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Logement

Décarbonation des logements : 7 000 € économisés par foyer d’ici 2050

Décarbonation des logements : 7 000 € économisés par foyer d’ici 2050

​La France dépense chaque année 15 milliards d’euros pour rénover son parc résidentiel. Pourtant, l’objectif officiel exigerait plus du double. Face à ce mur financier, le think tank Équilibre des Énergies (EdEn) publie une étude décisive. En effet, une stratégie alternative de décarbonation des logements permettrait d’atteindre le zéro émission en 2050 pour 575 milliards d’euros, soit 215 milliards de moins que le scénario actuel — et 7 000 € d’économies par logement. Le constat est sans appel : la trajectoire officielle est hors de portée. Il faut choisir entre tout rénover ou vraiment décarboner.


Sommaire :


À retenir – Décarbonation des logements : l’alternative d’Équilibre des Énergies

  • La stratégie officielle de rénovation globale exige 790 milliards d’euros sur 25 ans, soit le double de l’effort actuel.
  • La stratégie efficace d’EdEn économise 210 milliards d’euros, soit 7 000 € par logement.
  • L’objectif prioritaire est la sortie totale des énergies fossiles d’ici 2050, avec un plancher DPE classe C.
  • La pompe à chaleur équipera 57 % du parc résidentiel existant en 2050.
  • Les logements classés G, dits zone rouge, doivent être traités en totalité avant 2035.

La stratégie officielle de rénovation globale est-elle vraiment tenable ?

Un objectif ambitieux mais financièrement hors d’atteinte

Depuis plusieurs années, la politique française de décarbonation des logements s’appuie sur un principe central. L’objectif consiste à porter l’ensemble du parc résidentiel au niveau B du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) d’ici 2050. Cette ambition combine isolation thermique poussée, amélioration de l’enveloppe thermique du bâti et sortie des énergies fossiles. Elle est légitime sur le plan climatique. Mais elle se heurte à un obstacle majeur : le financement.

Selon l’étude d’Équilibre des Énergies, cette stratégie de rénovation globale nécessiterait 790 milliards d’euros sur 25 ans, soit 31,6 milliards d’euros par an. Or, les investissements publics et privés actuellement mobilisés représentent environ 15 milliards d’euros par an (source : I4CE, Panorama des financements climat, septembre 2025). L’écart est colossal. Il faudrait doubler l’effort, ce qu’aucun budget public ni aucun pouvoir d’achat des ménages ne peut absorber dans les délais impartis.

La rénovation globale, aussi appelée deep renovation dans le vocabulaire européen, peut atteindre jusqu’à 70 000 € par logement. En parallèle, les Français se disent prêts à y consacrer en moyenne 3 844 € hors aides, selon le 10e baromètre Teksial-Opinionway. L’équation est impossible. La preuve en est : le budget 2025 de MaPrimeRénov’ a été épuisé en seulement six mois. Les certificats d’économies d’énergie (CEE) et l’éco-PTZ ne suffisent pas à combler le reste à charge.

Des résultats très en deçà des objectifs

Le décalage entre les ambitions et les réalisations est patent. La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC3) fixait un objectif de 700 000 rénovations par an d’ici 2030, dont 250 000 rénovations d’ampleur. En 2025, seules 120 306 rénovations d’ampleur ont été réalisées — moins d’un cinquième de l’objectif. La mécanique de rénovation d’ampleur a même été mise en pause à l’été 2025, faute de crédits suffisants.

« Victime de sa forte ambition et du contexte économique, la stratégie de rénovation énergétique des logements semble difficilement soutenable. Il est impératif de recentrer l’action publique sur l’essentiel : la sortie des énergies fossiles. » – Dominique Bussereau, ancien ministre et président d’Équilibre des Énergies.

Par ailleurs, l’appareil réglementaire pose un problème de fond. Le DPE, conçu autour de la consommation en énergie primaire, pénalise structurellement l’électricité. Le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire, longtemps fixé à 2,58, a certes été abaissé à 2,3 au 1er janvier 2026 — un progrès insuffisant. Or, l’électrification est précisément la principale voie de décarbonation. L’inadéquation entre l’outil de mesure (le DPE) et l’objectif réel (réduire les émissions de CO₂) freine la transition énergétique du parc résidentiel et locatif.

Quels sont les fondements d’une stratégie de décarbonation efficace ?

Recentrer la priorité sur la sortie des fossiles

Équilibre des Énergies propose une rupture de méthode. Plutôt que de viser le niveau B pour tous, la stratégie « efficace » fixe un seul objectif prioritaire : la sortie totale des énergies fossiles d’ici 2050. Cet objectif est à la fois climatique, économique et stratégique — la crise gazière liée aux tensions géopolitiques récentes le confirme. Il s’inscrit dans la logique de neutralité carbone portée par la loi Énergie-climat et le code de l’énergie (article L.100-4).

