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Construction

Défaillances des entreprises : le bâtiment sous tension en 2026

Défaillances des entreprises : le bâtiment sous tension en 2026

​18 986 défaillances des entreprises au premier trimestre 2026 : jamais la France n’avait atteint un tel niveau depuis la crise de 2008. Altares publie, le 14 avril 2026, un bilan sans appel — 75 350 emplois menacés, un record absolu depuis 2009. Dans ce tableau sombre, le secteur de la construction concentre une faillite sur quatre. Le gros œuvre résiste. Le second œuvre s’effondre. La promotion immobilière explose à +51 %. Qui tient encore, et jusqu’à quand ?


Sommaire :


À retenir — Défaillances des entreprises dans le bâtiment et l’immobilier en 2026

  • 18 986 défaillances des entreprises ont été ouvertes au T1 2026, soit +6,4 % en un an.
  • 75 350 emplois sont menacés, un record absolu depuis la crise de 2009.
  • Le gros œuvre résiste (-9 %) mais le second œuvre s’enfonce (+8 %).
  • La promotion immobilière enregistre une hausse spectaculaire de +51 % de ses défaillances.
  • Les PME de 20 à 99 salariés constituent la nouvelle zone de fragilité du BTP (+12,1 %).

Défaillances des entreprises dans le bâtiment et l'immobilier en 2026

Le bâtiment résiste-t-il vraiment face à la vague de défaillances des entreprises ?

Une quasi-stabilité de façade dans la construction

Au premier trimestre 2026, la construction enregistre une hausse de seulement +1,7 % des défaillances des entreprises. Le chiffre paraît rassurant. En réalité, il masque une fracture profonde entre deux mondes opposés.

Le gros œuvre améliore nettement sa situation. Les défaillances y reculent de -9 %, à 1 152 procédures. La maçonnerie représente les deux tiers du segment : sa sinistralité baisse de -12 % (760 défaillances). Les travaux publics font encore mieux. Portés par une forte décrue du terrassement (-26 %), ils affichent un recul remarquable de -20 % (193 défaillances). La construction de maisons individuelles progresse, certes, de +5 % (245 défaillances), mais après une année 2025 particulièrement favorable (-14 %). Ces corps de métier du gros œuvre maintiennent un carnet de commandes solide, alimenté par les grands chantiers d’infrastructure. La conjoncture des travaux publics s’avère ainsi moins dégradée qu’anticipé.

Or, le second œuvre raconte une tout autre histoire. Les défaillances y bondissent de +8 %, atteignant 2 321 procédures. La peinture et la vitrerie accusent +25 % (391 défaillances). La menuiserie bois et PVC progresse de +17 % (271 défaillances). Ces artisans du bâtiment subissent de plein fouet trois pressions simultanées : la contraction du marché de la rénovation, l’allongement des retards de paiement et la hausse des coûts d’exploitation. Le contexte géopolitique instable aggrave encore la situation. Par ailleurs, ces très petites entreprises disposent souvent de peu de capitaux propres. Leur trésorerie se tend rapidement. Dès lors, le risque d’insolvabilité s’accroît de façon structurelle.

Défaillances des entreprises dans la construction et l'immobilier (T1 2026)

Le secteur immobilier : entre accalmie pour les agences et crise aiguë de la promotion

L’immobilier totalise 914 procédures collectives au premier trimestre 2026, soit +4 %. La promotion immobilière tire la tendance vers le haut. Elle enregistre 214 défaillances, en hausse spectaculaire de +51 %. Ces promoteurs paient le prix fort d’un retournement de cycle brutal. Les taux d’intérêt remontent. Les ventes en état futur d’achèvement (VEFA) s’effondrent. Les permis de construire reculent. Les chaînes logistiques se perturbent et alourdissent les coûts de construction. Résultat : la cessation de paiement frappe désormais des structures qui, il y a trois ans, portaient encore des projets ambitieux de logements collectifs.

Le marché de la transaction se normalise. Le volume des ventes reprend légèrement. Les taux se stabilisent. Autrement dit, le tissu économique des agences retrouve un équilibre relatif.

La vague de défaillances des entreprises épargne-t-elle les PME du bâtiment ?

Les microentreprises, premières victimes

Les microentreprises de moins de trois salariés concentrent 75 % de l’ensemble des défaillances des entreprises en France. Dans le bâtiment, elles constituent la grande majorité des acteurs : artisans, auto-entrepreneurs, sociétés unipersonnelles. Ces structures disposent souvent de peu de capitaux propres.

Aucune possibilité de redressement ne s’offre à elles. En effet, leur trésorerie est structurellement trop faible pour affronter un environnement économique dégradé. Ainsi, dès que les retards de paiement s’accumulent, la cessation de paiement suit rapidement.

Thierry Millon, directeur des études Altares, souligne : « Les trois quarts d’entre eux dirigent de très petites entreprises, le plus souvent anciennes et donc riches d’expérience. Au-delà de la disparition de savoir-faire, ces défaillances entraînent de lourdes conséquences sociales : emplois directement supprimés ou fragilisés, mais aussi effets indirects sur les fournisseurs, les sous-traitants et plus largement sur l’écosystème économique local. »

Les PME de 20 à 99 salariés, nouvelle zone de fragilité

Les TPE de 3 à 9 salariés affichent une meilleure résistance : -6,7 %, à 3 272 défaillances. Les PME de 10 à 19 salariés font encore mieux : leurs défauts reculent nettement à 830 procédures (-12,1 %). Pourtant, une catégorie concentre toutes les inquiétudes.

