Le marché locatif privé s’enfonce dans la récession

Le marché locatif privé s’enfonce dans la récession
ww.clameur.fr

Depuis le début de l’année 2017, l’activité du marché locatif privé recule rapidement et le nombre des baux nouveaux signés a diminué de 4.7%. Le taux de mobilité résidentielle s’établit à 28.4% à fin novembre 2017.

Pour l’ensemble du marché, les loyers n’ont progressé que de 0.2% par an, en moyenne de 2013 à 2017, donc moins vite que l’inflation (+0.5% en moyenne, chaque année d’après l’INSEE). Le ralentissement est remarquable, puisque de 2007 à 2012, la hausse des loyers était de 1.6% par an, pour une inflation annuelle moyenne estimée à 1.7%.

« La baisse des loyers de marché accompagne donc la récession de l’activité. On pourrait bien sûr être tenté de conclure que l’action publique a remis de la sagesse dans le marché et que les décisions d’encadrement des loyers en évolution et en niveau ont ainsi prouvé leur efficacité, si on oubliait que, dans le même temps, tout cela se constate aussi sur des territoires non concernés par l’encadrement : l’activité recule et les loyers de marché baissent même dans les communes rurales de la zone C ! », Commente Michel MOUILLART, Professeur d’Economie à l’Université Paris Ouest, FRICS.

D’après l’observatoire CLAMEUR, si on se limite aux 20 premières villes par le nombre des habitants, dans 75% d’entre elles les loyers baissent ou augmentent moins vite que l’inflation depuis le début de l’année. De plus depuis 2013, dans 70% des villes de plus de 148000 habitants les loyers de marché ont baissé ou augmenté moins vite que l’inflation : alors que dans les autres villes, la hausse a été contenue, de moins de 1% dans la plupart des cas. Les loyers ont même reculé à Angers, Grenoble, au Havre, à Marseille, Rennes, Saint Etienne et Toulon. Et ils n’ont que très faiblement progressé à Lille et Strasbourg ; voire à Dijon, Montpellier, Nantes, Nîmes et Toulouse.

Si les loyers baissent (presque) partout, qu’ils soient de marché ou de relocation, c’est bien parce que le pouvoir d’achat de la demande est en berne. Donc que les ménages candidats à un logement locatif privé sont, pour nombre d’entre eux, financièrement limités : parce que les revenus stagnent, parce que les aides personnelles au logement ont été particulièrement maltraitées pendant le précédent quinquennat, parce que l’offre locative sociale étant absente sur une grande partie du territoire les ménages pauvres ou très modestes se tournent vers le locatif privé.

Autre conséquence de la baisse d’activité, l’effort d’amélioration et d’entretien des logements est au plus bas, il représente 14.5% des relocations concernées depuis le début de 2017. « Cette évolution vient amplifier le mouvement de dégradation de la qualité du parc et par conséquent la détérioration des conditions de logement des locataires constaté au cours des dernières années : compte tenu du taux de mobilité observé depuis le début de l’année, seuls 4.1% des logements locatifs privés seront améliorés en 2017 », précise Michel MOUILLART.

« Dans les grandes agglomérations, la pression fiscale locale, mais aussi l’instabilité fiscale et règlementaire nationale sont dissuasives pour beaucoup de propriétaires bailleurs : en outre l’encadrement des loyers vient convaincre les propriétaires bailleurs d’abandonner une stratégie active d’entretien de leur patrimoine, surtout lorsque le marché de la transaction se redresse rapidement », conclut-il.

Source : www.clameur.fr