L’été 2026 a frappé fort. Trois vagues de chaleur successives en juin et juillet ont mis à rude épreuve des millions de logements français. Dans ce contexte, OneDpe publie un baromètre national fondé sur l’analyse de 11,2 millions de diagnostics de performance énergétique (DPE). Le résultat est cinglant : l’indicateur officiel de confort d’été intégré au DPE pointe les mauvaises villes, et 16,4 % des diagnostics affichent un verdict qui contredit les propres critères réglementaires sur lesquels il repose. Une note « bonne » sur deux ne résiste pas au recalcul. Alors que le gouvernement envisage un futur « DPE confort d’été » pour 2028, ce baromètre révèle l’ampleur des réformes nécessaires pour protéger réellement les habitants des surchauffes estivales.
Sommaire :
- Pourquoi l’indicateur officiel de confort d’été désigne-t-il les mauvaises villes ?
- Comment le recalcul réglementaire révèle-t-il des notes « bonnes » erronées ?
- Quels travaux les audits énergétiques prescrivent-ils vraiment ?
- Vers quel futur indicateur de confort d’été se dirige-t-on en 2028 ?
À retenir — Confort d’été dans le DPE : ce que révèle le baromètre OneDpe 2026
- L’indicateur officiel de confort d’été du DPE ignore le climat local et se trompe de villes exposées.
- 40,2 % des logements sont classés « insuffisants », mais ce chiffre monte à 46,5 % après recalcul réglementaire.
- Une note « bonne » déclarée n’est confirmée que dans 54,4 % des cas.
- Le brasseur d’air, l’équipement le moins coûteux, est prescrit dans seulement 1,1 % des audits.
- Un futur indicateur intégrant le climat local est attendu pour 2028.
Pourquoi l’indicateur officiel de confort d’été désigne-t-il les mauvaises villes ?
Un indicateur aveugle au climat local
L’indicateur de confort d’été inscrit dans le DPE repose sur une logique purement bâtimentaire. Il évalue cinq critères :
- protections solaires extérieures,
- isolation de toiture,
- inertie thermique,
- ventilation traversante
- et brasseurs d’air.
Il ne tient aucun compte de la localisation géographique du logement, ni des températures réelles que ses occupants subissent.
Cette lacune produit des résultats paradoxaux. Les villes du Nord — Roubaix, Hazebrouck, Tourcoing, Armentières — arrivent en tête du classement des logements « insuffisants ». Roubaix affiche 68,2 % de logements classés insuffisants, Hazebrouck 61,8 %, Tourcoing 61,7 %. Le bâti ancien et dense de ces communes est effectivement mal armé sur le plan architectural. Mais leur climat tempéré les protège : un Roubaisien mal logé au sens du DPE subit peu de canicules.
Le Score Été OneDpe inverse le classement
En croisant les caractéristiques du bâtiment avec le climat du département, issu des données Météo-France CLIMADIAG, et l’intensité de l’îlot de chaleur urbain mesurée à l’adresse, le baromètre OneDpe calcule un Score Été de 0 à 100. Plus ce score est faible, plus le logement est exposé aux fortes chaleurs. Ce classement corrigé inverse radicalement la carte du risque réel.
L’arc méditerranéen concentre les situations les plus critiques : Aix-en-Provence, Agde, Apt, Perpignan, la Côte d’Azur. Nice, Antibes, Menton ou Montpellier figurent pourtant parmi les mieux notées par l’indicateur officiel — entre 21 et 25 % de logements « insuffisants » seulement. Ces villes appartiennent en réalité à un groupe de quatorze communes à égalité stricte (58 sur 100 au Score Été), parmi les plus exposées dès lors que la chaleur locale est prise en compte.

Paris : le seul cas critique sur les deux mesures
Paris constitue une exception notable. La capitale se classe 5ᵉ au classement officiel avec 59,6 % de logements « insuffisants ». Elle est également la 2ᵉ ville la plus exposée de France une fois le climat et l’îlot de chaleur urbain intégrés. C’est la seule commune hors Nord/Pas-de-Calais du top 5 officiel, et elle cumule les deux facteurs : un bâti dense ancien mal isolé et une chaleur urbaine intense.
Ce cas illustre la limite de l’indicateur actuel : quand il « se trompe » sur des villes comme Nice, il peut paradoxalement avoir raison pour Paris — mais pour de mauvaises raisons, puisque l’indicateur ignore le climat qui aggrave pourtant la situation parisienne.
Comment le recalcul réglementaire révèle-t-il des notes « bonnes » erronées ?
La règle de l’annexe 9 et ses contradictions
L’annexe 9 de l’arrêté du 31 mars 2021 fixe la méthode de calcul de l’indicateur de confort d’été. La règle est précise : deux critères éliminatoires — l’absence de protections solaires extérieures et l’insuffisance de l’isolation de toiture — puis un vote à deux sur trois entre inertie thermique, logement traversant et brasseurs d’air.
OneDpe a réappliqué cette règle aux cinq paramètres saisis sur chaque diagnostic, puis comparé le résultat au verdict effectivement écrit par le diagnostiqueur. L’écart est significatif : 16,4 % des diagnostics affichent un verdict qui contredit leurs propres critères réglementaires.
Une erreur asymétrique qui pénalise la note « bonne »
L’erreur de diagnostic n’est pas symétrique. Le recalcul confirme un verdict « insuffisant » dans 90,4 % des cas et un verdict « moyen » dans 88 % des cas. En revanche, il ne valide un verdict « bon » que dans 54,4 % des cas. Plus révélateur encore : après application de la règle de l’annexe 9, 35,1 % des logements initialement classés « bons » basculent dans la catégorie « insuffisant ».
