65 % des actions en justice initiées par les locataires visent la non-restitution du dépôt de garantie, selon le ministère de la Justice. Un litige sur deux naît d’une mésentente sur les réparations. Or, depuis le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016, pris en application de la loi ALUR du 24 mars 2014, la grille de vétusté offre un cadre juridique précis. Elle distingue l’usure normale des dégradations imputables au locataire. Elle répartit les frais de remise en état de façon objective. Pourtant, la grille de vétusté protège-t-elle vraiment les deux parties de façon égale ?
Sommaire :
- Qu’est-ce que la grille de vétusté ?
- Grille de vétusté et état des lieux : quelle articulation ?
- Comment évaluer la vétusté et appliquer les coefficients ?
- Vétusté du logement : qui paie quoi ?
- Que faire si le locataire refuse de payer ?
- La grille de vétusté est-elle vraiment équitable ?
À retenir – Grille de vétusté
- La grille de vétusté distingue usure normale et dégradations imputables au locataire.
- Elle est encadrée par le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016, pris en application de la loi ALUR.
- Non obligatoire, elle protège le bailleur en cas de litige sur le dépôt de garantie.
- La vétusté est à la charge du propriétaire ; les dégradations incombent au locataire.
- La CGL dénonce l’absence d’encadrement national des grilles imposées aux locataires.

Qu’est-ce que la grille de vétusté ?
La grille de vétusté est un document juridique. Elle établit le niveau d’usure d’un logement. Elle permet au propriétaire de déterminer si une détérioration résulte du temps ou d’une dégradation commise par le locataire.
Définition légale de la vétusté
Le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 définit la vétusté à son article 4. Il la qualifie d’« état d’usure ou de détérioration résultant du temps ou de l’usage normal des matériaux et éléments d’équipement dont est constitué le logement ». L’article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 complète ce cadre. Il précise que le locataire prend à sa charge les réparations locatives, sauf si la vétusté en est la cause.
La grille de vétusté : un outil de répartition des frais
La grille de vétusté n’est pas obligatoire, contrairement à l’état des lieux d’entrée et de sortie. Néanmoins, elle anticipe les coûts de remise en état. Elle recense les principaux matériaux et équipements du logement. Elle leur associe une durée de vie théorique et des coefficients d’abattement annuels.
Dès lors, le propriétaire objective ses demandes de remboursement. Le locataire, de son côté, comprend les retenues opérées sur son dépôt de garantie.
Grille de vétusté et état des lieux : quelle articulation ?
La grille de vétusté et l’état des lieux sont deux documents complémentaires. L’un décrit l’état du logement. L’autre mesure son usure et calcule les frais imputables en cas de dégradation.
Le contenu obligatoire de l’état des lieux selon la loi ALUR
Le décret du 30 mars 2016 fixe le contenu minimal de l’état des lieux. À l’entrée comme à la sortie, le document doit mentionner le type d’état des lieux, sa date et la localisation du logement. Il indique l’identité des parties, les relevés des compteurs individuels d’eau ou d’énergie, ainsi que le détail des clés. Il décrit précisément l’état des revêtements de sols, murs et plafonds pour chaque pièce. Les parties le signent au moment de sa remise.
À la sortie, trois mentions s’ajoutent. Le locataire renseigne son nouveau domicile. La date de l’état des lieux d’entrée figure dans le document. Les évolutions constatées depuis l’entrée y sont consignées. Le document peut être établi sur support papier ou électronique. Chaque partie en reçoit un exemplaire.

L’état des lieux : un document obligatoire, la grille : facultative
L’état des lieux s’impose pour toute location meublée ou non meublée à usage de résidence principale. La grille de vétusté, en revanche, reste facultative. Toutefois, sans elle, la répartition des frais repose sur la seule appréciation subjective des parties. C’est précisément là que naissent les litiges.

Comment évaluer la vétusté et appliquer les coefficients ?
Le décret du 30 mars 2016 impose deux éléments minimaux dans toute grille de vétusté. La grille doit d’abord indiquer la durée de vie théorique des principaux matériaux et équipements. Elle doit ensuite fixer des coefficients d’abattement forfaitaire annuels. Ces coefficients réduisent le coût des réparations locatives à la charge du locataire.
Durées de vie théoriques : les principaux matériaux
Le principe de calcul est simple. On estime d’abord la durée de vie théorique d’un équipement. Les peintures, par exemple, ont une durée de vie de 10 ans. On applique ensuite un taux d’abattement pour chaque année écoulée. Sans franchise, les peintures atteignent donc 50 % d’usure au bout de 5 ans. Autrement dit, le taux d’abattement annuel est de 10 % — soit 100 % divisé par 10 ans. En conséquence, le locataire ne supporte que la part non amortie du coût de remplacement.

