Le nouveau maire de Paris veut frapper fort. Dans une annonce qui secoue le marché immobilier francilien, il propose de quasi-doubler la taxe sur les logements vacants à Paris : de 17 % à 30 % dès la première année d’inoccupation, et de 34 % à 60 % au bout de deux ans. L’objectif affiché est simple — remettre des dizaines de milliers de logements sur le marché. Mais, pour Olivier Princivalle, président de la FNAIM du Grand Paris, cette mesure repose sur un diagnostic erroné et risque d’aggraver la crise au lieu de la résoudre. Il décortique les failles de cette approche punitive et plaide pour une stratégie économique cohérente, fondée sur l’incitation plutôt que la sanction.
Sommaire :
- La taxe sur les logements vacants à Paris : un mauvais diagnostic ?
- Doubler la taxe sur les logements vacants à Paris : quels risques pour les investisseurs ?
- Quelles alternatives à la taxe sur les logements vacants à Paris ?
- Crise du logement à Paris : quelle stratégie économique cohérente ?
À retenir — Taxe sur les logements vacants à Paris
- Le maire de Paris veut porter la taxe sur les logements vacants à 30 % après un an et 60 % après deux ans.
- La FNAIM du Grand Paris juge cette mesure punitive et contre-productive.
- Les bailleurs privés représentent près de 60 % du parc locatif parisien.
- Seulement 3 200 logements ont été autorisés à Paris en septembre 2025, soit -2,9 % en un an.
- La FNAIM plaide pour des exonérations fiscales temporaires et une relance de la construction.
La taxe sur les logements vacants à Paris : un mauvais diagnostic ?
Une vacance qui cache des réalités bien plus complexes
La taxe sur les logements vacants à Paris existe depuis plusieurs années. Elle cible la vacance locative dans les zones tendues — ces territoires où la pénurie de logements est structurelle — conformément aux dispositions de la loi n° 98-657 du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions, modifiée par la loi de finances rectificative pour 2012. Sont concernés les logements inoccupés depuis plus d’un an, qu’ils appartiennent à des particuliers ou à des personnes morales.
Mais l’annonce municipale d’un quasi-doublement des taux soulève une question fondamentale : les propriétaires gardent-ils vraiment leurs biens vides par choix délibéré ?
Selon Olivier Princivalle, la réponse est non. Dans sa réaction du 16 avril 2026, il écrit : « Il n’existe aucune logique économique à garder un logement vide par plaisir, comme un trésor que l’on accumulerait jalousement. Un bien immobilier est un actif coûteux. S’il a été acquis, c’est dans l’immense majorité des cas pour être habité ou loué. »
Les causes réelles de la vacance locative sont multiples. Les travaux de conformité énergétique — coûteux et longs à initier, notamment au sein des copropriétés dont les charges pèsent déjà lourd — freinent de nombreux propriétaires. Certains biens servent de résidences secondaires. D’autres restent vides en raison des incertitudes réglementaires liées aux nouvelles obligations DPE et à la loi Climat et Résilience de 2021 : autant de réalités complexes auxquelles une taxe punitive ne répond pas.
Quand la vraie question est ailleurs
La FNAIM du Grand Paris pose le problème différemment. Ce n’est pas « pourquoi les logements sont-ils vacants ? » qu’il faut se demander, mais « pourquoi ne peuvent-ils plus être loués ? ». Ce glissement de perspective change tout.
La crise du logement parisienne tient d’abord à une production insuffisante de logements neufs. En septembre 2025, seulement 3 200 logements ont été autorisés à Paris, soit une baisse de 2,9 % sur douze mois glissants, selon le Service des données et études statistiques (SDES). Ce chiffre est dramatiquement insuffisant pour une métropole de la taille de Paris.
S’y ajoute un décrochage massif de l’investissement locatif privé. Or, les bailleurs privés fournissent près de 60 % des logements locatifs parisiens. Leur retrait du marché aggrave mécaniquement la pénurie de logements disponibles à la location.
Doubler la taxe sur les logements vacants à Paris : quels risques pour les investisseurs ?
Une fiscalité punitive qui accélère la défiance
Augmenter massivement la taxe sur les logements vacants à Paris comporte un risque majeur : accroître la défiance des investisseurs et accélérer leur retrait du marché locatif. C’est précisément l’effet inverse de celui recherché.
