935 000 transactions dans l’ancien en 2025, des délais de vente qui raccourcissent, une offre qui gonfle de 14 % : le marché immobilier envoie des signaux positifs en ce début 2026. Pourtant, l’Observatoire immobilier Bien’ici, publié en avril 2026 et fondé sur plus d’un million d’annonces et 20 millions de visites mensuelles sur bienici.com, tempère l’enthousiasme. Le mois de mars a pesé lourd. Les tensions géopolitiques liées au conflit en Iran ont freiné net l’élan des acquéreurs, ravivant le spectre du choc de confiance de 2022. Le marché immobilier retrouve certes sa fluidité, mais sur un équilibre encore fragile. La reprise va-t-elle tenir ?
Sommaire :
- Le marché immobilier de la transaction : un rééquilibrage en marche
- Offre, demande, délais : que disent vraiment les chiffres ?
- Les prix de l’immobilier : appartements en hausse, maisons en repli
- Location et neuf : deux marchés sous tension
- Les villes où les prix bougent le plus en 2026
- Conclusion : le 2e trimestre, verdict pour le marché immobilier
À retenir – Marché immobilier au 1er trimestre 2026
- L’offre de biens à vendre atteint son niveau record depuis trois ans (+14 %).
- Les annonces se vendent plus vite : 73 jours en moyenne, soit 10 jours de moins qu’en 2025.
- Les prix des appartements remontent (+0,2 %), ceux des maisons reculent (-0,2 %).
- Le marché locatif reste en pénurie structurelle malgré un léger regain d’offre.
- Le 2e trimestre sera décisif pour confirmer ou non la reprise.
Le marché immobilier de la transaction : un rééquilibrage en marche
Le baromètre Bien’ici T1 2026 dresse un tableau nuancé du marché immobilier français. La reprise amorcée en 2025 se prolonge. Elle avance néanmoins à pas comptés. L’offre de biens à vendre progresse de +14 % sur douze mois. Les appartements tirent cette hausse vers le haut : +18,5 % d’annonces supplémentaires, contre +10 % pour les maisons.
Un ajustement vendeurs-acheteurs enfin opéré
Ce retour massif de l’offre révèle un réalisme retrouvé chez les vendeurs. Trop longtemps, le marché immobilier a souffert d’un déséquilibre structurel. Les prix de vente affichés dépassaient la capacité de financement réelle des acquéreurs. Or, cet écart entre valeur vénale et pouvoir d’achat immobilier semble désormais comblé. La preuve la plus tangible : les délais de commercialisation reculent.
La demande se révèle dès lors plus sélective, mais plus efficace. Le volume de contacts sur les annonces de vente recule de -4 % sur un an. Toutefois, cette baisse masque des réalités très différentes selon la typologie de bien : -9 % sur les appartements, mais +1 % sur les maisons. En effet, les acquéreurs savent où ils vont. Ils sollicitent moins d’annonces, mais ciblent des biens qui correspondent réellement à leur enveloppe budgétaire.
Le retour des primo-accédants, levier clé
Le retour des primo-accédants constitue l’un des faits marquants de ce T1 2026. Les taux de crédit immobilier se stabilisent. Les conditions d’octroi de prêt s’assouplissent progressivement. Les ménages retrouvent ainsi du pouvoir d’achat immobilier et franchissent enfin le cap de l’accession à la propriété. Ce mouvement de rotation bénéficie mécaniquement au marché locatif, où l’offre progresse de +12 % sur un an. L’enchaînement est vertueux : les primo-accédants deviennent propriétaires, libèrent leur logement locatif, et le parc disponible à la location s’étoffe peu à peu.
Offre, demande, délais : que disent vraiment les chiffres ?
La tension sur le marché chute de 16 % en un an
La tension immobilière mesure le rapport entre la demande et l’offre. Elle recule de -16 % au niveau national entre le T1 2025 et le T1 2026. La pression des acquéreurs sur le stock disponible s’allège ainsi sensiblement. Cela ne signifie pas que le marché immobilier décroche. Cela signifie, en revanche, qu’il retrouve un fonctionnement sain, plus proche de l’équilibre offre-demande que lors des années de surchauffe.
Deux régions se distinguent positivement au T1 2026. La Bretagne et le Grand-Est affichent une belle progression de leur indice de tension : +9 % et +12 % respectivement. Ces territoires bénéficient d’un regain d’attractivité résidentielle et d’une demande de logements soutenue. À l’inverse, certaines régions voient leur tension se contracter fortement. La Bourgogne-Franche-Comté chute de -26 %, l’Occitanie de -20 %, la PACA de -19 %. Ce recul traduit un net rééquilibrage entre acheteurs et vendeurs dans ces marchés locaux.

