Un maire bâtisseur est-il condamné à perdre les élections ? La FPI Île-de-France répond avec des chiffres. Dans son étude, la fédération croise les données du CAPEM sur les mises en vente de logements neufs avec les résultats électoraux de 41 communes franciliennes sur trois mandats (2008-2025). Le verdict est net : 71 % des maires bâtisseurs ont été réélus. Loin de sanctionner les élus qui construisent, les électeurs les plébiscitent. En pleine crise du logement et à quelques semaines des municipales 2026, cette étude tombe à point nommé — et bouscule 40 ans d’idées reçues.
Sommaire :
- Le mythe du maire bâtisseur battu : d’où vient-il ?
- Que disent vraiment les chiffres sur le maire bâtisseur ?
- Pourquoi le maire bâtisseur dure-t-il plus longtemps ?
- Élections municipales 2026 : quels enjeux pour les maires bâtisseurs ?
À retenir – Maire bâtisseur et élections municipales
- 71 % des maires bâtisseurs ou de leur majorité ont été réélus à l’issue des élections 2014 et 2020 en Île-de-France.
- La longévité moyenne d’un maire bâtisseur s’élève à 15 ans sur les trois derniers mandats franciliens.
- Le mandat 2014-2020, le plus prolifique en construction neuve, est aussi celui qui a enregistré le plus fort taux de réélection (62 %).
- 56 % des maires bâtisseurs ont remporté au moins trois élections successives sur 18 ans.
- L’adage “maire bâtisseur, maire battu” est une croyance infondée qui freine la construction et aggrave la crise du logement.
Le mythe du maire bâtisseur battu : d’où vient-il ?
Un adage apparu dans la presse politique des années 1980
L’expression “maire bâtisseur, maire battu” circule depuis les années 1980 dans la sphère politique française. Pourtant, cet adage n’a aucun fondement scientifique concret, comme le souligne Bruno Halluin, Fondateur de DReAM et Co-Président de la FPI Île-de-France. Il s’est répandu dans la bouche des élus locaux. Aujourd’hui encore, il alimente leur réticence à engager des projets immobiliers sur leur territoire.

Cette croyance repose sur un présupposé intuitif. Les riverains, hostiles aux nuisances de chantier et à la densification urbaine, sanctionneraient le maire qui construit. Elle suppose aussi que les opposants aux programmes neufs et aux permis de construire votent davantage que les ménages en attente d’un logement. Or, cette intuition ne s’appuie sur aucune étude sérieuse. Elle relève du récit politique, non de la réalité électorale.
Une croyance qui aggrave la crise du logement
Les conséquences de ce mythe sont bien réelles. La crise du logement en Île-de-France frappe des milliers de familles laissées pour compte. Cette croyance limitante est donc dangereuse, rappelle Bruno Halluin. Ainsi, certains maires interdisent les grues six mois avant les scrutins municipaux.
D’autres font même campagne sur le nombre de permis de construire refusés, commente Julien Pemezec, Directeur Général Délégué de Cogedim et Co-Président de la FPI Île-de-France. Paradoxalement, ces mêmes élus reconnaissent que le logement est au cœur de toutes leurs permanences. Ce blocage préélectoral aggrave la pénurie de logements et freine directement l’accession à la propriété des primo-accédants franciliens.
En définitive, le maire bâtisseur se censure par peur d’une sanction électorale que l’étude FPI IDF infirme.
Que disent vraiment les chiffres sur le maire bâtisseur ?
Une étude portant sur 41 communes et 18 ans de données
La FPI Île-de-France a mené une analyse rigoureuse. Elle croise les données du CAPEM (Centrale d’Analyse du Parc d’Entreprises et de l’Immobilier) sur les mises en vente de logements neufs avec des résultats électoraux vérifiés. Le périmètre couvre trois cycles municipaux : 2008-2014, 2014-2020 et 2020-9 mois 2025.
Pour chaque cycle, l’étude sélectionne les 20 communes enregistrant les plus forts volumes de mises en vente aux particuliers. Au total, 61 observations couvrent 41 communes distinctes. Parmi elles :
- 25 communes n’apparaissent que sur une seule période (61 %)
- 12 communes apparaissent sur deux périodes (29,3 %)
- 4 communes apparaissent sur les trois périodes (9,8 %)
Cet échantillon représente 25 % des mises en vente observées sur l’ensemble de l’Île-de-France. La production totale atteint 105 427 mises en vente, réparties comme suit :
- 34 194 mises en vente sur 2008-2014
- 47 168 sur 2014-2020
- 24 065 sur 2020-9 mois 2025 (cycle incomplet)

71 % des maires bâtisseurs réélus : le chiffre qui fait tomber le mythe
L’étude ne révèle aucune sanction électorale automatique liée à une forte production de logements neufs. Sur les mandats clos (2008-2014 et 2014-2020), 54 % des maires les plus bâtisseurs ont été réélus. Seuls 22 % ont été battus. En outre, quand le maire sortant ne se représente pas mais que la majorité reste en place, la continuité politique atteint 71 %.
