Nous devrions dépasser le million de véhicules à batterie circulant en France cette année. La bascule est opérée. Il est donc nécessaire de mieux organiser les modalités de recharge des véhicules électriques. Et, en particulier de rendre plus accessibles les bornes de recharge. Tribune d’Emmanuel CROC, Président de Bornes Solutions et Groupe OCEA.
Rendons plus accessible les bornes de recharge
La vente de véhicules électriques et hybrides rechargeables est désormais bien lancée. En 2021, les particuliers ont délaissé les véhicules diesel au profit des véhicules électriques ou hybrides rechargeables. Ainsi, on compte 316 000 véhicules électrifiés commercialisés. Soit 18 % des ventes totales en France.
Nous devrions dépasser le million de véhicules à batterie circulant en France cette année. La bascule est opérée.
La flotte circulant allant croissante, il devient nécessaire de mieux organiser les modalités de recharge de ces véhicules. Et, en particulier de rendre plus accessibles les bornes de recharge. Très souvent, nous avons le réflexe de penser à « faire le plein » comme pour un véhicule thermique.
Or, nous constatons avec effroi que le niveau d’équipement des stations essences en bornes de recharge reste faible en France. Elles apparaissent sur les grandes stations autoroutières et quelques stations phares des grandes villes. Mais, plus généralement, elles sont peu présentes dans nos campagnes ou nos stations-service de supermarché.
La voiture électrique nécessite un rapport totalement différent à l’énergie
En réalité, la voiture électrique nécessite un rapport totalement différent à l’énergie. Avec une voiture thermique, le plein est fait lorsque la jauge est proche de zéro. En quelques minutes le réservoir est rempli et le conducteur repart pour 500 kilomètres ou plus.
Avec l’électron, ce comportement est à bannir. La majorité des bornes sont des bornes de recharge lente ou modérée entre 3,7 kVA et 22 kVA. En cela, il faut compter plusieurs heures pour recharger les batteries. Le rapport au temps impose sa loi. Personne n’imagine rester 3 heures devant une pompe à essence pour faire le plein. C’est donc naturellement pendant les temps morts longs que la voiture doit être rechargée. De sorte que les deux temps réguliers, coutumiers et longs de stationnement de tout véhicule sont le domicile et, pour certains, le lieu de travail.
La répartition des bornes de recharge d’un véhicule électrique
Ainsi, on observe que 40 à 80% du temps de recharge a lieu au domicile et 0 à 40% du temps sur le lieu de travail. Il reste alors 10 à 20% de la recharge en itinérance en station-service ou sur une station de recharge publique.
La recharge publique est minoritaire : à l’opposé du véhicule thermique ! Et, avouons-le, cette recharge en itinérance est pénible.
Puisque même avec un super-chargeur de 150 kVA, il faudra attendre plusieurs dizaines de minutes pour recharger. Alors, l’utilisateur ajuste et ne fait qu’un demi-plein pour ne pas excéder les 30 minutes. Avec la recharge électrique, le plein d’énergie devient totalement décentralisé. À terme, ce ne seront plus les 12 000 stations-service actuelles qui délivreront l’énergie du transport. En effet, des millions de bornes de recharge prendront le relais dans les maisons et les parkings privés des copropriétés ou d’entreprises.
Bornes de recharge : un arbitrage sur le prix
Un autre élément fait rapidement arbitrer le consommateur sur le lieu de son point de charge : le prix. Nous avons tous le souvenir d’avoir essayé d’optimiser le choix de notre pompe à essence pour gagner une dizaine de centimes par litre. Or, le gain est de plus ou moins 5% du prix. En matière d’électricité, le gain peut être considérable. En effet, cela dépendra beaucoup du lieu de chargement.
L’écart est de 500 % entre une recharge en heure creuse à domicile à 0,1270 €/KWh et une recharge sur un réseau de recharge rapide sur autoroute à 0,60 €/KWh !
Naturellement, les prix sont difficilement comparables. Puisque la borne de recharge au domicile représente uniquement le coût d’un électron supplémentaire. Or, ce dernier est fourni sur un point de livraison dont l’usager paye déjà l’abonnement pour sa maison. Alors que celui d’une station-service intègre l’amortissement des travaux d’installation de la borne de recharge rapide et le service professionnel associé.
Toutefois, le consommateur ne jugera que le coût marginal qu’il débourse à l’instant de sa recharge. Dans tous les cas, il privilégiera finalement les bornes de recharge au domicile ou sur le lieu de travail.
La recharge en énergie des voitures va donc complètement changer. C’est pourquoi, la recharge en itinérance et en station-service sera limitée. Nous l’utiliserons lorsque nous n’avons pas le choix, notamment lors de grands déplacements de plus de 300 kilomètres. Tandis que la recharge en parking privatif au domicile ou en entreprise deviendra majoritaire.
Un enjeu d’infrastructure très important
En conséquence, l’enjeu d’infrastructure est essentiel sur le réseau électrique, géré par RTE et ENEDIS ou le GRD. Mais, il est tout autant sur les infrastructures de bornes de recharge à installer dans la partie privative des maisons ou des immeubles.
Selon l’INSEE en 2020, la France comptait 20,3 millions de maisons dont 10% de résidences secondaires et 15,7 millions de logements collectifs. Quasiment, chaque maison dispose d’une place de parking, lorsque environ 45 % des appartements en logement collectif disposent d’une place de parking privative.
Il y a donc à terme 20 millions de maisons à équiper et environ 7 millions de places de parking en copropriété et chez les bailleurs sociaux.
Un peu comme la fibre depuis 20 ans, il y a devant nous un beau et grand défi pour renforcer le réseau électrique public. Il faudra déployer les derniers mètres de câble et leurs bornes de recharge.