En pleine canicule historique, le gouvernement supprime les aides à l’isolation. Dès le 1er septembre 2026, MaPrimeRénov’ ne financera plus les travaux en monogeste — fenêtres, combles, biomasse, ventilation. Un gel de 284 millions d’euros qui prive des millions de ménages de leur seul levier accessible pour rénover. La CAPEB, l’UFME et Effy le dénoncent en chœur : supprimer le monogeste, c’est condamner à l’inaction tous ceux qui ne peuvent pas tout faire d’un coup.
Sommaire :
- Qu’est-ce que le monogeste MaPrimeRénov’ et pourquoi le supprime-t-on ?
- Quels travaux sont exclus de MaPrimeRénov’ dès le 1er septembre 2026 ?
- Pourquoi cette décision fait-elle consensus contre elle ?
- MaPrimeRénov’ monogeste supprimé : quelles conséquences pour les ménages et la filière ?
À retenir — Suppression de MaPrimeRénov’ monogeste au 1er septembre 2026
- Le monogeste MaPrimeRénov’ est supprimé au 1er septembre 2026.
- Isolation, fenêtres, biomasse et ventilation ne sont plus éligibles hors rénovation globale.
- Le gouvernement gèle 284 millions d’euros au nom des économies budgétaires.
- 30 % des logements français ont encore des fenêtres à simple vitrage.
- Sans monogeste, des millions de ménages modestes risquent de renoncer à rénover.

Qu’est-ce que le monogeste MaPrimeRénov’ et pourquoi le supprime-t-on ?
Une aide pensée pour la rénovation progressive
Le principe du monogeste est simple : financer un seul type de travaux à la fois. Isolation des combles, remplacement des fenêtres, poêle à granulés, ventilation — chaque geste est une étape. Un propriétaire commence par un chantier. Puis il en enchaîne un second. Puis un troisième. C’est ce qu’on appelle le parcours de rénovation progressif. Il s’adresse en priorité aux ménages dont le logement affiche une mauvaise étiquette énergétique — classe E, F ou G — mais qui ne peuvent pas financer une réfection complète d’un seul coup.
Or ce parcours est déjà attaqué depuis le début de l’année. En janvier 2026, le gouvernement avait supprimé l’aide à l’isolation des murs par l’extérieur. La mesure du 1er septembre va bien plus loin : elle efface la quasi-totalité des gestes restants. Résultat, une logique budgétaire de court terme démantèle un outil que les professionnels considèrent comme le plus adapté à la réalité des ménages.
Un gel budgétaire de 284 millions d’euros à l’origine de la décision
La raison invoquée est simple : les finances publiques. Le gouvernement gèle 284 millions d’euros en restreignant le périmètre de MaPrimeRénov’. Après le 1er septembre 2026, l’aide sera réservée aux rénovations d’ampleur et à quelques gestes ciblés : pompe à chaleur air/eau ou eau/eau, raccordement aux réseaux de chaleur, audit énergétique, dépose de cuve à fioul, et Mon Accompagnateur Rénov’ (MAR).
Les projets de décret et d’arrêtés publiés fin juin 2026 formalisent cette orientation. Pourtant, aucune concertation préalable n’a eu lieu avec les acteurs de la filière. C’est précisément ce que dénoncent la CAPEB, l’UFME et Effy. Audrey Zermati, directrice Stratégie d’Effy, ne mâche pas ses mots : après des mois de stop-and-go et de pilotage à vue, c’est un nouveau signal désastreux envoyé à la rénovation énergétique.
Quels travaux sont exclus de MaPrimeRénov’ dès le 1er septembre 2026 ?
