Interview de Philippe Boué, PDG de Schindler France

Six questions à Philippe Boué, président directeur général de Schindler France. Il évoque avec nous les innovations mises en œuvre pour répondre au défi de la pandémie. Quelles sont les mesures qui permettent d’éviter les pannes et qui garantissent l’accès de tous les Français à leur logement ?

À propos de Schindler France…

Le groupe Schindler est l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’ascenseurs. Un leader, pas seulement dans l’ascenseur, mais aussi dans l’escalier mécanique, le trottoir roulant et tous les autres produits qui permettent de gérer la mobilité dans les bâtiments. C’est un groupe familial d’origine suisse qui est en France depuis le début des années 60 par le rachat de la fameuse société Roux-Combaluzier.

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Car avant de prendre la marque Schindler, c’était la société Roux-Combaluzier Schindler. En France, on emploie près de 2800 collaborateurs. Effectivement, nous couvrons toutes les activités de l’ascenseur et des escaliers mécaniques. C’est-à-dire, le design, l’installation, la maintenance, la réparation et la rénovation. Aussi, nous garantissons le bon fonctionnement de plus de 100 000 appareils en France.

Quelles mesures avez-vous mis en place chez Schindler pour répondre au défi de la pandémie ?

Très rapidement et dès le début du premier confinement, notre métier a été ciblé comme essentiel. Au sens où on a une mission de quasi-service public pour le maintien des citoyens à domicile. Notre intervention est nécessaire. D’ailleurs, le ministre du Logement avait appelé notre industrie à être sur le pont pour pouvoir assurer la maintenance des appareils.

Bien sûr, la réparation des ascenseurs devient plus complexe à gérer lorsque tous les citoyens sont confinés chez eux. Puisque l’on ne connait pas les taux de progression de l’épidémie. Nous devions aussi protéger nos techniciens qui pouvaient tomber malade. Toutefois, nous avons pu réagir et mettre en place une organisation qui respectait les gestes barrières pour assurer les opérations de maintenance classiques des techniciens sur le terrain. La protection de notre technicien était bien sûr ma priorité et celle du groupe Schindler.

Par ailleurs, dans les copropriétés, on s’est aperçu que les résidents étaient chez eux. Cela a eu un effet sur l’intérêt grandissant qu’ils portaient à l’activité du technicien de maintenance sur place. Cette implication des copropriétaires s’est faite en bonne intelligence. En définitive, on peut dire que l’on a pu assurer nos obligations de service de façon quasi normale pendant toute cette période.

Pouvez-vous nous parler de quelques innovations développées par Schindler pendant cette période de pandémie ?

Tout d’abord, on est un groupe et nous opérons dans le monde entier. J’ai aussi personnellement, une expérience en Asie. En effet, il y a une dizaine d’années, le SRAS a fait en sorte que des villes très urbaines, très denses d’Asie du Sud-Est puissent développer des solutions pour se protéger contre les virus.

Chez Schindler France, nous avons pu aussi bénéficier de ces innovations en France et en Europe. En tant qu’ascensoristes, nous devons faire face à la crainte du grand public. En effet, la cabine d’ascenseur reste un espace très confiné et peu aéré où le virus peut proliférer… On peut considérer qu’il y a une zone de risque particulière avec les mains courantes, mais aussi dans l’air. Donc, il s’agissait pour nous d’apporter très rapidement des solutions.

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C’est pourquoi, nous avons développé 11 solutions au total. Elles couvrent aussi bien les escaliers mécaniques que les ascenseurs. Ces solutions s’adressent aux centres commerciaux, aux gares, mais peuvent être aussi présentes dans la cabine d’ascenseur traditionnel de votre copropriété.

Schindler - 11 solutions sanitaires
Source : https://www.schindler.com/fr

 

On peut citer en particulier un système par UV, qui nettoie la cabine et qui retire 99,2% des virus en un temps de cycle assez réduit. Lorsqu’il n’y a pas de passagers puisque c’est un système avec UV.

On peut aussi évoquer l’ascenseur que l’on appelle sans avoir à toucher les boutons. En effet, une solution consiste à relier l’ascenseur à une application ou vous pouvez commander directement votre ascenseur. On le voit beaucoup dans le tertiaire, vous commandez l’ascenseur au palier. Sachez que l’on a des solutions identiques pour les copropriétés. Une autre technologie consiste à remplacer la boîte à boutons. Cette fois, vous approchez votre doigt à quelques millimètres sans avoir à toucher le bouton et automatiquement, il y a détection. Le système enregistre votre intention de déclencher cet appel.

Voilà quelques solutions nous avons développé en un temps record en mettant en collaboration différents services techniques de nos filiales dans le monde entier.

Comment éviter les pannes d’ascenseur en copropriété ? J’aimerais avoir votre avis sur ce que l’on appelle la maintenance prédictive.

