Un Français sur deux juge l’investissement locatif attractif, mais un sur trois pourrait revoir son projet selon l’issue de la présidentielle 2027. Tel est le paradoxe que révèle la première édition du baromètre Maslow.immo, réalisé par Discurv auprès de 1 000 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus. Entre crainte des impayés, prix jugés inaccessibles et instabilité fiscale, l’investissement locatif cristallise toutes les contradictions d’un marché sous tension. Les Français veulent investir dans la pierre, mais ils posent désormais leurs conditions.
Sommaire :
- L’investissement locatif reste attractif, mais hors de portée pour beaucoup
- Quels sont les principaux freins à l’investissement locatif ?
- Présidentielle 2027 : quel impact sur les décisions d’investissement ?
- Quel budget les Français sont-ils prêts à consacrer à l’investissement locatif ?
- Ce que les candidats doivent promettre pour débloquer les projets
À retenir — Baromètre Maslow.immo 2026 : investissement locatif sous tensions
- Un Français sur deux juge l’investissement locatif attractif, mais 56 % estiment qu’il est hors de portée des classes moyennes.
- Le risque d’impayés et de squat arrive en tête des freins, à égalité avec le prix des biens (40 % et 39 %).
- Deux Français sur trois reconnaissent le rôle essentiel ou important des bailleurs privés pour loger les Français.
- Un Français sur trois pourrait avancer ou reporter son projet selon l’issue de l’élection présidentielle de 2027.
- Les investisseurs potentiels visent des budgets modérés : 64 % restent sous la barre des 150 000 €.

L’investissement locatif reste-t-il attractif en 2026 ?
Un placement toujours séduisant…
L’immobilier conserve son statut de valeur refuge. Selon le baromètre Maslow.immo, 50 % des Français jugent l’investissement locatif attractif — voire très attractif pour 11 % d’entre eux. Parmi tous les placements, il se hisse à la troisième place avec 23 % des citations, juste derrière l’assurance-vie (35 %) et les livrets réglementés (28 %), et à égalité avec la Bourse (22 %).
Cet attrait repose sur trois fondamentaux solides : protection contre l’inflation, revenus réguliers et constitution d’un patrimoine transmissible. À cela s’ajoute l’effet de levier du crédit immobilier, qui permet de mobiliser l’épargne des ménages de façon amplifiée — en finançant un actif bien supérieur à l’apport initial. Sur un marché locatif structurellement tendu, cette combinaison reste difficile à égaler. Résultat : un Français sur cinq (22 %) envisage d’acheter un bien pour le louer d’ici un an.
… mais jugé inaccessible aux classes moyennes
Pourtant, l’enthousiasme se heurte à une réalité économique sévère. 56 % des Français estiment que l’investissement locatif n’est pas, ou très difficilement, à la portée des classes moyennes. Seulement 7 % répondent « oui, facilement ». L’obstacle n’est d’ailleurs plus uniquement financier. Il est aussi psychologique : avoir les moyens d’acheter ne suffit plus — encore faut-il avoir les moyens de prendre le risque de louer.
Or, ce risque, ce sont surtout les petits propriétaires qui l’assument. Ils représentent pourtant un maillon essentiel du logement en France : deux Français sur trois (68 %) reconnaissent que les bailleurs privés jouent un rôle essentiel ou important pour loger les Français. Une reconnaissance qui tranche avec leur image souvent dégradée dans le débat public — et qui souligne à quel point leur retrait du marché pèserait lourd.

Quels sont les principaux freins à l’investissement locatif ?
Impayés et squat : la peur qui paralyse
Le baromètre Maslow.immo livre ici un enseignement frappant : le risque d’impayés ou de squat est cité par 40 % des Français, à égalité statistique avec le prix des biens trop élevé (39 %). Autrement dit, la peur du locataire défaillant pèse autant que la peur du prix trop cher. La crainte du loyer impayé n’est plus un risque marginal — c’est un frein structurel qui bloque une part croissante des projets d’investissement.
Derrière ces deux premiers obstacles, le classement reste cohérent avec les difficultés connues du marché. Les taux de crédit trop élevés arrivent en troisième position (34 %), suivis par la hausse des charges et de la taxe foncière (27 %), le manque d’apport personnel (25 %) et une fiscalité jugée trop lourde (22 %). Enfin, la complexité de la gestion locative (10 %) rappelle que même après l’achat, chaque étape — de la sélection du locataire à la restitution du dépôt de garantie — est vécue comme une source potentielle de litige.