​« Il n’est pas possible de répondre à une double ambition de réduction drastique des consommations et de sortie intégrale des énergies fossiles à un horizon aussi rapproché que 2050. Il faut donc faire des choix. » – Dominique Bussereau, ancien ministre et président d’Équilibre des Énergies.

En pratique, cela signifie viser le niveau classe C du DPE comme plancher minimal (Cep < 180 kWhep/m².an), combiné à un seuil d’émissions de gaz à effet de serre à l’exploitation (EGES) inférieur à 11 kg CO₂eq/m².an en 2050. Cette approche est pragmatique : elle ne renonce pas à la qualité thermique du bâti, mais elle calibre l’effort au niveau réellement atteignable par les ménages et les finances publiques.

La stratégie repose sur deux leviers combinés :

  • le remplacement systématique des systèmes de chauffage fossiles par des équipements bas-carbone (pompes à chaleur, chauffe-eau thermodynamiques, raccordement aux réseaux de chaleur urbains) ;
  • des gestes ciblés de rénovation du bâti — isolation des combles, des murs, remplacement des menuiseries — uniquement lorsqu’ils sont économiquement pertinents et techniquement nécessaires pour atteindre la classe C.

Une économie de 210 milliards d’euros sur 25 ans

Concrètement, la stratégie efficace atteint le zéro émission pour 575 milliards d’euros sur 25 ans, contre 790 milliards pour le scénario de référence. C’est une économie de 210 milliards d’euros, soit 7 000 € par logement (sur la base de 30 millions de résidences principales en France — source : INSEE, 2024).

Comparatif des investissements : stratégie de rénovation efficace vs rénovation globale (2026-2050)

Quelles solutions techniques pour sortir des énergies fossiles ?

La pompe à chaleur, solution reine de la décarbonation

Les chaudières fossiles équipent encore 42 % des logements français. La sortie du fioul est possible dès 2035, à condition de quasi-doubler le rythme actuel de substitution (+80 %). Selon l’étude, le parc de maisons chauffées au fioul ou au GPL était d’environ 2,1 millions en 2023 (source : Ceren). Ces logements sont les premières cibles de la transition : chaque chaudière fioul remplacée réduit immédiatement les émissions de CO₂ et allège la facture énergétique.

La pompe à chaleur (PAC) — air/eau, air/air ou géothermique — s’impose comme la solution centrale de la décarbonation des logements. Elle passerait de 11 % du parc en 2025 à 57 % en 2050. Ses atouts sont multiples : elle produit une chaleur moins coûteuse qu’une chaudière gaz ou fioul quel que soit le combustible, son installation se rentabilise entre 1 et 6 ans en coût complet, et les aides (MaPrimeRénov’, CEE) en atténuent significativement le coût initial, notamment pour les ménages en situation de précarité énergétique. Le chauffe-eau thermodynamique (CET) joue un rôle complémentaire pour la production d’eau chaude sanitaire.

L’électrification progressive comme trajectoire principale

La trajectoire prévoit une électrification massive du parc résidentiel. Le chauffage électrique direct, longtemps critiqué pour sa consommation en énergie primaire, conserve toute sa pertinence dans certains cas. Il s’impose notamment lorsque l’installation d’une pompe à chaleur n’est pas envisageable. Son coût d’investissement reste modéré, tandis que le pilotage se révèle simple grâce aux systèmes domotiques. Les radiateurs à inertie de nouvelle génération offrent, par ailleurs, un niveau de confort élevé.

Dans le même esprit, les solutions hybrides gagnent du terrain. L’association de deux sources décarbonées — bois et électrique, ou pompe à chaleur et radiateurs — apparaît comme une piste encouragée.

Les réseaux de chaleur urbains, alimentés par des énergies renouvelables et de récupération (EnR&R), pourraient presque doubler leur couverture. Le nombre de logements raccordés passerait ainsi de 3,3 à environ 4,7 millions d’ici 2050. À l’inverse, le biométhane (biogaz) devrait rester marginal dans le secteur résidentiel. Sa disponibilité, limitée par les capacités de production nationale, ne permettrait d’alimenter qu’environ 2 millions de logements collectifs à cet horizon. Cela représenterait près de 20 TWhPCI dédiés au résidentiel.

Scénario sortie gaz fossile en 2050 - décarbonation des logements

Sortie du gaz : l’horizon 2050 privilégié

Pour le gaz fossile, Équilibre des Énergies compare deux horizons : 2040 ou 2050. Les deux scénarios mobilisent des investissements similaires sur la période. Mais concentrer la sortie sur 2040 créerait une pression industrielle et financière ingérable. L’étude retient ainsi l’horizon 2050. Elle invite, dès à présent, à bâtir une stratégie pluriannuelle de sortie progressive du gaz. Une trajectoire qui se veut acceptable sur les plans économique, industriel et humain.