Les délais de vente par région : l’Île-de-France, championne de la vitesse
La durée moyenne de mise en vente varie fortement selon les territoires. L’Île-de-France se distingue nettement avec seulement 50 jours de délai moyen de commercialisation. C’est la région la plus réactive de France métropolitaine. Cette performance s’explique par une demande soutenue dans les bassins d’emploi franciliens et une capacité de financement plus solide des acheteurs. À l’opposé, la Corse affiche 95 jours. Les Pays de la Loire atteignent 92 jours, le Centre-Val de Loire 90 jours. Ces marchés affichent pourtant une amélioration sensible par rapport à 2025 : la rotation des biens s’accélère, même si elle reste plus lente qu’ailleurs.

Les prix de l’immobilier : appartements en hausse, maisons en repli
Une divergence inédite entre appartements et maisons
Le prix moyen au m² national progresse de +1 % sur un an. Cette moyenne cache pourtant une divergence marquée entre les deux grandes catégories de biens. Les appartements voient leur valeur se raffermir légèrement : +0,2 % sur un an. Les maisons, en revanche, subissent un ajustement baissier de -0,2 %. Deux dynamiques de marché immobilier s’affrontent ainsi, avec des trajectoires de prix opposées selon la nature du bien et sa localisation.

Le rebond des prix des appartements s’explique par une demande concentrée sur les grandes agglomérations et les zones d’emploi denses. À Paris, le prix de vente moyen au m² atteint 11 435 €. Il progresse de +2 % sur un an et de +4 % sur deux ans. Cette valorisation nette confirme l’attractivité persistante de la capitale sur le marché résidentiel. En Île-de-France hors Paris, le prix des appartements recule de -3 % sur un an et atteint 5 275 €/m². En zones urbaines hors IDF, il s’établit à 4 150 €/m², en légère hausse de +0,3 %. La demande métropolitaine reste donc bien orientée.
Les maisons, en revanche, souffrent d’un repositionnement des arbitrages d’achat. Les charges énergétiques pèsent. Le coût des trajets domicile-travail freine les projets. L’attractivité des zones rurales ou périphériques s’érode. L’essor du télétravail, qui avait dopé les prix des maisons entre 2020 et 2022, ne produit plus le même effet. En zones rurales hors IDF, le prix de cession des maisons tombe à 1 972 €/m², en recul de -0,4 % sur un an. Les définitions des zones urbaines, péri-urbaines et rurales retenues par Bien’ici sont celles établies par l’INSEE.
Location et neuf : deux marchés sous tension
Le marché locatif : une accalmie trompeuse
Pour la première fois depuis plus de deux ans, les indicateurs du marché locatif s’inversent. L’offre de biens à louer progresse de +12 % au T1 2026 par rapport au T1 2025. Dans le même temps, la demande locative recule de -20 % en volume de contacts. Le loyer moyen national progresse, lui, légèrement : +0,2 % sur un an. Cet impact se révèle plus marqué sur les appartements en agglomération. Les maisons à louer en zone rurale, en revanche, voient leurs loyers baisser.
Toutefois, cette accalmie reste trompeuse. La pénurie de logements locatifs demeure une réalité structurelle. Depuis l’été 2021, le stock locatif disponible a été divisé par 2,5. Trois facteurs expliquent ce recul massif : des rendements locatifs insuffisants face à la pression fiscale, la sortie du parc de logements classés passoires thermiques (DPE F et G), et l’attentisme des bailleurs privés. Même avec cette progression du T1 2026, le niveau de l’offre reste inférieur à celui du T1 2024. L’été s’annonce donc à nouveau tendu. Le pic saisonnier de demande risque de révéler, une fois de plus, la fragilité du parc locatif disponible.
Le neuf : un frémissement sous haute vigilance
La situation de l’immobilier neuf reste préoccupante, voire critique selon le baromètre Bien’ici. Un léger frémissement se dessine néanmoins. L’offre de programmes neufs progresse de +2 % au T1 2026. Surtout, la demande de logements neufs augmente deux fois plus vite que l’offre : +4 % de contacts sur les annonces de biens neufs. Les prix affichés, eux, reculent de -5 % sur un an. Ils reviennent ainsi à des niveaux proches de ceux d’il y a deux ans. Ce signal positif profite aux investisseurs et aux ménages qui souhaitent acquérir en VEFA (vente en l’état futur d’achèvement).

