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Immobilier

​Marché immobilier : géopolitique, climat et DPE redessinent les critères d’achat

​Marché immobilier : géopolitique, climat et DPE redessinent les critères d’achat

Le marché immobilier français entre dans une nouvelle phase. Après plusieurs trimestres de reprise progressive, l’Observatoire Interkab publie son baromètre du deuxième trimestre 2026, fondé sur les données de 8 500 agences indépendantes et l’analyse de plus de 1,2 million d’annonces. Résultat : les transactions accélèrent fortement avec +41 % de compromis signés par rapport au premier trimestre, mais les critères qui guident les décisions d’achat sur le marché immobilier changent en profondeur. La géopolitique, le changement climatique et la réglementation énergétique s’imposent désormais comme des paramètres incontournables, aux côtés des taux et des prix.


Sommaire :


À retenir — Marché immobilier T2 2026

  • Les compromis signés bondissent de +41 % en un seul trimestre.
  • 78 % des agents constatent que la géopolitique freine les décisions d’achat.
  • 61 % des acheteurs intègrent désormais le critère climatique dans leur choix de logement.
  • Les prix se stabilisent à 3 625 €/m² en moyenne nationale.
  • Les investisseurs attendent un cadre réglementaire plus lisible avant de se repositionner.

Marché immobilier T2 2026

Le marché immobilier confirme son retour à l’équilibre

Le deuxième trimestre 2026 confirme ce que les professionnels observent depuis plus d’un an : le marché repart. Le volume de compromis signés bondit de +41 % par rapport au premier trimestre, pour atteindre 69 062 actes au niveau national. Mieux encore, cette hausse n’est pas le fait d’une seule région. Elle s’étend de l’Île-de-France (+29 %) à l’Occitanie (+38 %), en passant par la Provence-Alpes-Côte d’Azur (+37 %) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (+34 %). Le signal est donc clair : la reprise est nationale.

Des prix au m² qui se stabilisent sur l’ensemble du territoire

Côté prix, le message est rassurant. Le prix moyen national s’établit à 3 625 €/m², en recul de seulement 0,4 % sur le trimestre. Autrement dit, la correction est terminée. La quasi-totalité des régions se stabilise, avec quelques légères divergences : l’Île-de-France et l’Occitanie progressent modestement (+0,3 % et +0,5 %), tandis que PACA (-1,1 %) et Auvergne-Rhône-Alpes (-1,4 %) enregistrent les seuls reculs notables. Par type de bien, les appartements s’établissent à 4 437 €/m² (-1 %) et les maisons à 2 852 €/m² (stable).

Dans les dix plus grandes villes, la moyenne atteint 4 863 €/m² (-1 %). Paris reste hors catégorie à 10 308 €/m². À l’autre bout du spectre, Montpellier se distingue par un recul plus marqué (-2,6 %), quand Paris, Marseille et Toulouse tiennent bon à 0 %.

Prix au m² dans les 10 plus grandes villes françaises au 2e trimestre 2026 — Source : Observatoire Interkab / La Boîte Immo

Des délais de vente encore en recul sur un an

Les délais de vente remontent légèrement : +9 jours sur le trimestre, pour atteindre 116 jours en moyenne. Rien d’inquiétant. Cette hausse reflète en grande partie la saisonnalité estivale, quand les acheteurs et vendeurs ralentissent le rythme. Ce qui compte davantage, c’est la tendance annuelle : sur un an, les délais ont reculé de 28 jours — soit presque un mois gagné. Montpellier reste la ville la plus rapide (86 jours), quand Toulouse (134 jours) et Paris (126 jours) progressent plus sensiblement.

Le stock de biens disponibles se reconstitue

Le stock de biens à la vente se reconstitue : +7 % sur le trimestre, pour atteindre 710 674 annonces en juin 2026. C’est une bonne nouvelle pour les acheteurs, qui disposent de davantage de choix. Ce phénomène s’observe partout en France, de +2 % en Nouvelle-Aquitaine à +8 % en PACA. Toulouse (+15 %) et Strasbourg (+13 %) mènent la danse parmi les grandes villes.