La franchise : une période sans abattement
La grille de vétusté prévoit souvent une franchise initiale. Pour les peintures, cette franchise est d’un an. Durant cette période, aucun abattement ne s’applique. Le locataire supporte donc 100 % du coût en cas de dégradation. À partir de la deuxième année, le taux d’abattement entre en jeu. Par exemple, dès l’année 2, le locataire ne paie plus que 90 % du coût des réparations.


Vétusté du logement : qui paie quoi ?
La règle est simple. Les réparations liées à la vétusté incombent au propriétaire. Celles qui résultent de dégradations ou d’un défaut d’entretien restent à la charge du locataire.
Les réparations à la charge du propriétaire
Le propriétaire assume toute usure résultant du temps et d’un usage normal. Une serrure ancienne qui se bloque, une robinetterie usée, une peinture dont la durée de vie théorique est dépassée : dans ces cas, le bailleur paie.
Les réparations à la charge du locataire
En revanche, le locataire répond des dégradations causées par un usage anormal ou par un défaut d’entretien. L’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 le confirme explicitement. Le locataire assure l’entretien courant et les menues réparations. Il n’échappe à cette obligation que si la vétusté en est la cause.

Que faire si le locataire refuse de payer ?
Le locataire refuse parfois de prendre en charge des dégradations avérées. Ce scénario est fréquent. Plusieurs recours s’offrent au bailleur.
Utiliser le dépôt de garantie
Le bailleur déduit du dépôt de garantie les frais de remise en état des éléments dégradés. Pour cela, ces dégradations doivent figurer dans l’état des lieux de sortie. Il produit des devis d’artisans ou des factures de matériaux. En revanche, le temps personnel passé à réaliser les travaux ne se facture pas. Il ne peut donc pas s’imputer sur le dépôt de garantie.
Faire appel à une protection juridique ou à une GLI
Si le locataire conteste les retenues, le bailleur active sa protection juridique. Un juriste prend en charge le litige. Il intervient d’abord à l’amiable. Si nécessaire, il engage une procédure judiciaire. Par ailleurs, une garantie loyers impayés (GLI) avec option « détérioration immobilière » mobilise l’assureur. Ce dernier indemnise alors directement le propriétaire.
La grille de vétusté est-elle vraiment équitable ?
Le décret du 30 mars 2016 visait à pacifier les relations entre bailleurs et locataires. Pour la Confédération Générale du Logement (CGL), le résultat reste décevant.
Les critiques de la CGL
La CGL a participé à l’élaboration du décret devant la Commission nationale de concertation. Elle a défendu l’idée que fixer une durée de vie standard pour chaque équipement reste une approche trop rigide.
Michel Fréchet, Président de la CGL, estime alors que la grille de vétusté donne l’illusion de faciliter la restitution du logement. En réalité, elle rogne sur les droits des locataires. La grille ne s’applique qu’à la fin du bail. Ainsi, un locataire qui remet à neuf un équipement en cours de contrat n’en tire aucun bénéfice.
La CGL pointe aussi l’absence d’encadrement national. Les grilles proviennent d’accords collectifs locaux. Aucune concertation nationale ne les encadre au préalable. Pourtant, le bailleur peut les imposer au locataire dès la signature du bail, sans possibilité de négociation.
Un système à double usage
La CGL relève par ailleurs que la plupart des grilles intègrent une franchise et une quote-part résiduelle. Ces mécanismes augmentent mécaniquement les frais du locataire. Pourtant, ces mêmes grilles ne servent jamais à contraindre le bailleur à remplacer des équipements vétustes en cours de bail. En pratique, le système joue uniquement en défaveur du locataire, en fin de contrat.
Dès lors, la grille de vétusté reste un outil utile pour objectiver les frais. Néanmoins, son équilibre réel dépend de la grille choisie et de la bonne foi des deux parties.


