40,4 %. C’est le taux de détention des crédits aux ménages en 2025 — un record à la baisse depuis la création de l’Observatoire des Crédits aux Ménages (OCM) en 1989. Selon la 38ème édition de ce rapport annuel, publiée en mars 2026 par la Fédération Bancaire Française (FBF) et l’Association Française des Sociétés Financières (ASF), les Français n’ont jamais aussi peu emprunté. Ce recul n’est pas le fait des banques : l’offre de crédit reste dynamique et les taux attractifs. C’est le choix des ménages eux-mêmes, paralysés par l’incertitude économique, les inquiétudes sur l’emploi et la pression sur le pouvoir d’achat. Résultat : les intentions de souscription pour le premier semestre 2026 touchent elles aussi un plancher historique. Que révèle cette prudence inédite sur l’état financier des Français ?
Sommaire :
- Le taux de détention des crédits aux ménages au plus bas depuis 1989
- Crédits immobiliers : un recul qui touche tous les types de biens financés
- Crédits à la consommation : une érosion structurelle accélérée
- La situation financière des ménages : dégradation modérée mais réelle
- Des intentions de souscription au plancher historique
À retenir — Crédits aux ménages en 2025
- Le taux de détention des crédits aux ménages tombe à 40,4 %, son plus bas niveau depuis 1989.
- Plus de 12,5 millions de ménages détiennent encore un crédit immobilier ou à la consommation.
- Le taux de détention des crédits à la consommation descend à 18,1 %, un record historique à la baisse.
- 85,1 % des ménages endettés jugent leurs charges de remboursement supportables.
- Les intentions de souscrire un crédit immobilier au 1er semestre 2026 atteignent leur niveau le plus bas depuis la création de l’OCM.
Le taux de détention des crédits aux ménages au plus bas depuis 1989
Sept années consécutives de recul
Depuis 2019, le taux de détention des crédits aux ménages recule sans interruption. En 2025, il s’établit à 40,4 % selon l’OCM. C’est 21 % en dessous de son niveau moyen observé jusqu’en 2009.
Pour Michel Mouillart, Professeur d’Économie et auteur du tableau de bord de l’OCM, ce plancher historique traduit un changement profond des comportements financiers. Il ne s’agit pas d’une simple fluctuation conjoncturelle.
Au total, 12,53 millions de ménages détenaient des crédits aux ménages en 2025. Parmi eux, 6,91 millions ne détenaient que des crédits immobiliers, 3,62 millions que des crédits à la consommation, et 1,99 million cumulaient les deux. Or, en 2019, ce total atteignait encore 13,93 millions. La baisse est donc significative.
Un contexte économique qui pèse sur les décisions d’emprunt
Plusieurs facteurs expliquent ce repli. La fragmentation de la vie politique, la persistance des incertitudes géopolitiques, les inquiétudes sur l’emploi : autant de signaux qui poussent les ménages à geler leurs projets.
Maya Atig, Directrice générale de la FBF, et Solenne Lepage, Déléguée générale de l’ASF, le confirment. Malgré le ralentissement de l’inflation et la baisse des taux au premier semestre 2025, l’incertitude conduit les ménages à retenir leurs projets d’achat immobilier, d’équipement et de consommation.
En outre, le comportement d’épargne se renforce. Les ménages épargnent davantage. Ils privilégient la sécurité financière. Résultat : la consommation recule et l’endettement s’effrite.
Crédits immobiliers : un recul qui touche tous les types de biens financés
Une baisse d’un point en un an
Entre 2024 et 2025, le taux de détention des crédits immobiliers perd un point. Il passe de 29,7 % à 28,7 %. En volume, 8,90 millions de ménages détiennent encore un crédit immobilier, contre 9,15 millions l’année précédente. Depuis le pic de 2020 (31,4 %), ce sont ainsi 416 000 ménages de moins qui portent un tel crédit. Or ce recul ne touche pas seulement un type de bien. Il frappe l’ensemble des catégories de financement.
La primo-accession en retrait structurel
La primo-accession à la propriété recule. Ce repli pèse directement sur le taux de détention global des crédits aux ménages. En effet, les flux de nouveaux emprunteurs restent très inférieurs au nombre de ménages qui terminent leurs remboursements. Ce déséquilibre tire mécaniquement le taux vers le bas.
En 2025, 987 000 ménages contractent un nouveau crédit immobilier. C’était encore 1 120 000 en 2021 et 1 450 000 en 2006. Plusieurs facteurs expliquent ce décrochage : la hausse des prix des logements, les contraintes d’apport personnel et les inquiétudes sur l’emploi freinent les candidats à l’accession. En revanche, les opérations précédées d’une revente gagnent du terrain. Les ménages déjà propriétaires restent plus actifs que les primo-accédants.
Un marché qui reste dynamique malgré tout
Il faut toutefois nuancer ce tableau. En 2024 et 2025, la plupart des marchés immobiliers retrouvent de l’activité. La demande remonte. L’offre de crédits bancaires s’élargit. Les taux d’intérêt restent attractifs une grande partie de l’année. Le marché de l’ancien se ressaisit. Les tensions sur les prix résidentiels réapparaissent.
Néanmoins, les chiffres de l’endettement racontent une autre histoire. Le ratio entre l’encours des crédits immobiliers et le revenu disponible des ménages recule encore en 2025. Il s’établit à 68,1 %, contre 75,1 % en moyenne entre 2018 et 2022. Les ménages empruntent, certes. Mais ils s’endettent moins en proportion de leurs revenus.