En d’autres termes, c’est la bonne note qui est peu fiable. Appliquée à l’ensemble du corpus, la correction porte la part de logements « insuffisants » de 40,2 % à 46,5 %.

Un indicateur sans contrôle ni conséquence
Pourquoi ce taux d’erreur est-il si élevé ? L’explication tient à la place de l’indicateur dans le dispositif DPE. Il n’entre pas dans le calcul de l’étiquette A-G qui classe les logements sur le plan énergétique. Son affichage n’est pas obligatoire dans les annonces immobilières. Aucun mécanisme de contrôle spécifique ne pèse sur lui. Dans ces conditions, les erreurs de saisie ou d’application de la règle ne sont ni détectées ni sanctionnées.
Steven Annonziata, cofondateur de OneDpe, résume la situation : « L’indicateur officiel dit à un habitant de Montpellier que son logement est correct, et à un Roubaisien qu’il est insuffisant. La réalité de la surchauffe est souvent l’inverse : ce n’est pas seulement la qualité du bâtiment qui compte, c’est l’endroit où il se trouve. Et quand nous refaisons le calcul réglementaire, une note “bonne” sur deux ne tient pas — parce que cet indicateur n’a aucune conséquence et n’est soumis à aucun contrôle. C’est tout l’enjeu du futur indicateur 2028. »
Quels travaux les audits énergétiques prescrivent-ils vraiment ?
L’audit réglementaire : un périmètre limité
L’audit énergétique réglementaire est obligatoire depuis avril 2023, mais uniquement lors de la vente d’un logement en monopropriété classé E, F ou G. Cette base — 695 170 audits réalisés depuis septembre 2023 — décrit donc les passoires thermiques mises en vente, et non l’ensemble du parc immobilier français. Ses taux de prescription ne sont pas directement comparables aux 40,2 % de logements « insuffisants » du baromètre général.
Trois gestes efficaces, mais inégalement prescrits
Le collectif « Nos villes à 50 °C », adossé à des simulations du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment), identifie trois gestes prioritaires à intégrer à chaque rénovation pour améliorer le confort d’été : protections solaires extérieures, isolation renforcée de la toiture, brasseurs d’air.
Sur les 695 170 audits réglementaires analysés, les travaux proposés divisent par deux la part de logements « insuffisants » — de 64,2 % à 32,2 % — ce qui valide l’efficacité globale de l’approche. Mais geste par geste, l’écart est révélateur :
- Isolation de la toiture : prescrite dans 81,6 % des cas là où elle manque.
- Protections solaires extérieures : prescrites dans 36,1 % des cas là où elles manquent.
- Brasseur d’air : prescrit dans 1,1 % des cas seulement.
Le biais du double bénéfice hivernal
L’analyse révèle une logique implicite dans les prescriptions d’audit : l’isolation de la toiture est massivement recommandée parce qu’elle améliore à la fois le confort d’été et les performances énergétiques hivernales. Elle entre dans le calcul de l’étiquette A-G, ce qui lui confère une visibilité et une légitimité économiques immédiatement perceptibles pour le propriétaire.
Le brasseur d’air, pourtant le moins coûteux des cinq critères de confort d’été, n’apporte aucun bénéfice hivernal. Il reste quasi-absent des prescriptions. Cette asymétrie révèle que les audits sont orientés par la logique de l’étiquette énergétique globale, au détriment d’une approche spécifiquement centrée sur la protection contre la chaleur estivale.
Vers quel futur indicateur de confort d’été se dirige-t-on en 2028 ?
Un « DPE confort d’été » en préparation
Face aux canicules répétées et aux insuffisances documentées de l’indicateur actuel, le gouvernement a évoqué la création d’un futur « DPE confort d’été » pour 2028. Ce projet vise à corriger les deux failles majeures identifiées par le baromètre OneDpe :
- l’absence de prise en compte du climat local,
- et l’absence de mécanisme de contrôle sur les verdicts déclarés.
L’enjeu est considérable pour les propriétaires et les copropriétés. Un indicateur qui intègrerait le climat de la commune, voire l’îlot de chaleur à l’échelle de l’adresse, modifierait profondément la hiérarchie des priorités de rénovation thermique estivale en France. Les copropriétés méditerranéennes, aujourd’hui souvent bien notées, pourraient se retrouver en première ligne des obligations futures.
La méthode OneDpe comme référence potentielle
Le Score Été développé par OneDpe — note de 0 à 100 croisant les critères du bâtiment, le climat départemental Météo-France CLIMADIAG et l’îlot de chaleur urbain — constitue une piste méthodologique concrète. Sa méthode complète est publiée en open source, avec seuils de classe, pondérations, table des zones climatiques locales et formule de l’indice de confiance (onedpe.fr/fr/confort-ete-dpe/methodologie).
La convergence avec l’étude indépendante Pouget Consultants / IGNES — publiée le 16 juin 2026 et aboutissant à 46,39 % d’« insuffisants », contre 46,54 % pour OneDpe — renforce la crédibilité de cette approche méthodologique.
Ce que cela change pour les copropriétés
Pour les gestionnaires de copropriété, les conseils syndicaux et les syndics, les implications pratiques sont claires. Les immeubles situés dans les zones à fort risque climatique réel — Méditerranée, arc languedocien, agglomération parisienne dense — doivent anticiper une réévaluation de leur situation en confort d’été dans le cadre du futur indicateur.
Les travaux à prioriser dès maintenant, selon la doctrine « Nos villes à 50 °C » : protections solaires extérieures (volets, stores, brise-soleil), isolation de la toiture par l’extérieur ou par l’intérieur, et installation de brasseurs d’air dans les parties communes et les logements. Ces trois gestes combinés divisent par deux la part de logements « insuffisants » dans les audits réglementaires.