Tableau comparatif des principaux indicateurs du marché immobilier national — T2 2026 vs T1 2026 — Source : Observatoire Interkab / La Boîte Immo

La géopolitique pèse sur les décisions d’achat

C’est l’enseignement le plus inattendu de ce baromètre. Près de 78 % des agents immobiliers indépendants estiment que les tensions géopolitiques — notamment au Moyen-Orient — influencent les décisions d’achat de leurs clients. Un chiffre qui dit beaucoup : le marché immobilier ne se résume plus à l’équation taux + prix + localisation. Les incertitudes internationales ont rejoint la liste des critères qui pèsent sur les projets.

Un attentisme qui rallonge les délais sans bloquer les projets

Concrètement, la géopolitique ne provoque pas d’arrêt des transactions. Elle allonge le temps de réflexion et rend les arbitrages plus complexes.

Olivier Bugette, CEO de La Boîte Immo, le résume ainsi : « Les ménages intègrent désormais des critères liés à la géopolitique, au climat ou encore à la réglementation énergétique. Cela ne bloque pas les projets, mais cela rallonge les délais de réflexion et rend les décisions plus complexes. »

C’est surtout visible chez les ménages qui hésitent entre louer et acheter, ou qui repoussent un investissement locatif dans l’attente d’une clarification du contexte. Dans ces moments d’hésitation, l’agent immobilier indépendant joue un rôle décisif : lire les signaux du marché local et sécuriser la décision.

Le changement climatique s’invite dans les critères de choix

Autre signal fort de ce trimestre : le changement climatique entre dans les critères d’achat. Pour 61 % des agents indépendants, les conséquences du réchauffement influencent désormais les choix des acquéreurs. Ce n’est plus un phénomène marginal.

Des acheteurs qui anticipent la qualité de vie future dans leur logement

En pratique, les questions posées en agence ont changé. Les acheteurs veulent savoir si le logement tiendra face aux canicules : quelle est son isolation thermique ? Possède-t-il une climatisation ? Quelle est son étiquette énergétique ? Est-il situé dans une zone peu exposée à la chaleur ? Ces préoccupations s’ajoutent désormais au prix, à la surface et à l’emplacement — les critères historiques.

Olivier Bugette résume ce basculement : « Les Français ne choisissent plus uniquement un logement pour aujourd’hui. Ils se demandent aussi comment ils y vivront demain. Le changement climatique devient progressivement un paramètre de décision comme les autres. »

Le DPE F ou G : un segment sous surveillance réglementaire

Les passoires thermiques (classées F ou G) représentent 7 % du stock national, une part stable. Elles se vendent : leurs compromis progressent de +32 % sur le trimestre. Mais les acheteurs négocient davantage. La marge de négociation atteint -7,5 % sur ce segment, contre -5,4 % pour l’ensemble du marché. C’est la prime de risque que les acquéreurs exigent face à l’incertitude réglementaire et aux coûts de rénovation à venir. Le prix moyen s’établit à 3 275 €/m², et le délai de vente à 120 jours — quatre jours de plus que la moyenne nationale.

À Paris, la situation est particulièrement marquée : 15 % du parc mis en vente porte un DPE F ou G, pour un prix moyen de 10 632 €/m². Ces biens attirent notamment les investisseurs qui cherchent à acquérir avec décote, dans l’espoir d’une valorisation après rénovation énergétique.

Comparaison entre les biens classés DPE F ou G et l'ensemble du marché immobilier — T2 2026

Investisseurs : entre attentisme et retour progressif

Le dispositif Jeanbrun, entré en vigueur en février 2026 pour encadrer les loyers en zones tendues, avait inquiété les propriétaires bailleurs. Résultat sur le terrain ? Près de deux tiers des agents observent une stabilisation — voire un léger regain d’intérêt — dans le comportement des investisseurs. Le marché locatif s’adapte plutôt qu’il ne se rétracte.

Un cadre réglementaire qui attend encore de se stabiliser

En revanche, l’assouplissement annoncé autour des logements classés F et G n’a pas encore produit ses effets : 75 % des professionnels indiquent que les intentions des bailleurs n’ont pas changé. Les propriétaires observent, ils ne sautent pas encore le pas. Ce sont surtout les marchés à forte pression locative — Paris, les Yvelines, la Savoie, la Haute-Savoie, le Rhône — qui montrent les premiers signes de réactivité.

