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Travaux

Crise du bâtiment : les artisans réclament la réouverture de MaPrimeRénov’

Crise du bâtiment : les artisans réclament la réouverture de MaPrimeRénov’

La crise du bâtiment s’intensifie en France. Selon la note de conjoncture du 4e trimestre 2025 publiée par la CAPEB, l’activité des entreprises artisanales recule de 3,8% sur l’année. Derrière ce chiffre, une réalité alarmante : la rénovation énergétique stagne depuis cinq trimestres consécutifs, tandis que 21 000 emplois ont été détruits en un an. Face à cette situation, la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment exhorte le Gouvernement à agir. Elle réclame la réouverture des guichets MaPrimeRénov’, la finalisation du parcours de rénovation par étapes et la simplification de l’accès à la qualification RGE. L’enjeu est considérable : restaurer la confiance des artisans et de leurs clients, tous fragilisés par l’instabilité politique et réglementaire.


Sommaire :


À retenir – La crise du bâtiment en 2025-2026

  • L’activité des artisans du bâtiment chute de 3,8% en 2025.
  • 21 000 emplois ont été détruits en un an dans le secteur.
  • La rénovation énergétique stagne depuis cinq trimestres consécutifs.
  • 79% des artisans jugent MaPrimeRénov’ indispensable pour déclencher les travaux.
  • La CAPEB exige la réouverture immédiate des guichets MaPrimeRénov’.

Pourquoi la crise du bâtiment persiste-t-elle en 2025 ?

Un recul d’activité généralisé

Au quatrième trimestre 2025, l’activité des TPE du bâtiment recule de 2% en glissement annuel. C’est ce que révèle la note de conjoncture CAPEB-Xerfi publiée en janvier 2026. Sur l’ensemble de l’année, la contraction atteint 3,8% par rapport à 2024.

Par conséquent, cette crise du bâtiment frappe l’ensemble du territoire français. Le Grand Est subit le recul le plus sévère avec -4%. De même, la Bretagne, la Bourgogne-Franche-Comté et l’Auvergne-Rhône-Alpes enregistrent -3%. En revanche, seule la région PACA-Corse maintient son activité.

Activité par région au 4e trimestre 2025
Activité par région au 4e trimestre 2025

Pour rappel, la CAPEB représente 512 000 entreprises de l’artisanat du bâtiment. Cela correspond à 96% des entreprises du BTP employant entre 1 et 10 salariés. En outre, elle regroupe 570 000 salariés et forme 60 000 apprentis chaque année. Ces chiffres démontrent ainsi l’ampleur de la crise du bâtiment sur le tissu économique français.

La construction neuve montre des signes d’amélioration

Après plusieurs trimestres de forte dégradation, la construction neuve amorce un léger redressement. Le repli atteint -3% au quatrième trimestre 2025. Comparativement, il s’élevait à -6% au trimestre précédent. Néanmoins, sur l’année, le recul reste marqué à -7%. En parallèle, les autorisations de construire progressent de 13,5% sur un an. Elles atteignent 378 800 logements entre décembre 2024 et novembre 2025.

Autorisations et mises en chantier de logements (décembre 2024 à novembre 2025)
Autorisations et mises en chantier de logements (décembre 2024 à novembre 2025)

Plus précisément, le logement collectif porte cette dynamique. Il totalise 196 900 autorisations, soit +16,6%. De leur côté, les logements individuels comptent 132 600 autorisations (+11,7%). Quant aux mises en chantier, elles augmentent plus modérément de 4,8%. Elles atteignent 272 700 logements. Toutefois, ces niveaux restent inférieurs à la moyenne des cinq dernières années. L’écart atteint -9,5% pour les autorisations et -22,2% pour les mises en chantier.

L’entretien-amélioration s’enlise durablement

Depuis cinq trimestres consécutifs, l’entretien-amélioration et les travaux de performance énergétique des logements stagnent à -1,5%. Sur l’année 2025, le recul atteint -1,6% pour l’entretien-amélioration. Il s’établit à -1,5% pour la rénovation énergétique. Cette conjoncture du bâtiment inquiète particulièrement la CAPEB.

« Les politiques de stop and go ont détruit la visibilité, freiné l’investissement et fragilisé l’emploi », dénonce l’organisation patronale. En effet, les artisans avancent sans boussole. Ils subissent des dispositifs mouvants et contradictoires. De ce fait, l’instabilité des aides à la rénovation freine les décisions de travaux des ménages.

