L’été 2026 confirme une réalité que l’Observatoire Leroy Merlin documente avec précision : le confort d’été dans le logement n’est plus acquis pour des millions de Français. Selon une enquête Ifop réalisée du 3 au 17 juin 2026 auprès de 6 042 personnes représentatives de la population française, 27 % des Français déclarent ne pas disposer d’un logement confortable en période de fortes chaleurs — soit près de 19 millions de personnes. Loin d’être une question climatique ou géographique, l’inconfort thermique révèle avant tout les fragilités du bâti : mauvaise isolation, absence de protections solaires, petite surface, statut de locataire. Face à une chaleur qui perturbe le sommeil, la santé et jusqu’aux projets de vie, les Français bricolent des solutions au quotidien — mais se heurtent à des freins financiers et statutaires qui rendent la fracture thermique de plus en plus criante.
Sommaire :
- Qui souffre vraiment de la chaleur ? Les idées reçues à corriger
- Pourquoi la qualité du bâti détermine le confort d’été
- Nuits perturbées, sommeil volé : l’impact invisible sur la santé
- La chambre, épicentre de l’inconfort thermique
- Comment les Français s’adaptent — et jusqu’où ils peuvent aller ?
- Climatisation : solution miracle ou malaise écologique ?
- Les freins à l’action : coût, statut de locataire et manque de repères
À retenir — Confort d’été dans le logement
- 27 % des Français jugent leur logement inconfortable lors des fortes chaleurs, soit près de 19 millions de personnes.
- Les jeunes, les locataires et les habitants de petits logements mal isolés sont les plus exposés à l’inconfort thermique estival.
- La chambre à coucher est la pièce la plus difficile à vivre lors des fortes chaleurs pour 46 % des Français.
- 36 % des Français envisagent de déménager à cause de la chaleur, et ce chiffre atteint 66 % chez les 18-24 ans.
- Seuls 6 % des locataires obtiennent des travaux après en avoir fait la demande à leur propriétaire.

Qui souffre vraiment de la chaleur ? Les idées reçues à corriger
Les seniors ne sont pas les plus exposés au quotidien
Qui souffre le plus dans son logement quand les températures s’emballent ? La réponse instinctive pointe vers les personnes âgées — citées par 65 % des Français —, les personnes malades (48 %) et les jeunes enfants (41 %). Cette perception correspond à une réalité sanitaire bien documentée : les plans canicule ciblent prioritairement ces publics. Pourtant, l’enquête Ifop raconte une tout autre histoire.
Dans leur vie quotidienne, ce sont les jeunes, les locataires, les urbains et les habitants de petits logements mal isolés qui subissent le plus l’inconfort thermique. Preuve en chiffres : 92 % des 18-24 ans déclarent rencontrer au moins une difficulté lors des fortes chaleurs, contre 80 % en moyenne nationale. Dans l’agglomération parisienne, cette proportion atteint même 88 %. L’écart est frappant.
Les locataires, oubliés de la protection thermique
Le statut d’occupation pèse lourd. 39 % des locataires jugent leur logement inconfortable en période de fortes chaleurs. C’est nettement plus que chez les propriétaires. Or les locataires ne peuvent pas décider seuls de rénover ou d’équiper leur logement. L’inconfort thermique traduit ainsi des inégalités bien réelles dans l’accès à un habitat protecteur.