Avant d’aborder ce sujet, j’aimerais rappeler aux copropriétaires que 70% des pannes d’ascenseurs proviennent des portes. En effet, les portes actionnent un organisme mécanique, qui fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et pour une durée de 25 ou 30 ans. Alors évidemment, on doit les régler à intervalles réguliers. Toutefois, en évitant au maximum les chocs sur ces portes, on pourrait éliminer 50 % à 60 % des pannes !

Car finalement, ce n’est que le bon usage de l’ascenseur. Aussi, je rappelle quelques règles simples, il ne faut pas arrêter les portes avec le bras ou avec la main ni donner des coups de pied. En général, il suffit de placer la main ou le bras, car la porte est équipée de capteurs. Si ce n’est pas le cas, il faut alors laisser les portes se fermer et ne pas les toucher.

La maintenance prédictive Schindler à l’ère de l’ascenseur connecté

Revenons maintenant sur le sujet de la maintenance prédictive qui est aussi celui de l’ascenseur connecté. Schindler livre depuis 2018 tous ses ascenseurs avec une box que l’on appelle “un cube” qui connecte l’ascenseur à l’extérieur. C’est-à-dire à notre Cloud, mais aussi à une application qui est embarquée sur le toit de la cabine. Ainsi, par un jeu de capteurs, nous pouvons identifier un certain nombre de paramètres et de variables.

D’ailleurs, puisque j’évoquais le bon usage des portes, on peut donc à distance grâce à cette application analyser les temps de fermeture ou d’ouverture des portes. De sorte que s’ils sont en dehors d’une certaine norme et selon un certain écart, un signal pourra déclencher la visite d’un technicien, d’une intervention ou simplement d’un message.

Cette application de maintenance prédictive permet également de remettre à niveau des ascenseurs à distance. Par ailleurs, il est possible de redémarrer l’ascenseur ou de le mettre à l’arrêt à cause d’une panne d’électricité. Tous ces applicatifs sont assez simples et équipent aujourd’hui les ascenseurs qui sont connectés. Bien évidemment, sur les 600 000 ascenseurs du parc français, tous ne sont pas connectés. Aussi, nous procédons progressivement aux mises aux normes et améliorations techniques des biens d’équipement. D’ailleurs, nous incitons à la modernisation des ascenseurs existants par des campagnes de promotion pour des ascenseurs Schindler, mais aussi pour des marques différentes.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les résultats obtenus ?

Tout à fait. Nos analyses ont démontré sur une base assez large, pas uniquement en France, que l’on peut réduire entre 20 et 30 % le nombre de pannes à cette première étape de maintenance prédictive. Nos équipes de développement et de recherche continuent d’améliorer ces résultats grâce à l’intégration du big data et de l’intelligence artificielle. Nous travaillons également au jumeau numérique. C’est-à-dire que nous simulons en numérique, la vie réelle d’un ascenseur installé.

De sorte que l’on peut espérer étendre encore ce taux de réduction de pannes. Il est très important aussi de mentionner que cette maintenance prédictive vient en addition de la maintenance traditionnelle pour les parties mécaniques en particulier. Je crois que c’est l’avenir de la profession d’avoir effectivement ces deux cartes en main.

Est-ce que cette maintenance qui fait appel à l’intelligence artificielle n’attire pas aussi de nouveaux concurrents ?

La concurrence est saine, toute l’industrie progresse aussi par de nouvelles idées. D’ailleurs, elles peuvent germer de l’intérieur, et c’est le cas chez Schindler en particulier. Certes, elles peuvent aussi venir de nouveaux concurrents qui s’installent et qui arrivent avec un business model un peu différent. On compte à peu près 250 sociétés de maintenance d’ascenseurs en France. C’est un marché en croissance qui accueillent régulièrement de nouveaux entrants, car le parc installé ne fait que croître. De plus, la rénovation et la modernisation avec un parc installé qui vieillit génèrent aussi beaucoup d’activité. C’est tout à fait normal et sain qu’il y ait de nouveaux concurrents qui viennent nous challenger.

Je suis intéressé par ce fourmillement d’idées nouvelles notamment en ce qui concerne la maintenance prédictive. Mais aussi sur la partie relation client, car nous sommes sur une tripartie entre copropriétaires, syndic et ascensoristes. On peut travailler de concert et de façon encore plus efficace pour le bénéfice des passagers. Notre objectif est de réduire au maximum les pannes comme nous l’avons déjà évoqué.

Plus précisément, nous avons un mode de fonctionnement interne au niveau mondial. Grâce à une collaboration de toutes les forces vives de notre organisation, nous travaillons à élaborer de nouvelles innovations. Aujourd’hui, on peut collaborer de façon virtuelle au sein de la même entreprise et on a évidemment une force de frappe qui est assez importante. Notre ambition au sein du groupe Schindler et de pouvoir adresser tous les segments et de servir tous nos types de clients.

Lorsque que l’on n’a pas pu éviter la panne, quels services proposez-vous aux occupants des immeubles en copropriété ?