Évolution de l'activité par segment - crise du bâtiment
Évolution de l’activité par segment

Quelles sont les conséquences de cette crise du bâtiment sur l’emploi ?

Des destructions d’emplois massives

Au troisième trimestre 2025, l’emploi salarié chute de 2,5% sur un an dans les entreprises de moins de 20 salariés. Les données ACOSS révèlent un chiffre alarmant : près de 21 000 destructions d’emplois (20 677 exactement). Sur deux ans, les pertes atteignent 45 000 emplois pour cette catégorie d’entreprises. Plus spécifiquement, les TPE du bâtiment jusqu’à 10 salariés perdent 13 900 postes en un an. Ce chiffre grimpe à 30 000 sur deux ans.

Indicateurs clés de l'emploi dans le BTP
Indicateurs clés de l’emploi dans le BTP

Au total, le secteur BTP compte 1 541 200 salariés au troisième trimestre 2025. L’INSEE enregistre ainsi une baisse de 1,3% sur un an. Cette contraction dépasse largement celle des autres secteurs marchands (-0,2 %). Par ailleurs, l’intérim BTP recule également de 1,4%. Il totalise 127 485 équivalents temps plein. Le taux de recours à l’intérim s’établit donc à 7,6%.

Une situation financière tendue pour les artisans

La crise du bâtiment met sous pression la trésorerie des entreprises artisanales. Le solde d’opinion reste très dégradé. Il atteint -15 points au quatrième trimestre 2025. En comparaison, la moyenne de long terme s’établit à -10,3 points. Concrètement, 30% des entreprises déclarent une détérioration de leur trésorerie. À l’inverse, seulement 15% constatent une amélioration.

Concernant les marges, le solde d’opinion s’améliore légèrement. Il reste cependant négatif à -8 points. Au quatrième trimestre, 19% des artisans du bâtiment constatent une baisse de leurs marges. Seules 11% enregistrent une hausse. En revanche, les besoins de financement diminuent. Ils passent de 22% à 17% par rapport au trimestre précédent. Le montant moyen s’élève à 28 000 euros.

Des carnets de commandes en légère hausse

Le niveau des carnets de commandes atteint 77 jours de travail en moyenne au quatrième trimestre 2025. Cela représente 6 jours de plus qu’un an auparavant. C’est aussi 3 jours de plus qu’à la fin du trimestre précédent. Fait notable : pour la première fois depuis la crise sanitaire, le solde d’opinion sur les carnets de commandes s’améliore davantage en construction neuve (-11 points) qu’en entretien-amélioration (-13 points).

Cependant, cette amélioration masque des réalités contrastées. Les soldes d’opinion demeurent largement négatifs. Ainsi, le solde stagne pour les entreprises de moins de 10 salariés (-12 points). Il se dégrade même pour les entreprises de 10 à 20 salariés (-10 points).

Pourquoi MaPrimeRénov’ est-elle au cœur de la crise du bâtiment ?

Un dispositif jugé décisif par les artisans

En novembre 2025, la CAPEB a consulté ses adhérents. Le résultat est sans appel : 79% des artisans considèrent MaPrimeRénov’ comme décisif pour initier les travaux de rénovation énergétique. Ce chiffre illustre clairement la dépendance du secteur à cette aide à la rénovation.

Or, le Gouvernement a d’abord suspendu MaPrimeRénov’. Puis il l’a modifié brutalement. Ces décisions ont eu un impact immédiat sur les décisions de travaux. En conséquence, le marché de la transition énergétique s’est retrouvé paralysé. Cette instabilité contribue directement à la crise du bâtiment.

L’absence de budget aggrave l’incertitude

L’absence de consensus autour du budget de l’État a entraîné une nouvelle suspension de MaPrimeRénov’. Cette situation aggrave encore l’incertitude. De fait, l’instabilité réglementaire constitue désormais le principal frein à la sortie de la crise du bâtiment. Les artisans ne peuvent plus planifier leurs activités dans la durée.

Par ailleurs, les enjeux dépassent la conjoncture actuelle. Un tiers du parc immobilier français nécessite une rénovation énergétique. Cela inclut 4,8 millions de passoires thermiques. De plus, la CAPEB rappelle un fait essentiel : 80% des logements de 2050 existent déjà. Ils devront donc tous faire l’objet de travaux d’isolation thermique et de rénovation globale.