L’isolation, première victime de la réforme
Les travaux d’isolation sont les grands perdants de cette réforme. Disparaissent des gestes éligibles à MaPrimeRénov’ :
- L’isolation de la toiture et des combles aménagés ou aménageables
- Le remplacement des fenêtres
- Les poêles à bois, à granulés et inserts biomasse
- Le système solaire combiné et autres équipements d’eau chaude sanitaire seuls
- Les systèmes de ventilation (VMC)
Ces travaux ne seront plus soutenus qu’en cas de rénovation globale. Or c’est précisément là que le bât blesse : une rénovation globale est bien plus onéreuse et complexe à monter pour un ménage ordinaire. Pourtant, isoler l’enveloppe du bâtiment demeure le socle de toute rénovation énergétique efficace. C’est elle qui limite les pertes de chaleur par les combles et les murs, corrige les ponts thermiques et améliore le confort d’été sans multiplier le recours à la climatisation. En clair, on écarte le geste le plus structurant au moment même où il devrait être prioritaire.
Le remplacement des fenêtres : un geste-clé sacrifié
Les chiffres de l’UFME sont clairs. Aujourd’hui, 30 % des logements français sont encore équipés de fenêtres à simple vitrage. Remplacer ces menuiseries par des modèles performants permet 27 % d’économie de chauffage et 18 % d’économie de consommation d’énergie primaire. Ce n’est pas un geste anecdotique.
Mieux encore : c’est souvent la première étape. 40 % des propriétaires déclarent que les fenêtres constituent leur premier chantier de rénovation. Et parmi eux, 71 % ont ensuite enchaîné avec d’autres travaux. En d’autres termes, changer ses fenêtres, c’est entrer dans la dynamique de rénovation. Supprimer cette aide, c’est donc fermer la porte avant même qu’elle soit ouverte.

Pourquoi cette décision fait-elle consensus contre elle ?
La CAPEB : « le pire ennemi de la rénovation, c’est l’absence de travaux »
La CAPEB représente 526 100 entreprises artisanales, soit 96 % des entreprises du bâtiment.
Son président, Jean-Christophe Repon, monte au créneau dès le 30 juin 2026 avec une formule qui résume tout : « Le pire ennemi de la rénovation, ce n’est pas le monogeste. C’est l’absence de travaux. Si l’on demande aux Français de tout faire d’un coup, beaucoup renonceront tout simplement à rénover leur logement. Il faut leur permettre d’entrer dans la rénovation par un premier geste utile, puis de poursuivre dans le temps. »
Autre critique portée par la CAPEB : une erreur technique majeure. Installer une pompe à chaleur dans un logement mal isolé revient à prendre le problème à l’envers. L’équipement fonctionne plus longtemps, consomme davantage et perd en efficacité. La bonne méthode consiste d’abord à traiter l’enveloppe du bâtiment — isolation, fenêtres, toiture — avant d’intervenir sur le système de chauffage. En misant sur la pompe à chaleur tout en écartant l’isolation, le gouvernement inverse donc l’ordre des priorités.

L’UFME alerte sur les copropriétaires pénalisés
La réforme frappe aussi les copropriétaires — et de façon particulièrement injuste. En réservant MaPrimeRénov’ par geste au seul changement de système de chauffage, la réforme exclut de facto les travaux individuels dans les logements collectifs.
Pourtant, dans les copropriétés, beaucoup de propriétaires rénovent leur appartement poste par poste, sans attendre un vote en assemblée générale. C’est leur droit. Et c’est souvent leur seul moyen d’agir rapidement. Dès lors, ceux qui souhaitent remplacer leurs fenêtres à titre individuel n’auraient plus accès à MaPrimeRénov’. Seuls resteraient éligibles les travaux votés collectivement — une démarche longue et coûteuse. En outre, le reste à charge d’une rénovation globale est difficilement supportable pour les primo-accédants récents. La plupart des travaux de rénovation sont réalisés dans les deux ans suivant l’achat. C’est exactement la période où la capacité d’emprunt est nulle.
Effy : le risque d’engorgement et l’appel aux CEE
Effy pointe un effet pervers immédiat. En annonçant la fin du monogeste pour le 1er septembre, le gouvernement va provoquer une ruée de demandes de dernière minute. Tous les ménages qui avaient prévu de faire leurs fenêtres ou d’isoler leurs combles vont accélérer leurs démarches. Résultat : un engorgement prévisible, qui va saturer les artisans RGE et allonger les délais de traitement à l’ANAH. Un scénario contre-productif — et pourtant parfaitement évitable.