Pourquoi la qualité du bâti détermine le confort d’été
L’isolation thermique, enjeu central de l’été comme de l’hiver
Le confort d’été n’est pas une affaire de région chaude. C’est le constat central de l’Observatoire Leroy Merlin : les Français associent l’inconfort thermique aux caractéristiques du bâti, bien avant la localisation géographique. Quand on leur demande quels logements sont les plus difficiles à vivre lors des fortes chaleurs, ils citent en priorité :
- Les logements mal isolés — 52 % des citations
- Les logements situés au dernier étage ou sous les toits — 46 %
- Les logements sans volets, stores ou protections solaires — 37 %
Les régions chaudes (Sud, Méditerranée) ? Elles ne sont citées que par 19 % des répondants. Ce chiffre est éclairant. L’isolation thermique n’est plus seulement une réponse au froid hivernal ou aux factures d’énergie : elle devient une condition essentielle pour rendre le logement vivable l’été.
Les passoires thermiques — logements classés F ou G au DPE — cumulent d’ailleurs les deux handicaps : déperditions en hiver, surchauffe en été. Leur inertie thermique insuffisante empêche les murs de stocker la fraîcheur nocturne et de la restituer dans la journée. Résultat : le stress thermique s’intensifie, heure après heure.
Des disparités territoriales marquées
Les chiffres régionaux nuancent le tableau national. En Île-de-France, les petits appartements urbains (27 %) et les logements anciens (27 %) concentrent les difficultés. En Nouvelle-Aquitaine, ce sont les logements au dernier étage (49 %) et sans protections solaires (41 %) qui posent le plus problème.
Par ailleurs, en milieu urbain dense, l’effet d’îlot de chaleur amplifie encore la situation : le béton et l’asphalte absorbent la chaleur le jour et la restituent la nuit, privant les habitants de toute récupération thermique naturelle. La priorité de rénovation thermique varie donc selon les territoires — mais elle s’impose partout.
Nuits perturbées, sommeil volé : l’impact invisible sur la santé
Près de 30 millions de Français subissent des nuits trop chaudes
La chaleur frappe d’abord la nuit. 43 % des Français déclarent qu’il fait trop chaud pour dormir, et autant peinent à trouver le sommeil en période de forte chaleur. Ces deux difficultés touchent potentiellement près de 30 millions de personnes. En journée, 27 % souffrent également de températures excessives chez eux. Et 24 % se sentent incapables de récupérer, accumulant une fatigue durable.

La moitié des Français voient leur santé affectée
L’impact va bien au-delà d’une gêne passagère. La moitié des Français déclarent que les fortes chaleurs affectent leur santé mentale ou physique. Certains profils sont nettement plus exposés : 71 % des foyers avec un bébé ou un enfant de moins de 3 ans, 70 % des 18-24 ans, et 69 % des habitants d’un logement très mal isolé. En Île-de-France et dans les Hauts-de-France, la difficulté à dormir dépasse la moyenne nationale : 49 % contre 43 %. Le confort d’été est donc, aussi, un enjeu de santé publique.
La chambre, épicentre de l’inconfort thermique
Espace de repos devenu lieu de souffrance
La chambre à coucher est la pièce qui cristallise le plus l’inconfort d’été. Près d’un Français sur deux (46 %) la désigne comme la plus difficile à vivre lors des fortes chaleurs. Loin derrière, le salon/séjour arrive en deuxième position (29 %), suivi de la cuisine (18 %) et des pièces sous les toits ou combles aménagés (16 %).
Dans les Hauts-de-France, cette concentration sur la chambre est encore plus marquée : 54 % des habitants la citent. La pièce censée garantir le repos devient, en période de canicule, le premier foyer d’inconfort.

Comment les Français s’adaptent — et jusqu’où ils peuvent aller ?
Des stratégies de survie plus que de confort
Face à la chaleur, les Français ne restent pas passifs. 90 % déclarent avoir modifié au moins une de leurs habitudes. Les réflexes les plus répandus sont simples et peu coûteux : fermer les volets, stores ou rideaux en journée (63 %) et aérer la nuit ou très tôt le matin (61 %). Viennent ensuite la limitation des appareils chauffants (35 %) et les douches froides (30 %).
Ces gestes du quotidien révèlent pourtant une réalité contrainte. Faute de pouvoir rénover ou déménager, les habitants composent avec leur logement tel qu’il est : vivre dans la pénombre pour bloquer le soleil, ouvrir la nuit en acceptant le bruit et les insectes, changer de pièce pour dormir. Ce ne sont pas des choix — ce sont des accommodements.

Quand la chaleur pousse au déménagement
Pour certains, la situation dépasse le seuil du supportable. 28 % des Français déclarent avoir déjà été contraints de quitter leur logement à cause de la chaleur. Cette proportion monte à 60 % chez les 18-24 ans et à 57 % chez les foyers avec un bébé de moins de 3 ans. Au-delà de ces départs temporaires, 30 % estiment que leur logement peut devenir inhabitable. Plus d’un tiers évoquent aussi des conséquences sociales concrètes : ne plus oser inviter des amis tant il fait chaud chez soi.
Ces constats alimentent des envies de partir pour de bon. 36 % des Français envisagent de déménager à cause de l’inconfort thermique — dont 7 % de façon déjà planifiée. Ce chiffre grimpe à 66 % chez les 18-24 ans, 62 % chez les foyers avec un jeune enfant et 61 % chez les habitants d’un logement très mal isolé. En Île-de-France, 42 % envisagent un déménagement et 43 % considèrent leur logement potentiellement inhabitable. Le confort d’été devient ainsi un facteur de mobilité résidentielle à part entière.
Des travaux engagés, mais inégalement accessibles
63 % des Français ont déjà réalisé au moins une installation ou modification pour améliorer leur confort d’été. Les actions les plus fréquentes : climatisation (25 %), amélioration de l’isolation (21 %), protections solaires extérieures (18 %) et changement de vitrages/fenêtres (18 %). La végétalisation des balcons, toitures-terrasses ou cours intérieures concerne 14 % des ménages. En rafraîchissant l’air par évapotranspiration, elle contribue à la performance énergétique du bâtiment et s’inscrit dans une logique d’habitat durable.
En PACA/Corse et en Occitanie, les habitants sont nettement plus avancés : respectivement 40 % et 35 % ont installé une climatisation. Néanmoins, un paradoxe persiste : ceux qui souffrent le plus de la chaleur — locataires, habitants d’appartements, petits logements mal isolés — sont précisément ceux qui disposent de la plus faible marge d’action.