Quelles mesures la CAPEB demande-t-elle pour sortir de la crise du bâtiment ?

La réouverture urgente des guichets MaPrimeRénov’

La CAPEB exige la réouverture immédiate des guichets MaPrimeRénov’. Selon l’organisation patronale, cette mesure ne nécessite aucun budget supplémentaire. Elle permettrait ainsi de débloquer les décisions de travaux en attente. Elle restaurerait également la confiance des ménages et relancerait les subventions travaux.

Le parcours de rénovation énergétique par étapes

La CAPEB défend un parcours de rénovation par étapes. Ce dispositif conduirait à une rénovation globale sur 5 ans. Il engloberait l’ensemble des gestes nécessaires. Cela inclut notamment l’isolation thermique des murs et les solutions de chauffage biomasse. Selon la CAPEB, il constitue « la seule approche à même de sortir d’une vision court-termiste dans la gestion du dispositif MaPrimeRénov’ ».

Concrètement, son financement reposerait sur trois piliers. D’abord, la réorientation d’une partie de l’enveloppe MaPrimeRénov’ dédiée aux rénovations d’ampleur (3,6 milliards d’euros). Ensuite, les CEE (Certificats d’Économies d’Énergie). Enfin, les financements privés via la mobilisation des établissements bancaires.

La simplification de l’accès à la qualification RGE

La CAPEB réclame également la simplification de l’accès à la qualification RGE (Reconnu Garant de l’Environnement). Elle propose de passer par la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience). Elle demande aussi l’instauration des GME (Groupements Momentanés d’Entreprises). Ces mesures permettraient à davantage d’artisans du bâtiment d’accéder au marché de la rénovation énergétique. Elles sécuriseraient aussi les travaux pour les ménages.

Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB, lance d’ailleurs un ultimatum : « La CAPEB attend sous quinze jours des avancées concrètes sur la simplification du RGE via la VAE, les groupements momentanés d’entreprise et le parcours de rénovation par étapes. Sans retour du Gouvernement, nous solliciterons à nouveau notre réseau pour déterminer la suite qui sera donnée à la mobilisation du 17 décembre. »

En complément, l’organisation soutient un amendement proposé aux parlementaires. Celui-ci porte sur les donations intra-familiales. L’objectif : encourager le financement des travaux de rénovation par les particuliers et améliorer le pouvoir d’achat des ménages.

Quels signaux encourageants malgré la crise du bâtiment ?

La reprise du marché de l’ancien

Les ventes de logements anciens poursuivent leur reprise. Les données IGEDD, basées sur l’INSEE et la base notariale, confirment cette tendance. En octobre 2025, elles atteignent 929 000 unités. Cela représente une hausse de 11,3% sur un an. Théoriquement, cette dynamique du marché de l’ancien devrait soutenir la demande de travaux d’entretien-amélioration. Toutefois, l’instabilité des aides à la rénovation empêche pour l’instant cette reprise de se concrétiser.

Un environnement macroéconomique mieux orienté

L’inflation reste contenue. Les taux d’intérêt demeurent stables. Ces deux facteurs contribuent à restaurer progressivement les capacités de financement des ménages. De son côté, le taux d’épargne se stabilise à 18,4% au troisième trimestre 2025. Il retrouve ainsi un niveau proche du troisième trimestre 2024. Néanmoins, il reste supérieur à celui du quatrième trimestre 2019, avant la crise sanitaire.

Quant aux crédits à l’habitat, ils poursuivent leur redressement. La Banque de France enregistre une hausse de 33,6% sur un an au troisième trimestre 2025. Cette progression concerne surtout l’achat de logements anciens (+36,6%). Elle bénéficie aussi aux travaux d’entretien-amélioration (+27,5%).

Des intentions d’embauche en amélioration

L’écart entre intentions d’embauche et de réduction d’effectifs se resserre pour le début de l’année 2026. La part d’entreprises envisageant des licenciements ou non-renouvellements de contrats diminue. Elle passe de 12% à 8%. Par ailleurs, pour la première fois depuis 2023, la part d’entreprises de l’artisanat du bâtiment ayant cherché à recruter augmente. Elle s’établit désormais à 19%. Ces signaux laissent donc entrevoir une stabilisation progressive de la crise du bâtiment et de la conjoncture du secteur.

Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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