fonctionnent avec de la ventilation naturelle (dite statique), insuffisante pour garantir un renouvellement d’air correct une fois isolés.
La ventilation hygroréglable (type B) adapte automatiquement les débits d’air à l’hygrométrie de chaque pièce. Quand l’activité génère de l’humidité, les bouches s’ouvrent davantage. Quand la pièce est vide, elles se referment. Ce système optimise le confort tout en limitant la consommation d’énergie.
La ventilation dans les bouquets d’aides
La ventilation est aujourd’hui obligatoire pour prétendre aux bouquets d’aides à la rénovation. Impossible d’être éligible à une rénovation performante sans traiter l’eau et la ventilation. Pourtant, les fiches CEE existantes ne permettent pas encore de financer l’ensemble des travaux nécessaires. La filière manque de spécialistes : on fait encore trop souvent appel à un plombier pour remplacer une VMC. Des spécialistes de la ventilation commencent seulement à émerger.

Comment massifier la rénovation énergétique en copropriété à grande échelle ?
250 000 rénovations performantes par an : c’est l’objectif du gouvernement. Pour y parvenir, trois conditions sont nécessaires selon les intervenants de la table ronde.
Simplicité, confiance, garantie : le triptyque de Bouygues Construction
Cyril Bigaut a résumé les trois piliers de l’offre Coprio, l’offre globale ensemblier de Bouygues Construction pour la rénovation en copropriété.
- Simplicité. L’offre globale rassemble tous les acteurs — maître d’œuvre, constructeur, AMO, partenaire bancaire — en un seul contrat. Le copropriétaire comprend rapidement le périmètre et peut se décider plus vite. Or, dans l’environnement actuel, déposer les dossiers rapidement est crucial pour sécuriser les subventions.
- Confiance. L’offre affiche un prix maximum garanti. Elle s’assure que l’ensemble des aides a été sollicité. Elle s’appuie sur un partenaire bancaire identifié. Tout cela crée un environnement rassurant pour des copropriétaires peu familiers des chantiers de grande ampleur.
- Garantie. Bouygues Construction s’engage sur une réduction de consommation énergétique réelle, pas seulement sur une étiquette DPE théorique. L’entreprise garantit également la tenue des délais et sa capacité à substituer une entreprise défaillante. L’interlocuteur unique reste le même en phase de mise au point, pendant les travaux et en SAV — « on sera encore là dans dix ans ».

La stabilité réglementaire, condition sine qua non
Pierre-Marie Perrin (Hellio) a résumé les trois conditions de l’accélération : stabilité réglementaire, confiance dans les acteurs et accompagnement global. Six mois d’arrêt de MaPrimeRénov’ ont coûté cher à la filière. La pérennisation des CEE sur dix ans va dans le bon sens. Mais la fraude reste un risque réel que le passage obligatoire par France Rénov’ doit contribuer à endiguer.
La formation et la montée en compétences
L’enjeu n’est pas seulement financier. Il est aussi humain. La filière manque d’artisans qualifiés, de maîtres d’œuvre spécialisés et de conseillers capables d’accompagner les copropriétés tout au long du parcours. La pédagogie auprès des élus locaux est également citée comme priorité : les maires ont besoin de comprendre les aides pour les mobiliser efficacement au bénéfice de leurs administrés.
Rénovation résiliente : anticiper le climat de demain
Rénover en 2026, c’est rénover pour 2046. Cette perspective change tout.
Strasbourg, ville en surchauffe
Strasbourg est l’une des villes françaises qui se réchauffent le plus vite. La métropole a déjà dépassé les 2°C de hausse par rapport à l’ère préindustrielle — le seuil symbolique fixé par l’Accord de Paris (COP21, 2015). Aurélie Bruder l’a dit clairement : « rénovez aussi de manière résiliente, parce que le bâtiment d’aujourd’hui a un comportement, mais le bâtiment de demain en aura un autre ».
Au-delà du thermique : les autres risques climatiques
La résilience d’un bâtiment rénové doit aujourd’hui intégrer :
- le confort d’été (protection solaire, ventilation nocturne, inertie thermique) ;
- le risque inondation ;
- le retrait-gonflement des argiles ;
- la perte de biodiversité et la préservation des habitats.
L’Agence du Climat de Strasbourg forme ses équipes à la prévention de ces risques et intègre des bonus pour les matériaux biosourcés et les protections extérieures dans ses aides locales.
Remettre l’usager au centre
Cyril Bigaut a proposé de « sortir du dogme de la rénovation énergétique ». Depuis dix ans, le discours porte sur les passoires thermiques, les étiquettes DPE et les économies de chauffage. Mais le réchauffement climatique impose un autre regard : celui du confort d’usage, du bien-être des occupants, et de l’adaptation aux modes de vie futurs — seniors, vagues de chaleur, nouveaux usages. Remettre l’usager au centre de la rénovation énergétique en copropriété, c’est aussi garantir que les travaux répondront aux besoins réels des habitants pour les deux décennies à venir.

