51 % des professionnels du logement sont pessimistes en 2026, contre 44 % un an plus tôt. C’est le constat du baromètre logement 2026, dévoilé le 23 juin aux Assises Nationales du Logement et de la Ville. Prix des matériaux, accès au crédit, normes complexes : les inquiétudes s’accumulent. Pourtant, la filière ne renonce pas et mise déjà sur l’intelligence artificielle et la sobriété énergétique. Le plan de relance logement saura-t-il inverser la tendance ?
Sommaire :
- Quel est le niveau de confiance des professionnels du logement en 2026 ?
- Quelles sont les principales inquiétudes de la filière immobilière ?
- Le plan de relance logement peut-il rassurer la profession ?
- Quels leviers de confiance la profession met-elle en avant ?
- Que retenir du baromètre logement 2026 pour l’avenir du secteur ?
À retenir – baromètre logement 2026
- 51 % des professionnels du logement se déclarent pessimistes en 2026.
- Le prix des matériaux inquiète 75 % des répondants, en forte hausse.
- Près d’un professionnel sur deux reste prudent face au plan de relance logement.
- La sobriété énergétique et l’intelligence artificielle progressent comme leviers de confiance.
- La filière réclame davantage de stabilité et de simplification réglementaire.

Quel est le niveau de confiance des professionnels du logement en 2026 ?
Le pessimisme gagne du terrain chez les professionnels du logement. D’après le baromètre logement 2026, 51 % des répondants se déclarent pessimistes pour les mois à venir. Un an plus tôt, ils n’étaient que 44 %. En face, seuls 20 % affichent un optimisme franc. Les 29 % restants préfèrent ne pas se prononcer : l’incertitude est trop forte pour trancher.

Un espoir de début d’année rapidement retombé
Ce basculement ne traduit pas un simple découragement. Il révèle surtout un besoin de visibilité. Depuis plusieurs années, les crises économiques, politiques et géopolitiques se succèdent, et la profession peine à se projeter. Pourtant, un signe encourageant était apparu début 2026 : une stabilité institutionnelle retrouvée, et de premières annonces gouvernementales en faveur du logement.
Le rapport résume cette ambivalence dans son sous-titre : « Un cap se dessine, mais la confiance reste à reconstruire. »
Cet élan a toutefois été de courte durée. Dès le printemps, les tensions géopolitiques internationales et leurs conséquences économiques ont ravivé les inquiétudes. La profession se retrouve donc à nouveau écartelée, entre l’espoir suscité par les annonces publiques et la prudence imposée par un contexte économique fragile.
Un panel représentatif de toute la chaîne du logement
Pour mesurer ce climat, l’enquête MOV[E] 2026 a interrogé 301 professionnels en mai 2026 : promoteurs immobiliers, constructeurs, bailleurs sociaux et privés, aménageurs et collectivités. Ce panel large couvre ainsi l’ensemble de la chaîne de production du logement en France, ce qui en fait un indicateur fiable du moral de la filière.
Quelles sont les principales inquiétudes de la filière immobilière ?
Les fondamentaux du marché concentrent l’essentiel des craintes. En tête : le prix des matériaux de construction, cité par 75 % des professionnels, soit 22 points de plus qu’en 2025. Cette flambée des coûts fragilise directement la rentabilité des opérations de construction neuve.
Vient ensuite l’accès au crédit immobilier, qui inquiète 70 % des répondants (+18 points). Ce chiffre s’explique en grande partie par le niveau des taux d’intérêt, toujours élevé. La complexité des normes de construction arrive juste derrière, citée par 66 % des professionnels. Enfin, deux indicateurs progressent fortement : l’accession à la propriété pour les primo-accédants, à 65 % (+24 points en un an), et les ventes dans le neuf, également à 65 % (+10 points).