Évolution des consommations d'énergie (chauffage et eau chaude sanitaire) par source — en TWhef

Comment redéfinir les priorités face aux passoires thermiques ?

Le risque social de l’interdiction généralisée

La loi Climat et résilience (2021) et la loi Énergie-climat (2019) ont instauré des interdictions progressives de mise en location des logements classés G (2025), F (2028) puis E (2034). Cette trajectoire va au-delà des prescriptions européennes. Elle soulève deux questions majeures pour les propriétaires bailleurs, les copropriétés et le marché locatif.

D’abord, peut-on interdire à la location 31 % du parc locatif (9 % étiquette F et 22 % étiquette E) sans garantir les moyens de les rénover ? L’étude alerte sur le risque de tensions majeures sur l’offre de logements disponibles à la location, d’augmentation de la vacance locative et de hausse des loyers, sans efficacité climatique proportionnée. La précarité énergétique des locataires les plus modestes pourrait paradoxalement s’aggraver. Ensuite, le DPE actuel reste centré sur la consommation d’énergie primaire. Il prend peu en compte les émissions de CO₂. Cette limite le rend inadapté pour piloter une véritable stratégie de décarbonation du parc bâti.

Zone rouge et zone grise : un nouveau cadre de priorités

Équilibre des Énergies propose une approche en deux niveaux, conforme à la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB 2024/1275), qui prescrit de concentrer les efforts sur les 43 % de logements les moins performants :

  • Zone rouge : logements classés G (environ 6,9 % du parc). À éradiquer au plus tard en 2035. Les interdictions de location sont maintenues. Les rénovations d’ampleur leur sont concentrées jusqu’en 2030.
  • Zone grise : logements insuffisamment performants sur le plan énergétique ET climatique (Cep < 210 kWhep/m².an ET EGES < 35 kg éqCO₂/m².an). Ces logements, additionnés à la zone rouge, constituent les 43 % à traiter prioritairement. Objectif : 70 % sortis de cette zone d’ici 2040.

la zone grise est définie par deux critères cumulatifs — consommation d'énergie primaire et émissions de GES

Quel effort d’investissement pour la décarbonation des logements ?

Une répartition claire entre systèmes et bâti

L’investissement total de la stratégie efficace se décompose en deux postes sur 25 ans :

  • Installation de systèmes bas-carbone : 385 milliards d’euros (dont 250 milliards de Business as Usual — renouvellements naturels), soit environ 17 milliards par an entre 2026 et 2030, puis 15 milliards jusqu’en 2050.
  • Amélioration du bâti : 190 milliards d’euros, soit 7,6 milliards par an. La priorité est donnée aux zones rouge et grise jusqu’en 2040, avec un pic autour de 9,5 milliards par an.

La comparaison avec le scénario de rénovation globale est sans appel. Le poste « amélioration des bâtis » passe de 420 milliards à 190 milliards dans une stratégie plus ciblée. À la clé, une économie de 230 milliards sur ce seul poste.

Des mesures d’accompagnement indispensables

La stratégie efficace ne peut fonctionner sans un cadre réglementaire et incitatif adapté. Équilibre des Énergies formule plusieurs recommandations clés :

  • Recentrer l’objectif des politiques publiques sur la sortie des énergies fossiles à horizon 2050, au niveau français et européen, en révisant la SNBC3 et la PPE3 en conséquence.
  • Réviser la directive DPEB pour abandonner la référence à l’énergie primaire, structurellement défavorable à l’électricité, au profit d’un critère d’émissions de GES (EGES).
  • Élaborer un plan pluriannuel de repli du gaz : non-renouvellement des chaudières gaz en maison individuelle à partir de 2035, gestion progressive de la contraction du réseau de distribution gazier.
  • Mieux soutenir les PAC air/air et les radiateurs à inertie performants dans les aides à la rénovation par geste, au même titre que les PAC air/eau.
  • Inciter davantage les copropriétés — qui représentent une part majeure du parc collectif — à intégrer des PAC collectives et des systèmes de gestion énergétique dans leurs travaux, notamment en aménageant le fonds travaux obligatoire (loi du 10 juillet 1965, article 14-2) et en facilitant le vote en assemblée générale des travaux de décarbonation.
  • Réviser la fiscalité énergétique (accise sur l’électricité, introduction de l’EU-ETS2 prévu au 1er janvier 2028) pour mieux refléter le contenu carbone des énergies.

Ces orientations devront être intégrées dans le Plan national de rénovation des bâtiments que la France doit soumettre à la Commission européenne avant le 31 décembre 2026, conformément à l’article 3 de la DPEB 2024/1275.

Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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