Le dispositif Jeanbrun constitue le principal levier d’espoir pour relancer la construction neuve. Ce mécanisme fiscal récent prend le relais du dispositif Pinel, supprimé fin 2024. Il vise à soutenir l’investissement locatif privé et cible les acquéreurs de logements neufs destinés à la location. Il garantit par ailleurs une rénovation du bâti ancien.
En parallèle, les professionnels du secteur devront convaincre les équipes municipales récemment élues d’accorder davantage de permis de construire. Sans ce double effort sur l’offre foncière et le financement, la pénurie de logements neufs risque de se prolonger. Elle pèsera, par ricochet, sur le marché locatif, au détriment des ménages les plus fragiles.
Les villes où les prix bougent le plus en 2026
Le podium des villes les plus chères reste inchangé
Paris, Neuilly-sur-Seine et Levallois-Perret conservent leur position de villes les plus chères de France. Les prix moyens au m² y dépassent 10 000 €. Le classement des grandes métropoles reste figé au sommet.
Le Top 5 des marchés les plus onéreux s’élargit à Boulogne-Billancourt et Vincennes. Ces deux communes franciliennes bénéficient de la proximité de Paris et d’un accès aux transports en commun qui soutient leur valorisation foncière. À l’autre extrémité du spectre, Montluçon reste la ville la moins chère de France : 928 €/m². Saint-Quentin (1 249 €/m²) et Nevers (1 324 €/m²) complètent ce podium. Ces marchés de report attirent des primo-accédants grâce à leur accessibilité financière.
Les plus fortes variations de prix médians
Sur les villes de plus de 30 000 habitants, les écarts de valorisation sont spectaculaires. La Courneuve (+32 %), Noisy-le-Sec (+30 %) et Calais (+28 %) enregistrent les plus fortes hausses du prix médian d’un appartement de 3 pièces sur un an. Ces progressions traduisent souvent un rattrapage de marchés historiquement sous-valorisés. Elles reflètent aussi un effet de report de la demande depuis des communes plus chères.
À l’inverse, Creil (-29 %), Malakoff (-29 %) et Villeneuve-d’Ascq (-27 %) subissent les corrections les plus sévères. Ces baisses signalent un ajustement des prix de présentation à la réalité du pouvoir d’achat local des acquéreurs.

Conclusion : le 2e trimestre, verdict pour le marché immobilier
Le marché immobilier français s’inscrit au T1 2026 dans la continuité de la reprise de 2025. Le volume de transactions se stabilise. L’offre se reconstitue. Les délais de commercialisation reculent. Les prix de vente s’approchent de l’équilibre. La confiance des ménages reste néanmoins fragile.
Régis Sébille, Responsable des analyses Bien’ici, le souligne sans ambiguïté : “le mois de mars a marqué un coup de frein sur l’engagement des acquéreurs, sous l’effet des incertitudes géopolitiques internationales.”
En conséquence, la phase d’attentisme de 2023-2024 pourrait se reproduire. Elle avait été causée par un déséquilibre entre prix affichés et capacité d’emprunt des ménages. Or, une remontée des taux directeurs de la BCE viendrait aggraver ce risque. Elle réduirait à nouveau le pouvoir d’achat immobilier des ménages et frénerait les projets d’acquisition. Dès lors, le bilan 2026 du marché immobilier reposera principalement sur la dynamique du 2e trimestre. Ce printemps sera décisif : il dira si la reprise s’ancre durablement ou si le marché retombe dans une logique de blocage.

