Transmettre de son vivant n’est plus un réflexe réservé aux plus fortunés. Selon la 3ème édition de l’Observatoire des solidarités intergénérationnelles, réalisé par l’Ifop pour ASAC-FAPES en mai 2026, 62 % des Français envisagent désormais la donation de leur vivant ou l’ont déjà pratiquée, soit une hausse de 5 points en un an. La transmission patrimoniale change de visage : elle se pense “avec soi” plutôt qu'”après soi”. Anticiper, accompagner ses proches au bon moment, réduire les droits de succession — voici les nouvelles priorités des ménages français, toutes générations confondues.
Sommaire :
- La donation de son vivant s’impose comme réflexe patrimonial
- Qui transmet quoi et à qui en France en 2026 ?
- Quels outils pour préparer sa succession ?
- L’assurance vie, grand gagnant de la transmission patrimoniale
- Solidarités intergénérationnelles : les flux financiers familiaux en chiffres
À retenir — Donation de son vivant en 2026
- 62 % des Français envisagent la donation de leur vivant, en hausse de 5 points en un an.
- Les jeunes de moins de 35 ans sont les plus enclins à donner de leur vivant (71 %).
- La réduction des droits de succession reste la première motivation (47 % des répondants).
- L’assurance vie est plébiscitée comme outil de transmission par près de 6 Français sur 10.
- Un senior sur quatre envisage de “sauter une génération” en transmettant directement aux petits-enfants.

La donation de son vivant s’impose-t-elle comme un nouveau réflexe patrimonial ?
La donation de son vivant gagne du terrain à grande vitesse. En 2026, 62 % des Français déclarent envisager d’y avoir recours ou l’avoir déjà fait. C’est 5 points de plus qu’en 2025, selon l’Observatoire des solidarités intergénérationnelles Ifop/ASAC-FAPES. Dès lors, ce chiffre révèle une mutation profonde. Les Français ne subissent plus la transmission : ils la pilotent.
Un réflexe qui transcende les générations
La progression est particulièrement marquée chez les jeunes. Parmi les moins de 35 ans, 71 % envisagent la donation de leur vivant. C’est 8 points de plus en un an. Les parents d’enfants de moins de 14 ans vont encore plus loin : 79 % se disent prêts à donner de leur vivant, soit +4 points. La logique du testament tardif recule. Elle cède la place à une planification active. Les familles pensent désormais la transmission comme un accompagnement sur le long terme, ancré dans le quotidien.
Un écart hommes-femmes en voie de disparition
Autre signal fort de cette édition 2026 : l’écart entre femmes et hommes se réduit nettement. En 2026, 63 % des femmes et 62 % des hommes envisagent la donation de leur vivant. En 2025, ces taux s’établissaient respectivement à 61 % et 56 %. L’écart se resserre donc de plusieurs points en un an. La transmission patrimoniale n’est plus perçue comme un domaine exclusivement masculin. Elle devient un enjeu partagé, ancré dans les pratiques de l’ensemble des familles françaises.

Qui transmet quoi et à qui en France en 2026 ?
La transmission reste avant tout une affaire de famille. En 2026, 63 % des Français déclarent pouvoir transmettre un patrimoine à leurs enfants. C’est 5 points de plus en un an. Pourtant, la cartographie des bénéficiaires se transforme.
La montée en puissance des petits-enfants
La transmission aux petits-enfants ou arrière-petits-enfants progresse nettement. Elle atteint 14 % en 2026, contre 12 % en 2025 et 11 % en 2024. Le chiffre paraît modeste. Il est pourtant en progression régulière depuis trois ans.
Chez les seniors, le phénomène s’accentue encore : un quart des plus de 65 ans se disent prêts à “sauter une génération” pour transmettre directement à leurs petits-enfants. Ce glissement traduit une stratégie patrimoniale de long terme. Les grands-parents cherchent à protéger des héritiers encore éloignés de l’autonomie financière.
Par ailleurs, le legs à d’autres membres de la famille progresse légèrement, à 11 % (+2 points vs 2025). En revanche, la transmission à des tiers — associations ou organismes caritatifs — reste marginale à 6 %.
Capacité à transmettre : 8 Français sur 10 se disent prêts
En 2026, près de 8 Français sur 10 (77 %) estiment pouvoir léguer un héritage. Ce niveau retrouve celui de 2024, après un léger recul en 2025. Or, cette capacité perçue reste étroitement liée au niveau de revenus et à l’âge. Les seniors de 65 ans et plus affichent un taux de 84 %. Les cadres et professions intellectuelles supérieures atteignent 86 %.
Quels outils pour préparer sa succession ?
La donation de son vivant mobilise plusieurs mécanismes juridiques et financiers. Tous ne bénéficient pas du même niveau de notoriété. L’enquête Ifop/ASAC-FAPES dresse un panorama instructif des préférences des Français.
La donation, outil de prédilection
Parmi les mécanismes de transmission du vivant, la donation s’impose très nettement. 61 % des Français la citent en priorité, dont 40 % en premier choix. Elle devance largement l’assurance vie (38 %, dont 20 % en premier) et le testament (35 %, dont 14 % en premier). Ces deux derniers outils jouent davantage un rôle complémentaire qu’alternatif.
À l’inverse, des dispositifs plus techniques restent méconnus. Le démembrement de propriété — qui consiste à séparer l’usufruit de la nue-propriété — ne recueille que 21 % de citations (dont 9 % en premier). Quant à la transmission via une société — SCI ou holding familiale —, elle reste marginale à 12 %, dont seulement 4 % en premier choix. Ces outils existent pourtant. Ils permettent des stratégies patrimoniales souvent plus efficaces fiscalement. Leur méconnaissance constitue un frein réel à leur adoption.

