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Développement durable

Réchauffement climatique : un scepticisme persistant malgré l’urgence

Nicolas Moulin, PrimesEnergie.fr

Les climatologues avertissent que nous sommes déjà dangereusement proches de points de basculement. Le réchauffement climatique est-il perçu comme telle par les Français ? Sont-ils prêts à changer ou pensent-ils qu’il est simplement trop tard et qu’il faudra « faire avec » ? Décryptage de Nicolas Moulin, fondateur de PrimesEnergie.fr.

Le réchauffement climatique : un enjeu existentiel traité en mode mineur

Entre le 1er février et le 11 avril, plus de 14 000 articles et sujets ont évoqué les deuxième et troisième volets du dernier rapport du GIEC dans l’ensemble des médias français. Est-ce suffisant pour alerter la population alors que 672 974 articles ont traité de la guerre en Ukraine ?

En effet, les propos d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, lors de la publication du dernier rapport du GIEC sont sans équivoque.

“ Certains gouvernements et dirigeants d’entreprises disent une chose, mais en font une autre. Autrement dit, ils mentent. Et, les résultats seront catastrophiques. (…) Les climatologues avertissent que nous sommes déjà dangereusement proches de points de basculement qui pourraient entraîner des impacts climatiques en cascade et irréversibles.” – Antonio Guterres.

Aussi, dans ce rapport, on prend conscience des conséquences du réchauffement climatique au-delà de +1,5°. Notons qu’actuellement notre trajectoire est plus proche de + 4°. De plus, le troisième volet alerte sur le fait qu’il reste 3 années pour agir et assurer “un avenir vivable”.

Dans le même temps, l’environnement, supposé être l’une des préoccupations majeures des Français, n’a été que peu abordé dans le cadre des débats à la Présidentielle. Certains experts évoquent une forme de déni collectif sur le sujet. D’autres parlent plutôt d’une méconnaissance persistante. Qu’en est-il réellement ? C’est pourquoi, pour en savoir plus, PrimesEnergie.fr, principal financeur privé de la transition énergétique a réalisé une étude avec OpinionWay.

1 Français sur 5 ne croit pas au réchauffement climatique

Nous entendons régulièrement une petite musique qui nous raconte que l’enjeu climatique est désormais intégré par le plus grand nombre. Or, les résultats de l’étude nous montrent que ce n’est pas tout à fait vrai. On observe qu’un Français sur cinq ne croit pas au réchauffement climatique. Et, parmi les autres, la moitié ne semble pas prendre la mesure du défi qui nous attend.

Une dissociation entre le dérèglement climatique et les thématiques sociales

Une part significative des répondants ne fait pas de lien direct entre le dérèglement climatique et les thématiques sociales. Pourtant, les périodes de sècheresse sont de plus en plus intenses en France et dans le monde. C’est le cas actuellement dans l’Ouest des États-Unis. Or, ces dernières vont avoir des conséquences directes sur la production alimentaire, et donc générer ou renforcer une inflation préexistante.

Opposer la lutte pour le climat aux enjeux sociaux est un contresens total. Car, le niveau de réchauffement sur lequel nous pouvons agir aujourd’hui va totalement conditionner nos existences. Aussi, l’ensemble des autres sujets jugés plus prioritaires par la majorité des Français seront tout autant affectés.

Qui sont les 21 % des Français qui se déclarent climatosceptiques ?

réchauffement climatique

 

Pour être plus précis, ce sont 21% des Français qui se déclarent climatosceptiques avec des différences très sensibles selon la région et l’âge. En effet, les habitants confrontés régulièrement aux aléas climatiques sont plus sensibilisés à ces questions. C’est le cas du Sud-Est, où seulement 18% des habitants sont sceptiques face aux phénomènes de réchauffement climatique. Une proportion qui monte à 26% soit plus d’1 Français sur 4 dans le Nord-Ouest du pays.

Toutefois, les plus climatosceptiques (25%) vivent dans des communes de 2 000 à 20 000 habitants contre 20% dans les zones rurales et 18% en région parisienne.

Est-ce une question de conflit de génération ?

Le critère de l’âge est le plus déterminant. Aussi, on observe des écarts de 15 points entre les plus climatosceptiques (29% des 35-49 ans) et les moins climatosceptiques (14% des + de 65 ans). En revanche, la différence n’est pas significative entre les femmes et les hommes (respectivement 21% et 20%).

Fort heureusement, une majorité de Français (79%) ne doutent pas du réchauffement du climat. Néanmoins, ils sont 63% à considérer qu’il y a des sujets plus prioritaires : emploi, sécurité, pouvoir d’achat, santé, etc.

À nouveau, le critère le plus déterminant pour observer des différences de perception est générationnel. Puisque 71% des 35-49 ans considèrent que d’autres sujets sont prioritaires contre 52% des 18-25 ans. Soit près de 20 points d’écart.

Lutter contre le réchauffement climatique… sans changer nos modes de vie ?

Par ailleurs, 75% considèrent qu’il est possible de concilier lutte pour le climat, croissance économique et mode de vie des pays développés en réalisant des économies d’énergie. À nouveau, les 35-49 ans sont les plus enclins à penser cela possible (81% contre 70% chez 25-34 ans et chez les 50 – 64 ans).

Dans le même temps, près de la moitié des Français (47% des personnes interrogées) pensent qu’il est trop tard pour inverser le cours du réchauffement climatique et même 57% pour les 35-49 ans.

À l’inverse, 44% des jeunes de 18 à 24 ans et seulement 39% des + de 65 ans pensent qu’il est trop tard. Les plus jeunes et les plus anciens se rejoignent dans une forme d’optimisme.


Étude et analyse réalisée au 1er trimestre 2022 par OpinionWay auprès d’un échantillon de 1022 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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