Nous avons commencé à commercialiser en 2019, notre solution “e-Groom”. C’est la première conciergerie ascensoriste en France. C’est un système de portage que l’on met en œuvre avec une société d’assurance. Toutes les interactions vont se faire à travers une application. Ainsi, ce système de conciergerie est un dispositif qui répond aux occupants de l’immeuble lorsque l’ascenseur est à l’arrêt.

En effet, c’est un système de portage pour les biens essentiels : livraison de repas, de courses, de médicaments, etc. C’est une tranquillité d’esprit pour toutes les copropriétés et pour les résidents à mobilité fortement réduite.

Nous sommes perçues comme une société industrielle, car on fabrique des ascenseurs des usines. Puis on les installe dans des bâtiments en construction. Mais tout le reste du cycle de vie de l’ascenseur consiste pour nous à apporter un service qui consiste à transporter des résidents dans un immeuble. Toutefois, on peut considérer que notre rôle va bien au-delà du seul transport. Puisqu’il faut évidemment prendre en compte le cas où l’ascenseur peut être à l’arrêt. Ce sera le cas pour une panne, mais aussi pour une maintenance programmée ou pour une rénovation.

Chez Schindler, cela fait déjà de nombreuses d’années que nous avons entamé ce changement culturel pour passer d’une culture industrielle à une culture de service. Aussi, progressivement, nous apportons une offre complémentaire. On peut la qualifier de services à la personne. Notamment avec le vieillissement de la population, il faut prendre en compte de plus en plus les mobilités très réduites dans les bâtiments où l’ascenseur est complètement essentiel et vital pour l’accessibilité.

Pensez-vous que l’évolution de la réglementation a répondu au besoin d’une meilleure accessibilité du logement en France ?

Mécaniquement, oui. Pour autant, beaucoup de développeurs installaient déjà un ascenseur pour des immeubles en R +3. Aussi, le fait de passer de R+4 à R+3 n’a pas créé un marché extraordinaire en termes de volume. Ces grandes mesures de la loi Elan répondent, en effet, à ce besoin de mobilité accrue. Bien entendu, pour les développeurs, l’intérêt porte sur la commercialisation et la valorisation de leurs biens immobiliers.

Face à une population vieillissante, il est nécessaire d’avoir cette solution de mobilité verticale. Alors, d’ici à savoir si elle doit être à R +3 ou R+2, le législateur a tranché… Tout cela est une affaire, une affaire de temps. Nul doute que le législateur prendra dans le futur, des mesures complémentaires.

Pensez-vous que les travaux qui concernent la mobilité verticale pourrait être encouragée et aidée de la même façon que la rénovation énergétique ?

Oui, en France, on a l’habitude de procéder à cette transition énergétique par le biais d’initiative fiscale ou autres aides. Effectivement, il serait normal d’ajouter quelques mesures pour faciliter cette transition énergétique.

À cet égard, nous proposons dans nos offres, une rénovation des moteurs pour une faible consommation d’énergie. En particulier, pour des copropriétés qui possèdent plusieurs ascenseurs. Nous pouvons aussi envisager de changer la manœuvre traditionnelle de commande par des commandes au palier qui permettent une optimisation du trafic. Cette évolution offre ainsi un meilleur balancement du trafic passager par cabine pour que le transport se fasse avec une énergie moindre.

De nombreuses solutions existent déjà ou sont en cours de développement. On peut les mettre en place dans les copropriétés même avec un seul ascenseur sur un bâtiment en R+5. Certes, dans cette configuration, les gains seront assez minimes. Toutefois, si vous passez sur une copropriété beaucoup plus importante, avec par exemple quatre ascenseurs en batteries, le bénéfice deviendra nettement plus significatif.

En ce qui concerne, la question du financement, cela reste le nerf de la guerre. Nul doute que là aussi, les pouvoirs publics prendront en compte ce petit coup de pouce bien nécessaire.

Le mot de la fin

Avant de conclure cet entretien, je voudrais vous remercier pour votre invitation. C’est un plaisir pour moi de pouvoir expliquer ce que Schindler apporte dans le monde de l’ascenseur. En effet, comme nous l’avons évoqué, l’ensemble de nos techniciens, nos collaborateurs sont vraiment orientés qualité de service. Ils souhaitent apporter le maximum de transparence sur l’utilisation de l’ascenseur. Et visent également à valoriser le patrimoine. En définitive, l’ascenseur à une durée de vie de 25 à 30 ans, ce qui reste assez court par rapport à la vie d’un immeuble. Donc, une bonne valorisation du patrimoine consiste évidemment à une bonne maintenance au départ. Puis, il faut veiller à programmer des opérations de rénovations régulières.

Nous sommes bien sûr à la disposition de tous les copropriétaires et des syndics. Le maître mot, c’est la transparence. Nous devons travailler de concert pour programmer et bien envisager les mesures nouvelles. De même, les ascenseurs connectés ainsi que les innovations en matière de maintenance doivent à l’avenir nous permettre de diminuer encore le risque de pannes tout en assurant une meilleure valorisation du patrimoine.

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