Un marché locatif privé sous tension
L’investissement locatif privé reste, lui aussi, un point sensible : 57 % des répondants se disent inquiets quant à son évolution. Cette défiance n’est pas anodine. Elle s’explique par l’effondrement constaté ces dernières années : l’offre locative privée a chuté de 15 % en cinq ans, et les ventes de logements neufs à des investisseurs particuliers sont passées d’une moyenne de 60 000 par an à environ 10 000 en 2025, soit une baisse de 83 %.
Face à ce constat, le gouvernement a lancé un nouveau dispositif de défiscalisation : Jeanbrun, aussi appelé statut du bailleur privé. Une partie de la profession y voit un signal positif. Mais beaucoup le jugent encore trop complexe ou trop restrictif pour provoquer un véritable choc de confiance. Concrètement, ce dispositif permet aux particuliers de déduire chaque année un amortissement de leur bien immobilier de leurs revenus fonciers. En contrepartie, ils doivent s’engager à louer le logement pendant 9 ans, avec des plafonds de loyers et de ressources à respecter. Il est codifié par la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026).
Le plan de relance logement peut-il rassurer la profession ?
Le plan de relance logement constitue un signal positif pour une filière qui réclamait, depuis plusieurs années, que le logement redevienne une priorité nationale. Il a été annoncé par le Premier ministre Sébastien Lecornu et porté par le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun.
Mais la prudence domine encore largement. Près d’un professionnel sur deux (49 %) préfère ne pas se prononcer sur les effets du plan à ce stade. Seuls 13 % se déclarent optimistes, contre 38 % de pessimistes. En clair, la profession attend des preuves concrètes : un calendrier précis, des modalités claires, et des résultats rapides sur le terrain.
Des mesures jugées encore incertaines
Le détail des mesures envisagées confirme cette prudence généralisée :

Reste que l’objectif affiché de relancer la production de logements est salué pour le cap qu’il fixe. Le plan Relance Logement vise en effet 2 millions de logements d’ici 2030, dont 50 000 logements locatifs privés et 125 000 logements sociaux dès 2026. Cependant, à moins d’un an des grands rendez-vous électoraux et dans un contexte de crises à répétition, les professionnels continuent d’appeler à davantage de stabilité, de simplification et de continuité des politiques publiques.
Quels leviers de confiance la profession met-elle en avant ?
Malgré les tensions du marché, plusieurs indicateurs témoignent de la capacité de la filière à se projeter vers l’avenir. La sobriété énergétique arrive en tête des sujets porteurs de confiance, citée par 36 % des professionnels (+7 points sur un an). Elle est désormais à égalité avec l’intelligence artificielle, qui fait sa toute première entrée dans le baromètre.
La transformation numérique et environnementale en marche
D’autres leviers progressent dans le même temps. La digitalisation des pratiques convainc 34 % des répondants. Le BIM (Building Information Modeling) et la construction bas carbone complètent ce classement, à 32 % chacun. Ainsi, même en pleine crise, la profession poursuit sa transformation et s’adapte aux enjeux environnementaux, technologiques et organisationnels.

Toutefois, d’autres indicateurs de la transition énergétique nuancent ce tableau encourageant. La massification de la rénovation énergétique des logements, liée à la lutte contre les passoires thermiques et au diagnostic de performance énergétique (DPE), inquiète encore 39 % des professionnels, contre seulement 23 % de confiants. De même, la protection assurantielle face aux aléas climatiques reste un point de vigilance majeur : 55 % des répondants s’en disent inquiets, contre 6 % seulement de confiants. En revanche, l’économie circulaire rassure davantage, avec 23 % de confiants contre 24 % d’inquiets. C’est donc un terrain encore à conquérir, mais déjà perçu comme porteur d’opportunités.
Que retenir du baromètre logement 2026 pour l’avenir du secteur ?
Réunis aux Assises Nationales du Logement et de la Ville, les acteurs du secteur se montrent lucides, mais unis dans un message commun : les solutions existent. Face aux défis du logement, de la transition écologique et de l’aménagement des territoires, la filière se dit prête à contribuer à une stratégie de long terme, capable de répondre aux besoins des Français comme aux enjeux de compétitivité du pays.
Ce baromètre illustre donc un paradoxe révélateur. D’un côté, une profession inquiète sur le plan conjoncturel : le prix des matériaux, l’accès au crédit et la complexité administrative continuent de freiner la concrétisation des projets. De l’autre, une filière qui ne renonce pas à se transformer sur le plan structurel, en misant sur l’intelligence artificielle, la sobriété énergétique et le numérique.
Plus que jamais, le logement ne peut rester à la marge du débat public, concluent les acteurs réunis lors de ces Assises. Reste désormais à transformer les annonces en résultats tangibles, pour que la confiance d’une minorité de professionnels devienne, l’an prochain, celle de la majorité.