Climatisation : solution miracle ou malaise écologique ?
La climatisation en tête des solutions jugées efficaces
Pour améliorer le confort d’été, la climatisation arrive en tête des solutions jugées les plus efficaces : 41 % des Français la citent en premier, devant une meilleure isolation (32 %), les volets et stores (22 %) et une meilleure ventilation (20 %). Sur le terrain, un Français sur quatre en est déjà équipé.
Pourtant, le regard porté sur la climatisation est tout sauf univoque. Elle est perçue comme :
- Un confort indispensable — 35 %
- Un luxe — 19 %
- Une solution de dernier recours — 16 %
- Une aberration écologique — 15 %
- Un mal nécessaire — 14 %
Une ambivalence géographique et culturelle
Les écarts régionaux sont frappants. En PACA-Corse, 51 % des habitants la jugent indispensable, contre 43 % en Occitanie. La Bretagne se distingue nettement : 24 % des habitants y voient une aberration écologique, tandis qu’une proportion identique la considère comme un confort indispensable.
Ainsi, la climatisation cristallise une tension de fond : solution efficace pour ceux qui vivent sous des chaleurs intenses, symbole d’une consommation énergétique jugée excessive pour ceux qui habitent des régions plus tempérées. Une même réponse technique, deux lectures opposées.
Les freins à l’action : coût, statut de locataire et manque de repères
87 % des Français identifient au moins un obstacle
L’envie d’agir existe. Pourtant, le passage à l’acte bute sur des obstacles bien concrets. 87 % des Français citent au moins un frein à l’adaptation de leur logement aux fortes chaleurs. Chez les propriétaires, le premier obstacle est financier : le coût des travaux (55 %). Viennent ensuite des freins moins visibles — ne pas savoir par où commencer, méconnaître les solutions disponibles, douter de leur efficacité réelle.
Les locataires face à un double verrou
Pour les locataires, la situation est encore plus bloquée. 93 % citent au moins un obstacle, contre 82 % des propriétaires. Leur frein principal n’est pas le coût : c’est leur statut lui-même, invoqué par 58 % d’entre eux. Ils ne peuvent pas engager de travaux sans l’accord du bailleur. Or cet accord est rarissime. Parmi ceux qui ont sollicité leur propriétaire pour des travaux ou équipements liés au confort d’été :
- Seuls 6 % ont obtenu satisfaction
- 12 % ont essuyé un refus ou un report
- 14 % n’ont reçu aucune réponse
En d’autres termes, huit locataires sur dix restent sans réponse ou face à un refus. La fracture thermique est aussi une fracture de pouvoir d’agir.
Des disparités territoriales dans les blocages
Les freins prennent aussi une couleur régionale. Dans les Hauts-de-France, le coût ressort particulièrement fort (54 %). En Île-de-France, les difficultés sont plus diffuses : les habitants peinent davantage à identifier les solutions existantes et à définir ce qu’il faut prioriser. Ces écarts appellent des réponses différenciées — un accompagnement adapté aux réalités locales du confort d’été, plutôt qu’une politique uniforme.
Conclusion
Le confort d’été dans le logement n’est plus un sujet secondaire : il touche au sommeil, à la santé et, pour des millions de Français, à la possibilité même de rester chez soi. La chaleur ne frappe pas au hasard — elle révèle et amplifie les inégalités déjà présentes dans le parc immobilier, entre ceux qui peuvent rénover et ceux qui doivent subir. Face à l’intensification prévisible des canicules, rendre le logement thermiquement performant n’est plus une option : c’est une nécessité, pour les propriétaires comme pour les bailleurs.