Les motivations : fiscal et solidaire, deux faces d’une même pièce
Pourquoi donner de son vivant ? Les motivations révèlent une double logique, à la fois fiscale et affective. La réduction des droits de succession reste la première raison évoquée : 47 % des Français la citent. Ce niveau se maintient depuis plusieurs années. Vient ensuite la volonté d’assurer l’avenir de ses proches, citée par 45 % des répondants. Ce motif progresse de 3 points en un an. Il reflète un contexte d’érosion du pouvoir d’achat qui pèse sur les décisions patrimoniales. Enfin, 33 % des Français souhaitent transmettre progressivement leur patrimoine. L’anticipation s’inscrit ainsi comme une logique de fond, durablement ancrée dans les comportements.

Le testament en nette progression
La volonté d’anticiper ne se limite pas à la donation. En 2026, 38 % des Français déclarent avoir déjà rédigé un testament ou envisager de le faire prochainement. C’est 6 points de plus qu’en 2025. Parmi eux, 13 % ont déjà franchi le pas. Cette démarche progresse surtout chez les ménages aisés : 28 % des foyers à revenus élevés ont déjà rédigé un testament. 21 % prévoient de le faire.
Au total, près d’un sur deux (49 %) s’inscrit dans cette démarche. Les couples (43 %) et les parents d’enfants de moins de 14 ans (48 %) affichent également des taux élevés. La présence réelle ou future d’héritiers constitue, en conséquence, un facteur déterminant dans la structuration de la succession.
L’assurance vie est-elle vraiment le meilleur outil pour la transmission patrimoniale ?
L’assurance vie confirme son statut d’outil privilégié. En 2026, près de 6 Français sur 10 (59 %) la classent en première position parmi les produits d’épargne les plus adaptés à la transmission. Ce score progresse légèrement par rapport à 2024 et 2025.
Un plébiscite qui dépasse les frontières sociales
Ce score grimpe encore chez certains profils. Il atteint 70 % chez les retraités CSP+, 67 % chez les 50-64 ans et 71 % chez les classes moyennes supérieures.
L’assurance vie séduit pour trois raisons majeures : sa souplesse de gestion, sa fiscalité avantageuse et sa capacité à transmettre hors succession. Les capitaux versés au bénéficiaire désigné échappent en grande partie aux droits de succession. Ce mécanisme s’appuie sur l’article L132-12 du Code des assurances et l’article 990 I du Code général des impôts.
Un produit qui écrase la concurrence
Les livrets bancaires — Livret A, LDDS, LEP — arrivent loin derrière. Seuls 18 % des Français les citent en priorité pour la transmission. Les investissements immobiliers (SCPI, OPCI, SCI) occupent une position intermédiaire à 15 %. Les placements boursiers (PEA, compte-titres) et le Plan d’Épargne Retraite (PER) restent, quant à eux, très peu associés à la transmission patrimoniale : 4 % chacun. L’écart avec l’assurance vie est considérable. Il reflète une culture patrimoniale française encore fortement orientée vers les contrats d’épargne long terme.
Nathalie Lejeune, Directrice Générale de FAPES Diffusion (ASAC-FAPES), résume bien la dynamique : “Transmettre n’est plus perçu comme un geste final, mais comme un projet de vie. Dans ce contexte, l’assurance vie, mais aussi la donation ou le démembrement, s’imposent comme des outils clés pour anticiper, transmettre au bon moment et accompagner ses proches de manière souple et optimisée.”
Les solidarités intergénérationnelles : quels flux financiers familiaux en 2026 ?
Au-delà de la donation de son vivant formelle, les solidarités financières intrafamiliales forment un tissu dense. Ces échanges restent souvent informels. L’Observatoire Ifop/ASAC-FAPES en révèle pourtant l’ampleur réelle.
4 Français sur 10 impliqués dans des flux financiers intergénérationnels
Près de 38 % des Français déclarent avoir reçu une aide financière d’un parent ou grand-parent. Dans le même temps, 37 % des parents ou grands-parents affirment avoir versé une aide à leurs descendants. Ces flux sont symétriques. Ils concernent près de 4 Français sur 10, des deux côtés de la relation.
Le montant médian de ces aides s’établit à 2 000 €. La majorité des échanges reste en dessous de 2 500 € : c’est le cas pour 56 % des aides reçues et 54 % des aides versées. Ces montants modestes traduisent une solidarité du quotidien. Il ne s’agit pas de transmission patrimoniale structurée, mais bien d’un “coup de pouce” ancré dans la vie familiale.
L’épargne solidaire, une notion encore floue
L’Observatoire met également en lumière une méconnaissance persistante de l’épargne solidaire. Près de 4 Français sur 10 ignorent ce qu’elle recouvre. Parmi ceux qui en ont entendu parler, 22 % l’associent au financement de causes sociales ou environnementales. Seulement 12 % la perçoivent comme un produit financier à part entière. La dimension solidaire prend ainsi le pas sur la compréhension de l’outil lui-même. Ce décalage freine l’adoption d’une épargne pourtant utile à la transmission familiale.

La donation de son vivant n’est plus un acte isolé réservé à une élite patrimoniale : elle s’impose comme un geste familial ordinaire, porté par une volonté croissante d’agir au bon moment. Anticiper sa succession, choisir les bons outils et s’entourer de conseils adaptés reste pourtant la clé pour transmettre efficacement — et sereinement.