Un environnement réglementaire perçu comme instable
Au-delà des freins financiers, c’est la lisibilité du cadre réglementaire qui fait défaut. Les réformes se sont accumulées ces dernières années : encadrement des loyers dans les zones tendues, obligations de rénovation énergétique liées au diagnostic de performance énergétique (DPE), évolutions fiscales répétées. Résultat : 14 % des Français citent l’instabilité des règles parmi leurs principaux freins. Un chiffre en apparence modeste, mais révélateur d’une lassitude réelle face aux changements permanents de cap.
La loi Climat et Résilience de 2021 illustre bien ce phénomène : elle a introduit un calendrier d’interdiction de mise en location des passoires thermiques — logements classés G dès 2025, F dès 2028 — qui a renforcé l’anxiété des propriétaires face aux coûts et délais de rénovation.
Présidentielle 2027 : quel impact sur les décisions d’investissement ?
Un scrutin qui s’invite dans les projets immobiliers
À quelques mois de l’élection présidentielle, le contexte politique s’immisce directement dans les stratégies patrimoniales. Un Français sur trois (33 %) reconnaît que l’issue du scrutin pourrait influencer sa décision d’investir. Le détail est éclairant : 21 % pourraient reporter leur projet, contre seulement 12 % qui pourraient l’avancer. L’attentisme domine donc largement l’optimisme.

53 % des répondants affirment, eux, ne pas être influencés par la présidentielle. Mais pour le tiers restant, l’élection est bel et bien un point de basculement. Dans une conjoncture immobilière marquée par des années de réformes successives, la confiance des ménages reste fragile. Un signal politique fort — fiscal ou réglementaire — peut suffire à déclencher un projet… ou à le geler durablement.
Ce qui conditionne la confiance des investisseurs
L’investissement locatif ne se réduit pas à un calcul de rentabilité brute. C’est avant tout un acte de confiance à long terme — et cette confiance ne s’improvise pas. Pour ceux qui se disent sensibles à l’issue du scrutin, les priorités sont claires : la situation économique générale (34 %) et la fiscalité immobilière (26 %) arrivent loin devant le climat politique et social (21 %). Ce sont les conditions concrètes qui comptent, pas les discours.
Pierre-Emmanuel Jus, Directeur délégué de Maslow.immo, résume ainsi l’enjeu :
« Ces dernières années, les investisseurs particuliers ont dû composer avec des changements successifs de fiscalité, de normes énergétiques et d’encadrement des loyers. Deux Français sur trois reconnaissent le rôle essentiel des bailleurs privés dans le logement. Notre baromètre montre ce qui les retient d’investir : la sécurité et les prix, avant même la fiscalité. Protéger ceux qui logent les Français, c’est agir pour le logement de tous. À quelques mois de l’élection présidentielle, beaucoup attendent avant tout un cadre stable et lisible pour investir sereinement. » — Pierre-Emmanuel Jus, Directeur délégué de Maslow.immo.
Quel budget les Français sont-ils prêts à consacrer à l’investissement locatif ?
Des projets aux ambitions mesurées
Le baromètre dessine le portrait d’un investisseur prudent et contraint. 64 % des acquéreurs potentiels visent un budget total inférieur à 150 000 €, crédit inclus. Parmi eux, 25 % restent sous les 100 000 € et 39 % se situent entre 100 000 et 150 000 €. À l’opposé de la pyramide, seuls 6 % envisagent un investissement supérieur à 250 000 €.
Ce n’est pas un hasard. Ces budgets correspondent au profil de primo-accédants à l’investissement, qui cherchent avant tout une rentabilité nette positive avec un niveau de risque maîtrisé. En face, une minorité d’investisseurs aguerris ciblent des biens premium dans des marchés à forte tension locative. Entre ces deux profils, le fossé se creuse — et les attentes vis-à-vis des pouvoirs publics divergent en conséquence.
Ce que les candidats doivent promettre pour débloquer les projets
Deux leviers qui dominent toutes les attentes
Les attentes des investisseurs potentiels répondent exactement aux freins qu’ils ont exprimés. En tête des mesures attendues, deux priorités s’imposent à égalité : une meilleure protection contre les impayés et le squat (23 %) et une baisse des prix des biens (22 %). Viennent ensuite la baisse des taux de crédit (17 %), une fiscalité plus avantageuse (13 %) et, enfin, des règles stables sur le DPE et l’encadrement des loyers (7 %).
Ce miroir entre freins et attentes est particulièrement révélateur. La sécurité locative et l’accessibilité des prix ne sont pas de simples obstacles : ce sont les conditions sine qua non pour que l’investissement redémarre. La loi anti-squat de 2023 a envoyé un premier signal positif. Mais elle reste insuffisante face à l’ampleur des craintes. Dès lors, les candidats à la présidentielle qui souhaitent mobiliser l’épargne privée vers le logement n’auront pas le choix : ils devront s’attaquer frontalement à ces deux exigences.
Un tableau comparatif : freins vs déclencheurs

Conclusion
Le baromètre Maslow.immo dresse le portrait d’une France qui veut investir dans la pierre — mais que la peur du risque retient sur le seuil. La sécurité locative et l’accessibilité des prix s’imposent comme les deux conditions non négociables d’un regain de confiance. À l’approche de la présidentielle 2027, le message des ménages est limpide : des règles stables, des bailleurs mieux protégés, et des biens à des prix que les classes moyennes peuvent réellement s’offrir. Sans cela, l’attentisme restera la règle.