Ce chiffre est décisif. Dans près de trois cas sur quatre, la commune qui construit massivement conserve son orientation politique. La sanction tant redoutée du maire bâtisseur reste donc l’exception, non la règle.
Le mandat le plus bâtisseur est aussi le plus victorieux
Le mandat 2014-2020 aura été le plus prolifique en matière de logements neufs depuis plusieurs décennies. Il bat tous les records avec 47 168 mises en vente. Or, c’est précisément lors de ce mandat que les maires bâtisseurs enregistrent leur meilleur score électoral : 62 % d’entre eux remportent les élections suivantes, contre 45 % pour le mandat 2008-2014.
Cette corrélation est remarquable. Elle montre que les périodes de forte dynamique immobilière profitent politiquement aux élus. Les électeurs réagissent davantage à l’attractivité de leur commune et à la réponse apportée à la demande de logement qu’aux nuisances de chantier.
Pourquoi le maire bâtisseur dure-t-il plus longtemps ?
15 ans de longévité moyenne : un résultat qui interpelle
L’étude FPI IDF révèle un résultat frappant sur la longévité politique des maires bâtisseurs. En Île-de-France, sur les trois derniers mandats, un maire bâtisseur reste en poste 15 ans en moyenne. C’est l’équivalent de deux mandats et demi. En détail :
- 56 % des maires bâtisseurs remportent au moins trois élections successives sur 18 ans
- 37 % occupent leur poste plus de 20 ans, dont certains au-delà de 30 ans
Ces chiffres sont sans ambiguïté : construire ne nuit pas à la longévité. Au contraire, les élus qui s’engagent dans des projets de construction bénéficient d’une légitimité durable auprès de leurs électeurs.
L’engagement en faveur du logement comme atout politique
Plusieurs facteurs expliquent cette durabilité. Un maire bâtisseur apporte des équipements publics, des commerces et des emplois à sa commune. Il génère une dynamique urbaine visible. Par ailleurs, les nouveaux logements attirent de nouveaux habitants, qui deviennent à leur tour des électeurs.
En Île-de-France, la pression sur le marché locatif est telle que l’offre de logements neufs répond à une attente forte des ménages. Les programmes neufs en VEFA (Vente en l’État Futur d’Achèvement) renforcent aussi l’attractivité communale et la vitalité du tissu urbain. Enfin, les communes engagées dans un PLH (Programme Local de l’Habitat) ambitieux envoient un signal de sérieux aux électeurs comme aux partenaires institutionnels du Grand Paris.
Élections municipales 2026 : quels enjeux pour les maires bâtisseurs ?
Un contexte de crise du logement qui change la donne
Les élections municipales de mars 2026 se déroulent dans un contexte immobilier particulièrement tendu. Depuis 2022, la crise du logement neuf s’aggrave : les taux d’intérêt montent, les mises en chantier s’effondrent, les permis de construire reculent. En Île-de-France, la tension immobilière prive des milliers de familles d’un logement adapté.
Par ailleurs, les obligations de la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain) continuent de peser sur les communes en déficit de logements sociaux. Dans ce contexte, le maire bâtisseur n’est plus seulement un acteur économique. Il devient un acteur social et territorial incontournable, au cœur de l’aménagement du territoire francilien.
La FPI Île-de-France représente plus de 100 sociétés de promotion adhérentes. Le chiffre d’affaires de la promotion privée en France atteint 43,1 milliards d’euros, dont environ 40 % en Île-de-France. La fédération entend peser dans le débat électoral. Son étude vise clairement à lever les réticences des candidats aux municipales vis-à-vis de la construction.
Un message clair à destination des candidats aux municipales
La FPI IDF adresse un message sans ambiguïté aux futurs maires : construire des logements neufs ne condamne pas aux urnes. Au contraire, cela s’inscrit dans une dynamique politique favorable. L’étude invite donc les candidats à assumer pleinement leur rôle, à communiquer sur leurs projets immobiliers et à résister à la tentation du blocage préélectoral.
La demande de logement préoccupe les Franciliens. Un élu qui construit envoie un signal fort : il agit, il répond aux besoins, il prépare l’avenir de sa commune. C’est précisément ce profil que l’étude FPI IDF identifie comme le plus durable politiquement.