Olivier Bugette est clair sur ce point : « Les investisseurs n’ont pas déserté le marché. Ils attendent avant tout de disposer d’un cadre réglementaire stabilisé pour se projeter à nouveau. »

Taux d’intérêt : un frein réel, mais plus l’unique moteur

Les taux pèsent encore, mais leur emprise sur le marché s’allège. Pour 55 % des agents, les taux d’emprunt restent un frein réel à la concrétisation des projets. Mais deux autres lectures coexistent : 13 % des professionnels observent un effet inverse — certains acquéreurs signent rapidement, craignant une future remontée des taux. Et 32 % ne constatent plus d’impact particulier. Autrement dit, le crédit immobilier n’est plus l’unique baromètre du marché.

Des taux stables autour de 3 % selon Eloa.io

Concrètement, les taux se maintiennent entre 3,0 % sur 10 ans et 3,3 % sur 20 ou 25 ans au deuxième trimestre 2026, selon les données Eloa.io. Une légère progression de 0,1 point en moyenne par rapport au trimestre précédent — sans rupture.

Qui emprunte ? L’emprunteur type a 38 ans, des revenus mensuels de 4 034 € (+9 % vs T1) et un apport moyen de 80 459 €. Il emprunte 265 072 € sur 277 mois, pour une mensualité de 1 139 € assurance comprise. Dans 84,7 % des cas, il achète sa résidence principale — d’où l’importance de l’estimation immobilière et du conseil personnalisé dans cet accompagnement. Enfin, plus d’un emprunteur sur deux (52,3 %) est primo-accédant, malgré une capacité d’emprunt encore contrainte par les niveaux de taux actuels.

Taux moyens des crédits immobiliers par durée — T2 2026 — Source : Eloa.io via Observatoire Interkab / La Boîte Immo

Des disparités territoriales marquées sur le marché immobilier

La reprise est nationale, mais elle ne s’exprime pas partout de la même façon. C’est l’une des constantes du marché immobilier français : la réalité locale prime toujours. Et même pendant l’été, l’activité se maintient : 49 % des agents estiment que la période estivale ne modifie pas les comportements des acquéreurs.

Les dynamiques régionales au T2 2026

Du côté des contrastes, l’Île-de-France progresse le moins vite (+29 % de compromis), avec Paris qui accuse même un allongement notable de ses délais (+21 jours sur le trimestre). À l’opposé, les territoires alpins — Haute-Savoie (+31 %), Savoie (+44 %), Isère (+29 %) — affichent une activité soutenue, portée par leur attractivité résidentielle et touristique. Les Bouches-du-Rhône accélèrent également : +39 % à Marseille.

En Occitanie, les chiffres sont spectaculaires. L’Hérault bondit de +71 %, la Tarn-et-Garonne de +169 %. Ces progressions exceptionnelles s’expliquent en partie par une base de comparaison faible au T1, mais reflètent aussi une demande réelle sur ces territoires.

Évolution des compromis signés par grande région et prix de la ville principale — T2 2026

Primo-accédants, petites surfaces et résidences secondaires : où en est-on ?

Les primo-accédants restent actifs sur le marché immobilier

Dans un contexte de financement encore contraignant, les primo-accédants tiennent. Pour 50 % des agents, leur part dans les transactions reste stable. 14 % observent même une progression. C’est un signal encourageant : l’accession à la propriété reste un objectif concret pour de nombreux ménages, même si les parcours d’achat exigent aujourd’hui plus d’accompagnement qu’avant. Les données Eloa.io le confirment : 52,3 % des emprunteurs du T2 sont des primo-accédants.

Petites surfaces : pas encore de rebond sur le marché étudiant

La rentrée universitaire approche, mais elle ne provoque pas encore de ruée sur les studios et T2. Plus de 80 % des agents ne constatent aucune hausse notable des acquisitions dans les villes étudiantes. Pourtant, ce segment n’est pas en difficulté. Dans les zones tendues, les besoins en logement étudiant restent structurels et la vente immobilière de petites surfaces s’effectue à des niveaux de prix soutenus.

Résidences secondaires : une reprise encore timide

Le marché des résidences secondaires reste divisé : 31 % des professionnels observent des signaux de reprise, mais 69 % le jugent encore à l’arrêt. La prudence domine. Toutefois, les premiers frémissements se font sentir sur le littoral atlantique et dans les zones alpines, où l’attractivité touristique relance progressivement l’intérêt des acquéreurs.

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Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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