Crédits à la consommation : une érosion structurelle accélérée
18,1 % : un plancher jamais atteint depuis 1989
En 2025, le taux de détention des crédits à la consommation tombe à 18,1 %. C’est son niveau le plus bas depuis la création de l’Observatoire. Il était encore de 24,9 % en 2020 et de 33,8 % en 2008. En dix-sept ans, la baisse atteint donc 15,7 points. En volume, 5,61 millions de ménages détiennent ces crédits aux ménages. Tous les réseaux de distribution subissent cette dégradation :
- Auprès d’une banque ou d’un organisme de crédit : 12,4 % en 2025, contre 19,3 % en 2020
- Directement auprès du vendeur : 5,0 % en 2025
- Carte de magasin ou organisme de crédit : 2,5 % en 2025, contre 9,6 % en 2008
L’impact des lois Lagarde et Hamon
Cette érosion structurelle ne date pas d’hier. Dès 2009, avant même l’entrée en vigueur de la loi Lagarde (juillet 2010), les ménages réduisent leur recours aux crédits renouvelables. La loi Hamon de mars 2014 renforce ensuite ces dispositions. Elle restreint davantage l’usage des crédits renouvelables et recentre leur vocation sur les petits achats répétitifs. Ces deux réformes législatives transforment durablement les pratiques de financement des crédits aux ménages. Leurs effets se lisent encore clairement dans les chiffres de 2025.
Un paradoxe : plus de nouveaux crédits, moins de détenteurs
Les chiffres surprennent. En 2025, 9,233 millions de ménages contractent un nouveau crédit à la consommation. C’est un record absolu, en progression de 20,4 % depuis 2020. Pourtant, le taux de détention global continue de baisser. Comment l’expliquer ? La clé réside dans la nature même des crédits souscrits. Les ménages choisissent des prêts plus courts et des montants plus faibles. Ils remboursent plus vite. Ainsi, la rotation des encours s’accélère. Les ménages empruntent davantage, mais s’endettent moins durablement.
Les usages du crédit à la consommation se transforment
Les ménages continuent de recourir aux crédits à la consommation pour financer des projets concrets. Ils achètent des biens d’équipement, améliorent leur logement, financent une voiture. En 2025, toutefois, 9,8 % seulement des ménages financent l’achat d’une automobile ou d’une moto par crédit. C’était encore 14,9 % en 2021. Le recul est net. Par ailleurs, le financement des dépenses courantes par crédit ne concerne plus que 1,9 % des ménages, contre 5,3 % en 2007. En moins de vingt ans, cette pratique a été divisée par presque trois. Les comportements budgétaires ont profondément changé.
La situation financière des ménages : dégradation modérée mais réelle
Un moral qui se détériore sans effondrement
L’année 2025 présente une particularité. Le sentiment des ménages se dégrade, certes. Mais sans l’effondrement caractéristique des grandes crises. En 2025, 41,8 % des ménages détenant des crédits aux ménages estiment que leur situation financière s’est dégradée. C’était 39,5 % en 2024. Toutefois, ce chiffre reste loin des niveaux de 2022 et 2023, où cette proportion atteignait 46,6 % en moyenne.
En parallèle, 56,8 % des ménages endettés se déclarent à l’aise ou estiment que ça va. C’est légèrement en dessous des 57,9 % de 2024, mais bien au-dessus de la moyenne historique (54,2 %). Mieux encore : 20,2 % se disent à l’aise avec leur budget en 2025, contre une moyenne de 16,1 % depuis 2001.
Les charges de remboursement jugées supportables
Malgré la dégradation du contexte, les ménages tiennent. En 2025, 85,1 % des détenteurs de crédits aux ménages jugent leurs charges de remboursement supportables. C’est légèrement en dessous de la moyenne de longue période (85,6 %), mais le signal reste rassurant. En revanche, la part de ceux qui estiment ces charges élevées ou beaucoup trop élevées progresse à 14,9 %. Elle était de 11,3 % en 2020. La tendance est donc à la hausse depuis cinq ans.
Par ailleurs, aucun indicateur majeur de fragilité ne sonne l’alarme. Le surendettement ne progresse pas. Les défauts de remboursement ne s’aggravent pas. Le recours au découvert bancaire reste stable à 18,3 % en 2025.

Des intentions de souscription au plancher historique
Le premier semestre 2026 en berne
Les intentions de souscrire de nouveaux crédits aux ménages pour le premier semestre 2026 atteignent leur plus bas niveau depuis la création de l’Observatoire en 1989. Seuls 2,8 % des ménages envisagent un crédit immobilier. La moyenne de longue période s’établit pourtant à 4,6 % depuis le début des années 2000. L’écart est considérable. Du côté des crédits à la consommation, 3,0 % des ménages expriment une intention de souscription, contre 4,1 % en longue période.
Ces chiffres sont d’autant plus préoccupants qu’ils interviennent après un léger rebond des intentions observé au premier semestre 2025. Ce rebond n’a donc pas eu de lendemain.
Un attentisme qui ne préjuge pas d’une récession
Pour autant, Michel Mouillart tempère. Cet attentisme des ménages n’annonce pas une récession des marchés immobiliers ou des crédits. Il révèle néanmoins un renforcement des comportements prudents. Les ménages épargnent davantage. Ils reportent leurs achats de biens durables. Ils boudent la primo-accession. L’investissement locatif privé manque de dynamisme.
Les chiffres d’endettement confirment cette tendance. Le ratio entre l’encours des crédits à la consommation et le revenu disponible des ménages s’établit à 11,7 % en 2025, contre 12,5 % en moyenne entre 2017 et 2022. Même évolution pour les crédits immobiliers : ce ratio tombe à 68,1 % en 2025, contre 75,1 % en moyenne sur la période 2018–2022. Les ménages français se désendettent lentement, mais sûrement.