Ce sont précisément ces entreprises qui emploient l’essentiel des salariés du BTP. Ce sont elles aussi qui assurent la continuité des chantiers de taille intermédiaire. Leur fragilisation menace en conséquence toute la chaîne de sous-traitance et la chaîne de valeur du BTP.

Une PME en redressement judiciaire entraîne souvent dans sa chute plusieurs fournisseurs et sous-traitants dépendants. À l’opposé, les grandes structures de 100 salariés et plus résistent mieux : 54 défaillances seulement, soit 10 de moins qu’au premier trimestre 2025. Près de neuf sur dix bénéficient d’une procédure de sauvegarde ou d’un redressement judiciaire permettant la poursuite du plan d’activité.

Défaillances des entreprises par taille — T1 2026 vs T1 2025 (tableau comparatif)

Quelles régions concentrent le plus de défaillances des entreprises dans le BTP ?

Nouvelle-Aquitaine et Bourgogne-Franche-Comté, épicentres de la crise

La Nouvelle-Aquitaine affiche +18 % de défaillances des entreprises, avec 1 971 procédures ouvertes. C’est la troisième année consécutive de dégradation : +10 % en 2024, +15 % en 2025, +18 % en 2026. La viticulture girondine y pèse lourd, mais le BTP régional souffre également. La Bourgogne-Franche-Comté subit, elle, un brutal retournement. Elle avait bien débuté 2025 (-4 %). Elle affiche désormais +20 % (670 défaillances). Aucun département n’échappe à la dégradation.

Le Centre-Val-de-Loire repart fortement à la hausse : +16 % (616 défaillances), effaçant ainsi la bonne performance de l’année précédente (-10 %). À l’inverse, la Normandie (-13 %, 642 défaillances) et les Pays-de-la-Loire (-9 %, 845 défaillances) tirent leur épingle du jeu. Plusieurs départements clés y améliorent nettement leur situation.

L’Île-de-France contient la hausse, mais Paris dérape

L’Île-de-France totalise 4 371 défaillances, en progression de +5,8 %. La région reste ainsi sous la moyenne nationale de +6,4 %. Cinq départements franciliens tiennent dans le vert. Néanmoins, trois enregistrent des dégradations sévères : Paris (+13 %), les Hauts-de-Seine (+39 %) et le Val-d’Oise (+23 %). Ces chiffres traduisent la pression particulière qui s’exerce sur les entreprises de l’immobilier et des services. Ces secteurs restent en effet très concentrés dans la capitale.

Les redressements judiciaires explosent : quelles conséquences pour l’emploi dans le BTP ?

Un record d’emplois menacés depuis 2009

Le chiffre est brutal : 75 350 emplois sont menacés au premier trimestre 2026. Ce niveau dépasse le précédent record de 73 000, établi lors du même trimestre en 2009, en pleine crise des subprimes. Les défaillances des entreprises ne se réduisent jamais à de simples statistiques de sinistralité. Derrière chaque procédure collective, des salariés perdent leur emploi ou vivent dans l’incertitude du plan de redressement.

La menace pèse donc concrètement sur une large part de ces postes. Les effets indirects touchent par ailleurs les fournisseurs, les sous-traitants et, plus largement, l’ensemble de l’écosystème économique local.

Les redressements judiciaires, signe d’une crise financière qui s’aggrave

Les redressements judiciaires atteignent 5 767 au premier trimestre 2026, en hausse de +13,6 %. C’est la procédure collective qui progresse le plus vite. Ce signal indique que les entreprises arrivent au tribunal dans un état financier plus dégradé qu’auparavant. Certes, le redressement judiciaire offre en théorie la possibilité de préserver l’activité et l’emploi via un plan de redressement. Toutefois, il traduit aussi une aggravation réelle des difficultés de trésorerie et d’insolvabilité.

Les liquidations judiciaires directes restent les plus nombreuses (12 836 ; +3,6 %), mais leur rythme de progression ralentit. Les sauvegardes, en revanche, demeurent anecdotiques : 383 ouvertures seulement (+2,7 %), soit 2 % de l’ensemble des procédures. Les entreprises ne recourent pourtant pas assez tôt aux dispositifs préventifs — mandat ad hoc, conciliation — qui restent disponibles avant toute cessation de paiement.

Défaillances des entreprises par type de procédure — T1 2022 à T1 2026

Thierry Millon, directeur des études Altares, conclut : « L’accompagnement des entreprises en difficulté apparaît comme une priorité forte. Dans ce contexte, l’État a lancé, en février dernier, la Charte de confiance visant à renforcer l’anticipation, l’accompagnement et la prévention des difficultés des entreprises. Cette initiative mérite d’être pleinement soutenue en direction des PME et des ETI. Toutefois, 93 % des défaillances de ce trimestre concernent des très petites entreprises. Des structures pour lesquelles le temps long, pourtant indispensable à un retournement durable, constitue un luxe souvent inaccessible. »

Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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