Effy réclame depuis deux ans une solution de remplacement : les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE). De quoi s’agit-il ? Les fournisseurs d’énergie — EDF, Engie, TotalEnergies — sont obligés par la loi de financer des travaux de rénovation chez leurs clients. C’est le mécanisme des CEE. Il ne pèse pas sur le budget de l’État. Il peut soutenir l’isolation, les fenêtres, la ventilation. Autrement dit, il pourrait prendre le relais du monogeste. Mais pour l’heure, ce levier reste sous-utilisé.
MaPrimeRénov’ monogeste supprimé : quelles conséquences pour les ménages et la filière ?
Des ménages contraints au tout-ou-rien
Le problème est simple à comprendre. Une rénovation globale coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pour une grande majorité de ménages, c’est inaccessible. La rénovation par étapes, en revanche, permet d’étaler l’effort dans le temps. C’est la réalité du marché. Supprimer le monogeste, c’est exiger des Français qu’ils fassent tout d’un coup — et beaucoup choisiront de ne rien faire.
Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB, est direct : « Nous partageons l’ambition d’accélérer la rénovation énergétique des logements, mais elle ne pourra réussir qu’en tenant compte de la réalité économique des ménages. La rénovation par étapes est le parcours le plus accessible et le plus réaliste pour engager durablement les Français dans la transition énergétique. »
Même combinée à un éco-PTZ, une rénovation globale reste hors de portée pour les ménages modestes. En clair, exclure le monogeste creuse les inégalités énergétiques. Ceux qui ont les moyens rénovent. Les autres subissent.
Un secteur artisanal déjà en grande difficulté
Au-delà des ménages, c’est toute la filière du bâtiment qui absorbe le choc. La CAPEB le rappelle : ses 526 100 entreprises membres subissent depuis plus de deux ans une forte baisse d’activité dans la rénovation énergétique. La suppression du monogeste aggrave une situation déjà fragile. Ce sont 541 000 salariés et 59 200 apprentis qui en paient le prix.
Laurent Demasles, président de l’UFME, élargit le constat à la filière menuiserie : « Alors que les conséquences de l’inadaptation du parc français de logements sont au cœur de chacune des crises successives que nous traversons, cette décision constitue une nouvelle étape dans la disparition progressive du soutien public à la rénovation des logements. N’oublions pas que 90 % des fenêtres installées sur notre territoire sont produites en France. »
En d’autres termes, supprimer l’aide aux fenêtres ne fragilise pas seulement les ménages. C’est aussi une industrie nationale — des milliers de PME réparties sur tout le territoire — que l’on frappe de plein fouet.
Une décision paradoxale en pleine canicule historique
Le timing est difficilement défendable. Supprimer les aides à l’isolation en pleine canicule, c’est envoyer un signal contradictoire. Or l’isolation est précisément la première réponse au confort d’été. Pas la climatisation. Pas la pompe à chaleur. L’isolation des combles et le remplacement des fenêtres permettent de garder la fraîcheur sans consommer d’énergie. C’est ce qu’on appelle le confort d’été passif. Et c’est exactement ce que la réforme sacrifie.
Les conséquences sont concrètes. Des centaines de milliers de ménages perdent leur seul levier accessible pour ne plus vivre dans une bouilloire thermique. Ce sont d’abord les plus fragiles qui en pâtissent : les enfants, les personnes âgées, les occupants de passoires thermiques déjà touchés par la précarité énergétique. Par ailleurs, la souveraineté énergétique de la France passe aussi par l’isolation de son parc résidentiel — pas seulement par les énergies renouvelables.
La CAPEB appelle le gouvernement à reconsidérer ce projet. L’objectif n’est pas d’abandonner la rénovation d’ampleur, mais de ne pas en faire l’unique porte d’entrée. Un parcours progressif, accessible et lisible reste indispensable pour embarquer le plus grand nombre. L’enjeu dépasse le débat budgétaire : il touche à la capacité de notre parc immobilier à affronter les décennies à venir.