La logique est simple. Un propriétaire qui perçoit la fiscalité immobilière comme confiscatoire — encadrement des loyers, hausse de la taxe foncière, nouvelles obligations DPE issues de la loi Climat et Résilience (loi n° 2021-1104 du 22 août 2021) — voit son rendement locatif s’éroder jusqu’à rendre la location non rentable. Il préférera alors vendre plutôt que louer. Or, un logement vendu à un accédant à la propriété sort définitivement du parc locatif privé. La crise immobilière s’aggrave mécaniquement.
L’encadrement des loyers en question
L’encadrement des loyers, en vigueur à Paris depuis 2019 dans le cadre de la loi ELAN (loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018), est lui aussi pointé du doigt. Pour la FNAIM du Grand Paris, il doit, à défaut d’être supprimé, être ajusté pour mieux refléter la réalité des biens. Cela implique d’intégrer davantage leurs caractéristiques propres — notamment leur performance énergétique — et de bonifier les logements les plus vertueux sur le plan énergétique. Une modulation plus fine à l’échelle de l’immeuble éviterait les effets de moyenne pénalisants, qui découragent les bailleurs de rénover leur patrimoine.
Quelles alternatives à la taxe sur les logements vacants à Paris ?
Restaurer la confiance des investisseurs par l’incitation
La FNAIM du Grand Paris appelle à un changement de paradigme : passer de la punition à l’incitation. Concrètement, cela suppose des mesures fiscales attractives pour les nouveaux bailleurs. Olivier Princivalle propose une exonération temporaire de fiscalité : deux ans pour un logement dans l’ancien, trois ans pour un logement neuf mis en location pour la première fois.
Le dispositif Jeanbrun — issu de la loi de finances 2024, qui réforme la fiscalité des meublés de tourisme — ne présente en l’état aucun bénéfice pour le bailleur dans l’ancien, selon la FNAIM. Des mesures incitatives locales claires sont donc nécessaires pour compenser ce vide fiscal et relancer l’investissement locatif privé à Paris.
Relancer la construction : les leviers disponibles
La troisième priorité est la relance de la construction et de la production de logements neufs. Paris dispose de leviers encore sous-exploités : la surélévation des bâtiments existants, la valorisation des espaces aériens et la mobilisation des friches urbaines. Ces solutions évitent le recours systématique au permis de construire sur terrain vierge, rare dans la capitale. Elles existent. Il reste à les assumer politiquement et à lever les obstacles réglementaires qui les freinent.
Pour la FNAIM du Grand Paris, l’équation est claire : sans nouvelle offre, aucune mesure fiscale sur la vacance locative ne résoudra la crise. Doubler la taxe sur les logements vacants à Paris peut donner l’illusion d’une action rapide. En réalité, c’est une réponse simpliste à un problème structurel profond.
Crise du logement à Paris : quelle stratégie économique cohérente ?
Sortir de l’opposition propriétaires/locataires
La crise du logement à Paris ne se résoudra pas en opposant artificiellement propriétaires et locataires. C’est le message central de la FNAIM du Grand Paris. Une approche économique lucide, équilibrée et incitative s’impose — fondée sur un objectif simple : créer les conditions pour attirer de nouveau les bailleurs privés sur le marché locatif parisien.
Cela suppose une lecture honnête du marché locatif parisien. Les bailleurs privés ne sont pas les responsables de la pénurie de logements. Ils en sont, eux aussi, les victimes : victimes d’une fiscalité immobilière alourdie, d’un encadrement des loyers rigide et d’une insécurité juridique croissante liée aux réformes successives du droit locatif, qui découragent l’investissement locatif sur le long terme.
Un appel à reconstruire plutôt qu’à punir
La conclusion d’Olivier Princivalle est sans ambiguïté : « À Paris, le défi n’est pas de punir, mais de reconstruire. » Cette formule résume la position de la FNAIM du Grand Paris face à l’annonce municipale sur la taxe sur les logements vacants à Paris.
La réforme fiscale proposée par le maire de Paris détourne l’attention des véritables leviers de sortie de crise : production de logements neufs, rénovation énergétique facilitée, fiscalité locative incitative. C’est sur ces axes que devrait se concentrer l’action publique — pas sur une taxe punitive dont les effets pervers risquent de dépasser les bénéfices espérés. Le marché locatif parisien a besoin de confiance, de stabilité réglementaire et d’une vision à long terme — pas d’une nouvelle épée de Damoclès fiscale au-dessus des propriétaires bailleurs.
